‹ La tuberculose chez les BretonsChapitre 37 sur 38 · FAIR ES · texte numérisé non relu

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Éxaminons maintenant quelle peut être l'influence du surmenage physique. Ordinairement, les Bretons, quine manquent pas d'un certain courage à la besogne, se livrent souvent; faute de mieux, à des métiers particulièrement pénibles.

Les hommes sont terrassiers, portefaix, charretiers, maçons, exposés par le fait même à contracter toutes sortes de maladies aiguës et inflammatoires du poumon, qui peuvent facilement dégénérer. Parmi les femmes, les unes sont domestiques ; souvent mal nourries, elles fournissent un travail considérable et le temps leur manque pour réparer leurs forces par le sommeil. Les autres sont infirmières dans les hôpitaux, où elles fournissent plus de la moitié du personnel (1). Il ne nous a pas été possible d'établir, pour ces dernières, une statistique de mortalité par tuberculose ; mais ce que nous pouvons atfirmer, c'est que beaucoup d’entre elles sont atteintes et retournent au pays breton où, grâce aux déplorables conditions d'hygiène‘fque nous : avons signalées précédemment, elles seront de puissants agents de propagation.

(1) Ce détail m’a été donné par M. le Chef du personnel de l’Assistance Publique. |

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Nous avons dit, dans la prémière partie de ce travail ce qu'était l'alcoolisme en Bret:gne. Loin d'atténuer ce vice, l'émigration ne fait que le développer en

le modifiant un peu. Là-bas, on se contentait d’eaude-vie; à Paris, l'empoisonnement va se compliquer par l'usage régulier de l’absinthe, des amers et de toute la série des « apéritifs. » L'argent, péniblement gagné, sera consacré en grande partie à l’intoxication quotidienne. Et l’action de l'alcool, renforcée par le - surmenage, l'épuisement, l'alimentation insuffisante et

la mauvaise hygiène rendra le terrain éminemment favorable à la germination des bacilles.

Il nous reste enfin à parler d’une influence secondaire, d'ordre psychique : c'est l'influence du chagrin, des passions tristes. Laënnec considérait la tristesse comme la principale cause des phtüsies, et il citait, à ce propos, l'exemple d’un couvent de religieuses cloitrées qui passaient leur temps à méditer sur les plus sombres problèmes de la vie et de la mort. En peu de temps, un certain nombre de ces religieuses furent décimées par la tuberculose ; celles qui y échappèrent étaient les sœurs tourières, forcées par leurs occupations de suivre moins rigoureusement la règle.

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Il est permis de supposer que la contagion a joué ici un rôle de premier ordre; mais la part du moral

agissant sur le physique ne peut être mise en doute. 50

Parmi les passions tristes, il-en est une que l'on rencontre fréquemment chez les bretons émigrés : c'est la nostalgie. Comme le dit très justement M. Widal (1), « leurs mœurs simples et originales, leur attachement à la famille, leur caractère sombre et triste, leur langue distincte en font des étrangers partout et partout les

exposent aux regrets de leurs champs, de leurs chau-

mières et de leurs familles ».

La nostalgie peut naître à l'occasion d'un fait de. la plus minime importance qui rappelle le pays

natal.

On a cité l'effet que produisait sur les soldats suisses au service de la France l'audition du Ranz des vaches. « Les chants des Bretons, dit Benoist de la Grandière, exercent une influence analogue sur les enfants de ce pays en leur rappelant leur jeunesse et leurs plaisirs d'autrefois. »

D'ailleurs, la modification si complète qui s'opère dans les habitudes des émigrés est bien faite pour développer en eux la tristesse nostalgique. Bientôt les fonctions digestives s'accomplissent mal; ils perdent l'appétit, maigrissent, ont des alternatives

de diarrhée et de constipation ; et, les pertes de l'orga-

(1} Diction. encyclopédique.

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nmisme n'étant plus réparées, le bacille tuberculeux se développera plus facilement.

On connaît aussi le rôle important de la volonté, de l'énergie dans l'évolution des maladies. Généralement, les Bretons que l’on voit à l’hôpital sont fatalistes : ils acceptent le mal sans murmure, mais aussi sans lutte. C'est à peine s'ils consentent à prendre les médicaments qui leur sont prescrits.

Dépression physique par la misère, le surmenage, l'alcoolisme et les excès de tout genre; dépression morale par la nostalgie et les passions tristes : telles sont les principales causes qui peuvent expliquer la tuberculisation facile des Bretons émigrés à Paris.

Nous aurions pu donner, à l'appui de nos assertions, un grand nombre d'observations; mais elles seraient toutes calquées sur le même modèle. Nous nous contenterons de celle-ci, dans laquelle on retrouve très nettement les diverses influences dont nous avons

parlé :

C... Henriette, 27 ans, célibataire, domestique, né à R.(F1nistère).

Pas d’antécédents héréditaires.

Pas d’antécédents collatéraux.

Elle-même n'a jamais été malade dans son pays

Elle vient à Paris à l’âge de 22 ans, se place comme domestique dans une maison où elle est mal nourrie et surmenée.

À 24 ans, elle fait une fausse couche,

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A peine remise, elle se livre à desexcès génésiques et alcoo-

liques : elle consomme par jour: trois litres de vin, un

« demi-setier » de rhum, un litre de café et plusieurs apéritifs.

En décembre 1898, elle a commencé à tousser. Perte d’appétit, aménorrhée, amaigrissement rapide, sueurs nocturnes, hémoptysies.

Lors de notre examen, le 10 juin, noustrouvons sous la clavicule gauche des signes cavitaires très nets et à la partie postérieure du poumon droit au sommet, des râles humides.

La malade est absolument cachectique ; elle a une diarrhée persistante. Ses doigts présentent une déformation hippocratique très caractérisée.

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