OBSERVATION
(Due à l’obligeance de M. Bérard.
Service de M. le Professeur Poncet.)
Jeune homme, B..., âgé de vingt-trois ans, né à Gonsselin (Isère), vient à la clinique de M. le professeur Poncet, salle Saint-Philippe n° 2, au mois de septembre 1888, pour être opéré d’une petite tumeur à la région thyroïdienne droite, apparueil y a deux ou trois mois, et qui depuis a progressé peu à peu sans déterminer des troubles fonctionnels notables. A son entrée, la tumeur est nettement visible au premier coup d’œil, faisant saillie à la région supérieure du lobe droit thyroïdien. Elle était absolument limitée à la région sus-hyoïdienne droite. La tumeur est franchement fluctuante à la palpatiou, mate à la percussion. Mais, pour avoir cette fluctuation, il faut procéder avec attention, à cause de la mobilité des parties molles qui glissent et fuient le plan résistant. La peau n’est ni adhérente, ni rouge, ni amincie à ce niveau. Pas de douleur à la pression.
Pour délimiter la tumeur, il suffisait de commander au malade d'exécuter quelques mouvements de déglutition et on constatait sa mobilité en même temps que les mouvements d’ascension et de descente du larynx. Ge signe permet de croire qu'il s'agissait bien d’une tumeur de la glande thyroïde.
L'état général du malade n’est pas excellent ; à ce moment, il est allé en Algérie, à Blidah, où il était commis des postes, parce qu’il avait, dit-il, les bronches délicates
RTE et que sa voix était couverte : aucun phénomene de compression, soit du côté du sympathique, soit du récurrent. Dans les régions où il a habité, il ne se souvient pas d’avoir vu beaucoup de goitres.
Le diagnostic porté était celui de collection thyroïdienne, probablement adénome kystique. Le malade est opéré deux jours après par M. Bérard, remplaçant M. le professeur Poncet; incision sur le kyste qui est bien enchâssé au sommet du lobe droit thyroïdien ; ne présentant pas une surface lisse, et qui, au cours de tentatives d’énucléation, se crève pour donner écoulement à un grumeleux abcès froid, avec quelques débris fongueux ; il n’y avait pas de grains jaunes qui puissent nous faire croire à l’actinomycose ; pansement à plat, et le malade part guéri huit jours après l'opération. Il s'agissait donc ici, soit d’une tuberculose primitive, soit d’une tuberculose secondaire aux lésions laryngo-trachéales très discrètes qu’offrait le malade.
Dix mois après il revient à la clinique de M. le professeur Poncet, présentant tous les signes d’une ostéite de los iliaque gauche et d’une arthrite fongueuse du genou correspondant.
[’abcès est incisé, de profondes pointes de feu sont appliquées sur l'articulation: quinze jours après, le malade mourait de septicémie.
On pouvait donc conclure de cette observation que la tuberculose, d’abord localisée à la glande thyroïde, avait été la cause directe de l’ostéite et de Parthrite.
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