‹ La Tuberculose du VieillardChapitre 16 sur 24 · TRE · texte numérisé non relu

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avant, à gauche submatité et diminution de l'élasticité, craquements secs. À droile, mêmes signes, mais les bruits perçus sont de gros ràles humides. Cœur normal ; souffle cardio-pulmonaire mésosystolique au niveau du deuxième espace interscostal du côté gauche. Elal général médiocre. Æxpecloralion assez abondante, crachals muco-purulents, avec présence de bacilles. La malade est restée six semaines environ à l'infirmerie ; sesentant mieux, elle demande à regagner sa chambre quoique la veille de la sortie, elle ait élé reprise d'une

hémoplysie peu abondante il est vrar.

OBSERVATION XXVII (Barié)

Hur..., menuisier, àgé de soixante el onze ans. Pas de tuberculose familiale ; pas de maladie antérieure, sauf une bronchite à l'âge de dix-huit ans, depuis celle époque tousse tous les hivers ; première hémoplysie à soixante-huil ans ; tousse beaucoup depuis un an el demi environ el a maigri considérablement ; depuis la même époque a de lolile suppurée du côté droil. Poumon, clé droit, en arrière malité, souffle el toux amphorique, ràles de bronchites à la base. En avant, bruit de pot félé et gargouillement. Côté gauche : râles sous-crépilants sous la clavicule. Æxpecloralion muro-purulente, abondance moyenne, mais bacilles de Koch nombreux. Pas de troubles digestifs. Cœur normal. Pas d'albumine. L'élat du malade empire graduellement ; les crachats deviennent de plus en plus abondants:; ils sont purulents, nummulailaires, félides el obstruent les canaux bronchiques. Le malade expectore très difficilement el se plaint d'oppression extrême,

mort.

Aulopsie. — Adhérences pleurales très épaisses des deux côtés, principalement du côté droit. Le poumon droit ne peut êlre enlevé complèlement ; le sommet n'est plus qu'une vaste caverne exlrèmement adhérente. Plus bas 1l existe deux pelites cavernes remplies de pus ; elles sont du volume d'une noix. Tout le reste du poumon est rempli de masses tuberculeuses, un peu molles, caséifiées, d'une coloration gris verdâtre rappelant celle du fromage de Roquefort. Le poumon gauche présente également des infiltrations tuberculeuses caséifiées, mais pas lrace de cavernes.

Cœur mou, leinte gris jaunâtre feuille morte, dégénérescence graisseuse du myocarde. Foie muscade, capsule de Glis-

son adhérente. Reins el rate, pas de caractères anormaux.

OBSERVATION XXVIIT (Barié)

Une femme de 70 ans, d'aspect souffreleux el sujette aux bronchites à la suile du moindre refroidissement ; à l'âge de neuf ans, elle a eu une première atlaque de rhumatisme qui s’est renouvelé depuis, assez fréquemment. Son mari est mort à 72 ans de luberculose pulmonaire; elle a eu 6 enfants, dont l’un est mort à l'âge de ? ans, de tuberculose. Cette femme, qui est dans un élal de débilité extrême, se plaint d'être souffrante depuis trois jours : elle tousse, et Fexpectoralion est extrèmement abondante ; la malade a perdu lappélit el présente un peu de diarrhée el quelques vomissements. Température 38°5. L'examen physique du thorax donne Îles résultats suivants : en arrière la percussion est normale, mais

un peu douloureuse aux sommets. L'auscullation dénote une

ÉÉrRS

grande quantité de râles sibilants, disséminés dans toute l'étendue des deux poumons ; il existe des râles plus fins mélangés de frotlements dans laisselle gauche. En avant la percussion est un peu douloureuse au sommet gauche. A l'auscultalion on perçoit des râles sous-crépilants, aux deux sommets, mais surtout abondants sous la elavicule gauche. L'expectoralion est abondante, el rappelle celle du catarrhe bronchique, elle consiste en erachals épais, jaune verdätre : quelques-uns sont d'une coloralion noirâltre ; d'autres rappellent d'assez près l'aspect nummulaire. L'examen baclériologique montre dans ces crachals des bacilles de Koch, des slreplocoques el des débris de fibres élastiques du poumon. kien au cœur, sauf une accenlualion manifeste du bruit diaslolique au niveau de l'aorte. Flexuosilés nombreuses des artères radiales : œdème des membres inférieurs ; un peu d'albumine dans les urines. La malade présente en outre des déformations mulliples et très caractéristiques du rhumatisme chronique osseux el progressif, aux doigts de la main, aux orteils : déviation de la main vers le bord cubilal, déformalion en Z des doigts de la main ; saillie latérale des métacarpiens ; pas de nodosités d'Heberden. Un peu plus lard, chez celle malade, soumise d'emblée aux Loniques, à l'huile de foie de morue, les signes stéthoscopiques restèrent les mêmes, el les gros râles sous-crépilants se généralisèrent. Pendant tout le Lemps de son séjour à l'hôpital, la malade S'amaigril de plus en plus, el présenté des lraces d'œdème au niveau des malléoles.: On soulint alors les forces de cette femme par des polions cordiales, le vin, léther et la caféine ; néanmoins dans les derniers Lemps, elle Lomba dans un véri-

able élal cachectique.

