L'ENTREMETTEUR CHEZ LE GRAND X
—Eh! bonjour, monsieur du grand X, comment vous portez-vous ce soir, (c'est aux nocturnes que l’Entremetteur opère avec le plus de succès).
— Très bien et vous, mon révérend ?
—je suis assez bien corporellement, mais j'ai par là (montrant son caput), quelque chose qui veut aller bien, mais...
— Voyons cela.
—Je suis débordant de joie et d’espérince depuis que le Dr Roti m'a fait part de l’entrevue que vous avez bien voulu lui accorder. Tenez, mon excellent monsieur, je n'ai pu réprimer la vive allure de mes pas en apprenant votre patriotique projet de fonder à Montréal une grande université. O mon excellent X ! c'est bien à vous que revenait l'honneur d’inaugurer, sous les auspices de l'union des deux facultés sœurs, une ère de prospérité inouie dans les fastes de notre grande ville,
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Non-seulement Montréal en bénéficiera, mais cette immense région du district d® Montréal, mais la province, mais la Puissance entière...
Vos êtes trop fervent chrétien pour avoir à vous rappeler que votre grand œuvré se fera pour la plus grande gloire de Dieu.
L’Entremetteur, haletant, tenait ses yeux dans ceux du grand X, les fouillant jusque dans la profondeur du cerveau. Legrand X jouissait déjà de l’auréole de gloire qui ceignait son front devenu immortel. Il humait à long trait le bouquet de ses grandes œuvres).
Le grand XII y a déjà quelque temps que ce projet m'occupe. J'abhore la lutte. surtout du genre stérile comme celle que nous faisons à nos confrères de Laval. J'en suis fatigué, j'en ai jusque là !
—Vos confrères de la succursale en ont, aussi, tout plein—entre nous, ils ont bien raison après l’humiliante défaite que vous leur avez infligée ; c'est une raison capitale de ne vouloir plus de combats—Ils sont prêts à tous les sacrifices pour obtenir la paix. Au reste c’est à vous d’en dicter les conditions. Faites, mon excellent ami, mais je compte que vous n'abuserez pas de la victoire. Vous serez généreux autant que vous avez été noble et intrépide dans la lutte.
Le St. Pére qui rend justice à votre belle Ecole de Médecine a les yeux sur vous. Il sait que vous, vous sez/, pouvez réaliser le but sublime vers lequel vous tendez si ardemment : une université indépendante,
— Vous êtes grand ! il faudra me seconder.
—Je suis votre très humble... trop heureux d'être associé à vos labeurs.
—Je crois que vous feriez bien de me donner un second. Je ne puis être à tout, il me faut un factotum. Voyez donc le Dr Jardinier, pour les menus détails. Faites-lui savoir que c’est lui sur qui vous comptez et vous le verrez venir #e consulter, et sivre mes avis.
—Mon excellent ami, je reconnais là le diplomate que je soupçonnais. Vous êtes un manieur d'hommes.
— Allez, et si quelque chose vous embarrasse, venez voir moi.