‹ La tuberculose de la glande thyroïdeChapitre 10 sur 21 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Schwartz, abcès tuberculeux du corps thyroïde.)

(Archives de laryngologie.)

Homme de trente ans, adressé à Schwartz par le D° Luc, avec diagnostic suivant : Néoplasme probable du corps thyroïde, avec paralysie du nerf récurrent droit, donnant lieu à des troubles laryngés.

Cet homme en effet présentait au niveau de la partie droite du cou une tuméfaction assez notable, sans changement de coloration de la peau; rien qui indiquât une inflammation de la région. Quand on interroge le malade, il répond d’une voix éraillée : que jusqu’au mois de septembre 1893 il avait joui d’une excellente santé, qu’il n’avait jamais eu d’enrouement, jamais rien du côté de la gorge. Il fut pris à celte époque d’un enrouement qui disparut au bout de quelques jours pour se reproduire peu de temps après, mais sans douleurs, sans gonflement du cou. Après être devenu ainsi intermittent, l’enrouement persista, devint plus intense et s’accompagna de douleurs, surtout au moment de la déglutition. Pendant la nuit, il ressentait des élancements dans le côté droit du cou. L’enrouement dura tout l’hiver, la voix était rauque, sans être éteinte. Il y a six semaines, vers la fin du mois d'avril 1899, apparut un nouveau symptôme : l’augmentation de volume de la partie droite du cou.

Le 29 mai, il alla consulter le médecin, qui pratiqua l'examen laryngoscopique et trouva que la corde vocale

Ve droite restait immobile pendant la phonation : cela dénotait une paralysie du nerf récurrent droit, probablement par compression. À l'examen de l’état général, rien de particulier, la santé est relativement bonne ; il n’a pas maigri, mais il a le teint toujours pâle; aucune trace d’antécédents pathologiques ; ni tuberculose, ni syphilis. Il n’a eu, dans ces derniers temps, aucune maladie infectieuse.

Lorsqu'on regarde son cou on remarque, au niveau de la région droite, une notable tuméfaction faisant saillie à la partie inférieure, sans que la peau ait changé de couleur à ce niveau. Cette tuméfaction ne se prolonge, ni sur la partie médiane, ni sur la partie latérale gauche du cou. Elle reste absolument limitée à la région sous-hyoïdienne droite. La saillié de la pomme d'Adam se voit très nettement, et semble légèrement repoussée à gauche.

La tuméfaction est rénitente à la palpation; on trouve même une véritable fluctuation, mais il faut la rechercher, car elle est difficile à constater à cause de la mobilité des parties qui glissent sur la colonne vertébrale et fuient ainsi le plan résistant. La peau est mobile sur la tuméfaction. Lorsqu'on cherche à délimiter celle-ci par le toucher, elle semble adhérer à l'arbre laryngo-trachéal ; et en effet, en faisant faire au malade des mouvements de déglutition, on constate qu’elle suit le mouvement d’ascension et de descente du larynx, Ge signe permet d'affirmer qu’il s’agit d’une tuméfaction du corps thyroïde. Il existe des cas où la vue des mouvements d’une tumeur du corps thyroïde nest pas très nette; il faut alors saisir cette tumeur à plein doigt et faire boire le malade; on sent ainsi les doigts entraînés par les mouvements du larynx. Dans ce cas, l’inspection suffit.

À la palpation on obtient un son absolument mat. D’après cet examen, on conclut qu’il s’agit d’une tuméfaction du corps thyroïde qui a évolué en six semaines concomitante avec un enrouement très marqué. On a remarqué aussi une inégalité pupillaire, la pupille droite plus petite que la gauche.

La paralysie laryngée est expliquée par les rapports du nerf récurrent avec la partie latérale du corps thyroïde ; l'inégalité pupillaire, par compression du grand symphatique, qui passe en avantde la colonne vertébrale et en dehors du paquet vasculo-nerveux du cou.

D'après cet examen, on a porté le diagnostic d’une tumeur ou plutôt d’une tuméfaction du corps thyroïde avec des troubles du côté du larynx et de la pupille par suite de compression du récurrent et du grand sympathique du côté droit.

Mais il s’agit alors de déterminer de quelle nature est cette tumeur. En raison de la rénitence qu'on sent à la palpation, il n’est pas admissible que ce soit un véritable néoplasme. Les tumeurs qu’on rencontre dans cette région comme les sarcomes, les épithéliomas, sont des néoplasmes malins, s’accompagnant de douleurs extrêmement intenses. On y peut aussi rencontrer des tumeurs solides pouvant être kystiques; on a alors, à côté de parties liquides, des parties solides. Si la résistance était partout la même, il s'agirait d’une collection dans le corps thyroïde.

La première impression fait penser à un kyste ; puisque son développement était lent, point des caractères inflammatoires d’une thyroïdite suppurée. Mais la ponction a démontré non pas un liquide clair et transparent, mais un liquide franchement purulent,

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