Et

OBSERVATION XXIX (Barié)

Fav.., soixante-six ans, Lapissier, à la maison de retraite depuis un an, entre pour la première fois à l'infirmerie. Père mort à 84 ans, mère morte de fluxion de poilrine ; sa femme est morte il y a 4 ans du diabète.

Pas de maladies antérieures, sauf une bronchite en 1869 suivie d'une seconde en 1872 el une poussée d'eczéma sur les membres. En 1890, nouvelle bronchite. accompagnée pour la première fois d'une hémoplysie (un verre à bordeaux environ de sang rulilant après un effort de toux). Depuis celte époque, lousse, maigrit. Expecloralion verdàtre, odeur un peu fétide. Présence de bacilles de Koch. Urines normales ; pas de fièvre ; poitrine élroile el rélrécie. Poumon droil en avant: submatilé sous-claviculaire, respiration humée un peu sibilante. Souffle amphorique ; vibralions thoraciques normales. En arrière malilé dans les fosses sus el sous-épineuses ; respiralion rude, caverneuse, pas de ràles ; vers les bases quelques sibilances. Cœur, accentuation diastolique au niveau de l'artère pulmonaire. Le malade quille linfirmerie dans le même élal, mais l'amaigrissement s'est notablement

accru. :

La présence du bacille chez le vieillard tubereuleux est donc indiscutable : des faits cliniques nous Font prouvé. Mais un point reste à élucider : ce bacille de Koch, que nous montre le microscope, a-t-1l conservé sa virulence et par suile, peut-il, alors qu'il sera transporlé sur un jeune terrain, croître, se mulliplier el en-

gendrer à novveau par lui-même comme par ses descen-

ES eee

dants, les lésions classiques de la Luberculose ? Ou bien, plutôt, puisque souvent la tuberculose sénile reste à l'élat latent, sans causer grand dommage, el pour ainsi dire inaperçue, ne serait-il pas plus vraisemblable d'admeltre que le bacille ne vit dans un vieil organisme qu'à l'élal de simple saprophyle, incapable de proliférer, de caséifier et par suite n'offrant plus de danger à celui qui pourra l’héberger? C'est en un mot Île problème de la virulence qui se pose à nous.

Plusieurs preuves viennentconfirmer que le bacille ne cesse d'être dangereux pour les lissus qui l'environnent.

D'abord ce sont les formes de tuberculose sénile aiguë, el principalement les formes qualifiées de formes réveillées qui nous montrent que le jour Gù viennent à faiblir les moyens de défense d'un organisme assez vigoureux pour avoir alleint la soixantaine, ee jour-là, le bacille retrouve ses moyens d'action, reprend loffensive et cause des formes subaigues, aigues et parfois même granuliques. |

Une preuve de celte conservalion de virulence est lirée de l'exploration directe de celle-ci par indculation au cobaye. Fréquemment elle est posilive. Nous avons déjà rapporté deux observations de Courmont et Revol(1) (voir p. oLet52) dont le sérodiagnoslie, faitsystématiquement sur toutes les malades, avait été positif dans les deux cas. Chez le premier vieillard Fautopsie n'avait montré qu'un pelit nodule de tissu fibreux, noirâtre, ré-

tracté, dur à la coupe ; ne montrant pas de tubercules,

(1) Couruonr et Revo. Bulletin de la Société médicale de Lyon, 1904, p. 137.

ni de caséum et semblant être le reliquat d'une lésion élemte. Chez le second vieillard, Fautopsie avait révélé, outre plusieurs noyaux crélacés, el de consistance pierreuse, quelques ganglions trachéobronchiques sans tubercules ni caséum à la coupe. L'inoculation de la petite masse du sommet el des ganglions fut faite à deux cobayes. Ceux-ci présentèrent des lésions {ypiques el généralisées de tuberculose. De même, constatant la fréquence au cours de lésions anciennes et guéries, d'une quanlilé de granulalions grises récentes, M. Déjerine « a donné l'explication de ces infections en montrant que les masses caséuses enkyslées renferment des ba- Gilles inoculables el, par conséquent ayant conservé loute leur vitalité » (D).

