OBSERVATION V
Lapin n° 207 : poids, 18,700.
Animal tuberculisé depuis quatre-vingt-six Jours.
O. G. Injection dans la chambre antérieure d’une goutte de A. T.K.
La réaction fut également très vive le lendemain, aboutit à une séclusion pupillaire et à une infiltration interstitielle de la cornée. L’inoculation au cobaye donna également au bout de soixante-quinze jours un résultat négatif.
Ainsi chez ces animaux tuberculeux, avec une régularité absolue, l'injection intra-camérienne d’une goutte de tuberculine A.-T. K. nous a donné une réaction d'une extrême vivacité s'opposant de la manière la plus évidente à l'absence de réaction qui suit chez le lapin non tuberculeux la même injection, ou même des injections répétées...
Au cours de ces expériences nous avons essayé de déterminer la dose de tuberculine avec laquelle il était possible d'obtenir une réaction assez nette pour conclure en pratique à l’état allergique chez un animal témoin en cours d’expérimentation. Il résulte de nos constatations que si la sensibilité des animaux est quelque peu variable, on obtient toujours une réaction suffisante par l’inoculation intra-camérienne d’une goutte de tuberculine C. L. diluée à la dose de deux dixièmes de milligramme par
centimètre cube.
IT. RÉACTION TUBERCGULINIQUE ET MOBILISATION BACILLAIRE. — Nous ajouterons que chez deux animaux, le lapin n° 199 et le lapin n° 202, la réaction persista intense pen-
dant plusieurs semaines et jusqu’au moment de l'énucléation, si bien que lorsque nous avons pratiqué l'inoculation d'un fragment de l'iris au cobaye, nous pouvions supposer qu'il s'agissait de lésions entretenues par une prolifération bacillaire active. Or, chez aucun de ces animaux, l’inoculation au cobaye témoin n’a donné de résultats positifs, sur aucune de nos pièces examinées bactériologiquement nous n'avons surpris l’existence de bacilles. Sur celles-ci en revanche nous avons pu noter quelques particularités cytologiques que nous pensons devoir exposer.
III. Erupe HISTOLOGIQUE DE GETTE RÉAGTION. — L'examen histologique des pièces ainsi obtenues nous a permis de remarquer, tout d’abord, que la réaction inflammatoire est disséminée aux différentes parties du segment antérieur.
a) Au niveau de la cornée, l’épithélium est généralement respecté, sauf au point d'inoculation où il existe une légère hyperplasie cicatricielle et dans quelques cas une ulcération microscopique. L'infiltration inflammatoire du stroma cornéen paraît surtout localisée vers la périphérie, sous forme d’amas inflammatoires disposés dans le sens longitudinal et surtout abondants vers la région de l'angle irido-cornéen. En outre, on trouve dans la cornée des vaisseaux extrêmement congestionnés, bourrés de globules rouges, la membrane de Descemet est souvent décollée en certains points et l’endothélium hyperplasique.
b) La chambre antérieure est remplie par un liquide nettement hémorragique en certains points, dans lequel se trouvent en abondance des débris pigmentaires. Enfin
très fréquemment la région de l’angle irido-cornéen est modifiée par la constitution d’une véritable soudure de Knies entre la face antérieure de l'iris et la cornée.
c) L’iris, peu altéré au niveau de la région ciliaire où l’on peut noter cependant des amas inflammatoires, est le siège d’une réaction diffuse, avec congestion assez marquée des vaisseaux sans lésion très apparente du stroma.
Au point de vue des éléments fixes, en dehors de la congestion vasculaire très intense avec turgescence de l’endothélium des petits vaisseaux néoformés, il y,a dans la cornée, dissociation par place des éléments fibro-blastiques et élastoblastiques dont quelques-uns tendent à reprendre le type embryonnaire. L'infiltration inflammatoire est essentiellement constituée par une extrême abondance de plasmocytes dont la plupart ont un protoplasma basophile des plus net; à cette réaction se surajoutent quelques rares lymphocytes.
Bref, chez le lapin allergique, l'injection dans la chambre antérieure de tuberculine détermine une réaction inflammatoire d'intensité moyenne au niveau de la cornée. Les lésions de la couche profonde affectent les caractères histologiques décrits dans la kératite interstitielle, constituée par du tissu de granulation avec réaction plasmocytoïde dominante, et n'ont aucun caractère de spécificité bacillaire. Ce sont là des désordres histologiques exactement semblables à ceux de la kératite interstitielle. \
Cette étude pose le problème du pouvoir anti-complémentaire de l’humeur aqueuse, problème dont la solution a été entreprise par Somiecx*. Tout en réservant, pour le moment, notre avis définitif, il nous apparaît que
les faits histo-pathologiques constatés dans ces recherches expérimentales autorisent à penser comme cet auteur, qu'il peut exister dans l'humeur aqueuse des anticorps tuberculeux. Ainsi, s'expliqueraient les désordres électifs du stroma cornéen et l'intégrité relative du stroma irien sur plusieurs des coupes que nous avons pratiquées chez les lapins allergiques ayant subi une injection de tuberculine dans la chambre antérieure.
Cette réaction locale inflammatoire banale, véritable kératite interstitielle avec réaction capillaire précoce et intense que réalise la réaction tuberculinique, apporte également un argument en faveur de l'opinion émise par Ouen”. Cet auteur pense qu'il existerait une véritable allergie capillaire consécutive à la sensibilisation de l’organisme par une tuberculose de première inoculation. IT voit là le mécanisme de l’auto-protection générale de l'individu tuberculeux contre chaque réinfection. Expliquant ainsi le phénomène de la réaction pseudourticarienne de Vox Prrquer, il donne une interprétation suggestive des faits susceptibles de se produire soit au cours des contaminations qui réalisent en pathologie humaine les lésions de superinfection, soit au cours des réactions expérimentales jusqu'ici observées dans le phénomène deKoch, dansles cuti, intradermo, ophtalmo-réactions. Dans la réaction obtenue par injection intra-camérienne de tuberculine, constituant ce que l’on pourrait appeler une cornéo-réaction, les phénomènes observés peuvent répondre dans leur ensemble au processus.
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