‹ La tuberculose chez les BretonsChapitre 36 sur 38 · CAUSES DE LA TUBERCULISATION DES BRETONS A PARIS · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA TUBERCULISATION DES BRETONS A PARIS

Ce ne sont pas généralement les vieillards qui émigrent: ce sont les jeunes gens, garçons et filles, qui espèrent trouver à Paris des situations avantageuses. Les filles n’attendént même pas la vingtième année ; — et l'on sait qu'à cet âge, l'aptitude à la contagion est plus grande. HA

- En recherchant les causes de la tuberculisation des Bretons à Paris, nous n'avons eu en vue que celles qui peuvent agir, indépendamment de toute question d’hé-

rédité.

Ces causes sont : le changement d'air, la misère, la contagion dans les chambres d'hôtels garnis, le surmenage, l'alcoolisme, les excès de tout genre et les passions tristes. &

Le changement d'air a une action importante sur la santé des villageois qui vienñent se fixer à la vtlle.

Malgré la pauvreté qui les empêchait de se nourrir convenablement dans leur pays, ils n'y étaient pas souvent malades, parce qu'ils jouissaient, à pleins poumons, de l'air pur de la campagne. L'air confiné des villes vient se joindre à tant d’autres causes pour mettre l'organisme en état d'infériorité dans la lutte contre la contagion. Les exemples sont nombreux; mais il n’en est guère de plus typique que celui, raconté par Peter, d'une demoiselle de village qui n'était guère

prédestinée à la tuberculose, sa grand'mère étant morte à 88 ans. son père à 78 ans etsa mère à plus de 80 ans. Cette jeune fille avaitun frère,-médecin de campagne, contraint de passer sa vie au grand air, qui se porta toujours bien. Elle-même, tandisqu'elle vivaitde la vie des champs, ne dédaignait pas d’aller travailler à la moisson et à la fenaison. Mais, pour son malheur, elle se maria, quitta la ville et changea l'air pur et vivifiant des grands bois pour l'air immobile et tiède d’une arrière-boutique. Des soucis moraux vinrent s’'ajouter aux modifications profondes de la vie physique. Peu à peu, elle toussa, maigrit et pâlit; la menstruation se dérangea et l'on constata tous les signes d’une tuberculisation commençante. Au bout de trois mois, elle mourut, à l’âge de 33 ans.

Dans ce cas, c'est bien le changement d'air qui paraît avoir été la cause première dela tuberculisation.

La misère ne joue pas un rôle moins actif. Nous avons dit que beaucoup d'émigrés arrivent à Paris, sans avoir un travail assuré. En attendant qu'ils le découvrent, ils ont vite fait de dépenser jusqu'au dernier sou. Et le pain leur manque, alors que, pour parer aux inconvénients d'un nouveau genre de vie, il leur faudrait doubler la ration alimentaire.

Joignons à cela la question du logement. Où habitent-ils, ces campagnards débilités par les privations et les fatigues? Ils occupent dans des hôtels garnis de dernier ordre des chambres sordides sans air et sans lumière où bien des tuberculeux, sans doute, ont

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séjourné et craché leurs bacilles, avant d'aller mourir à l'hôpital. Par ignorance, par négligence ou par intérêt, l'hôtelier ne fait rien pour obtenir une désintection en règle et son établissement devient un foyer de contagion dont malheureusement personne ne se défie.

Au Congrès de la tuberculose de 1893, M, le professeur Eandouzy a demandé énergiquement que les mesures de préservation contre la tuberculose ne soient pas seulement appliquées aux hôtels des stations fréquentées par les tuberculeux, mais bien à tous les hôtels et à ceux de Paris en particulier ; et il à appuyé sa réclamation par quelques exemples frappants. « Je

fus appelé en consultation, dit-il, dans un hôtel où vivent une trentaine d'étudiants, pour la majorité étudiants en médecine... J'ai vula ün malheureux étudiant en médecine arrivé aû dernier degré de la phtisie et ‘ce malheureux manquait des soins les plus élémentaires.. Il y a quelques jours, j'ai vu un jeune homme non tuberculeux habitant la chambre où se trouvait trois semaines auparavant un phtisique ; au départ de celui-ci, Aucune précaution de désinfection n'avait êté | prise, aucun avertissement n'avaitété donné au nouvel occupant. »

La déclaration des maladies contagieuses telles que la diphtérie, la variole et la scarlatine est rigoureusement imposée. Pourquoi n'exigerait-on pas la désinfection d’un appartement habité pendant pIhsieur s MOIS par un tuberculeux av été?

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