Ce sont là des faits qui nous démontrent une fois de plus lintégrité de la virulence bacillaire dans la plupart des cas de tuberculose sénile.

De tout ce que nous venons de dire il résulte donc que le vieillard atteint de tuberculose présente, dans la plupart des cas, une forme ouverte, caractérisée par la présence de cavernes. Ces cavernes, très souvent, contiennent encore des bacilles de Koch. Et ces bacilles de Koch ont conservé loute leur virulence.

Ces différents facteurs, élablissant la possibilité de la contagion, nous révèlent un péril d'autant plus grand pour la société que celte tuberculose est, nous l'avons

déjà vu, le plus souvent méconnue. Nous avons cilé (1) Rapporté par Potain. Clinique médicale de la Charité, Bulletin médical, 1894, p. 1083.

précédemment quelques exemples de ces infections pulmonaires, Lorpides, évoluant en silence, sans que le malade et presque souvent le médecin lui-même ne s'en doute. Ces exemples que nous aurions pu mulliplier, car ils abondent dans Ja litlérature médicale, nous montrent que le péril est réel.

Celte fréquence de la tuberculose inconnue el dont on ne se défie en aucune façon explique bien quelques uus des faits navrants que tout médecin ou même que tout homme du monde a eu l’occasion d'observer aulour de lui. Je veux parler de ces familles qui semblent lout parliculièrement prédisposées à la phlisie el à Ia tuberculose. Ce sont, groupés autour de l’aïeul apparemment en bonne santé, des enfants et des pelils enfants de tout âge, qui, les uns à la suile des autres, succombent vicümes de l'infection bacillaire, où du moins sils ne succombent pas sont atteints, qui d'un mal de Pot, qui d’une tumeur blanche, qui d'une orchiépididymite bacillaire. Tel le soldat, ancien typhique, qui sans s'en douter répand au sein de la compagnie, le germe de la maladie el souvent de la mort, tel le grand-père véritable « porleur de germes » transmet autour de lui, le bacille de l'infection dont il ignore être atteint.

Et c'est ce grand'père qui habite le logis parfois encombré ou plus exactement le taudis commun. Il sort peu par crainte de s'enrhumer. Il ne ménage ni baisers. ni caresses à ses pelils enfants. Souvent il dort dans la

même pièce qu'eux. Naturellement il ignore ce ‘qu'est

un crachoir el ne se gène pas pour souiller le sol de ses exsudats bronchiques.

C'est à peine s'il toussote un peu chaque jour, s'il sessouffle facilement, S'il s'enrhume de temps à autre, en un mot, @est à peine s'il est «de santé délicate ». EU tristement cel aïeul assiste à la disparilion de ceux qu'il affeclionne, sans se douter un seul instant qu'il à pu contribuer pour quelque part aux deuils successifs qui viennent le frapper lui el les siens.

M. le P' Landouzy (1) éludiant les causes de la mor- Lalité infantile, nous a donné de frappants exemples de ces conlages familiaux. Parmi les nombreux cas de tuberculose observés chez les enfants en bas âge à la crèche de l'hôpital Tenon, il lui élait en général facile de retrouver quelque lare tuberculeuse chez lun des ascendants. Pendant que le père el la mère souvent tuberculeux eux aussi, vont à l'atelier, le bébé reste aux soins de la grand'mère constamment « enrhumée » qui le berce dans ses bras. EL cetle contagion familiale est d'autant plus redoutable « que la tuberculose, celte lèpre des lemps modernes S'allaque aux sources même de la vie humaine. » (2).

Barié nous en rapporte les deux exemples suivants ; dans le premier, une femme de 81 ans, présentant des lésions cavilaires et des bacilles dans les crachats a perdu deux frères et deux enfants par tuberculose ; dans la seconde une femme de 60 ans, dans les mêmes conditions

(1) Laxpouzy. Revue de Médecine, 1887 et ISSs. (2) id. id.

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a perdu deux de ses lrois enfants Fun par méningite tuberculeuse à 7 ans, l'autre de tuberculose pulmo-

naire à 26 ans.

OBSERVATION XXX (Barié)

La veuve G...,ägée de quatre-vingt un ans, a eu deux frères morts de tuberculose pulmonaire el a perdu deuv enfanls de la mème maladie, à âge de quarante ans. Vers la même époque la malade a une pleurésie du côté gauche, mais a continué à se bien porter quoiqu'elle loussa les hivers jusqu'à l'âge de 73 ans, où sans raison elle fut prise d'une hémoplysie d’une grande abondance. Il y a lrois mois, elle eut une nouvelle hémorragie bronchique. Elle fut examinée alors et on trouva de la submalilé des fosses sus el sous-épineuse du côté gauche. A l'auscullation, on trouve dans la première, du sou/fle-amphorique el des qargouillements nombreux, étendus jusqu'au niveau de l’épine de l’omoplate. A droite, la respiralion est rude, accompagnée, en avant et en arrière. de râles sous-créditants abondants. Pas de fièvre, rien au cœur, urines normales, appélil conservé. Malgré ces signes indiquant des lésions cavitaires considérables, l'état général est bon et la malade va el vient el se promène dans la maison et dans les jardins. Cependant la toux ayant augmenté, elle entre à l'infirmerie et on conslale, outre la matilé dans la fosse sus-épineuse, du souffle el des ràles à timbre amphorique, et de ràles sous-crépilants à bulles moyennes dans la fosse sus-épineuse droile. En avant, sous la clavicule gauche, on trouve du

souffle caverneux el du bruit de pot fèlé. L'expectoration est très abondante, mais purulente; et renferme des bacilles de

Koch en très grande quantité.

OBSERVATION XXXI (Barié)

Janv. 1891. Bert..., soixante ans, a perdu sa mère à la ménopause, un frère d'apoplexie pulmonaire ; son père, alcoolique et saturnin, est mort à cinquante ans. Elle a eu tros enfants : l’un est mort de méningile luberculeuse à sepl ans, l'autre à vingt-six ans de luberculose pulmonaire. Son mart est mort asthmatique. Depuis l'âge de quarante sept ans, la malade tousse tous les hivers ; elle n’a jamais craché le sang. Il y a deux ans, la malade a élé prise d’un zona du plexus cervical du côlé droit, qui a laissé des cicalrices blanchâtres el des douleurs encore vives à certains moments, occupant la partie latérale droite du cou. et s'irradiant vers la face el la nuque du même côté. La peau paraîl amincie, eL le moindre attouchement, le moindre frôlement provoquent de vérilables crises paroxysliques ; la face du côté malade paraît légèrement contractée. C'est pour ces douleurs intolérables conséculives au zona, que cette femme est surtout entrée à linfirmerie ; les lavements calmants les plus variés, et à lintérieur la morphine, l'anlipyrine, l'aconiline, la quinine, Île chloral et le sulfonal et en dernier lieu la cérébrine ont été tous employés avec des succès médiocres. Celle malade est alleinte de scoliose à convexilé droite qui remonte à l'âge de qualorze ans, La malade tousse peu, l’expecloralion est à peu

près nulle. Le sommet droit, en arrière, accuse de la malité

des souffles caverneux avec des râles sous-crépilants à grosses bulles, pectoriloquie à haute voie. En avant, il existe de la submalité sous la clavicule, et de la faiblesse respiratoire ; on lrouve encore quelques râles humides peu abondants. L'expectloralion devint bientôt assez abondante, et l'examen baclériologique y a décélé la présence de nombreux bacilles. Cet élal s'est prolongé pendant de longs mois durant lesquels la malade faisait des séjours successifs plus ou moins longs à l'infirmerie. Peu à peu elle s’amaigril, perdit l'appélit et le sommeil, et fut trouvée morte un malin, dans son lit, sans qu'elle ait poussée le moindre ert ou fait le moindre appel. Aulopsie. — Poumon droit large excavation (une grosse bille) au sommet, entourée d’une série de peliles cavernules disséminées ; Lissu pulmonaire dur, grisälre, adhérences au sommet. Au sommet gauche, infiltration de ltubercules dont plusieurs sont caséeux ou ramollis. Cœur alrophié, tout pe- Ut, pèse 195 grammes. Myocarde décoloré. Foie el reins nor-

DAUX.

Andral a rapporté l'observalion d’un vieillard de 80 ans, qui depuis l'âge de 20 ans était sujet aux hémoptysies ; el Andral ajoutait : « Ce vieillard (et ce n'est pas là une des circonstances les moins remarquables de celle observalion) avait eu plusieurs enfants qui, tous, élaient morts de Ia poitrine à un âge peu avancé avant tous aussi des hémoptysies. »

A l'hôpital Laennec, salle Chomel, dans le service de

M. Léon Bernard (1), est couchée actuellement, une (1) M. Léon BenNarD à bien voulu nous donner connaissance de

celte observation. Nous sommes tout particulièrement heureux de

pouvoir le remercier et l'assurer de notre vive reconnaissance.

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