PRÉFACE
Depuis fort longtemps, j'avais conçu le projet d'écrire ce livre. Mais au fur et à mesure que j'ai réuni mes documents, que j'ai classé mes expériences et mes observations, j'ai rencontré des difficultés et des contradictions de toutes sortes. J'ai eu de la peine à grouper les faits qui semblaient presque toujours opposés et je n'ai pu les faire entrer dans des cadres didactiques. Pendant que j'étais ainsi en face de difficultés d'interprétations, de nombreux travaux, des monographies, des thèses parurent sur la Créosote. Certains livres plus complets, de nature doctrinale, semblèrent même combler la lacune pratique que jeviens remplir aujourd'hui et indiquer aux praticiens, d'une façon précise, l'emploi thérapeutique de cet agent médicamenteux ; quoi que je ne veuille faire la critique de quiconque, je dois reconnaître cependant qu'aucun auteur n'a tracé des indications précises.
A ce point que le praticien qui, traitant un tuberculeux, veut lui administrer l'agent de Reichenbach, est presque toujours embarrassé et souvent même découragé. Il est fort embarrassé, surtout s'il manque d'expérience, parce qu'il a lu que la créosote était le médicament le plus puissant, le plus sûr en tuberculose, mais il a appris aussi que cet agent était un médicament irrégulier, complexe, inconstant, dont l'intolérance se produisait très rapidement. Et de fait, si le jeune praticien administre cette créosote à un certain nombre de phtisiques, il n'en tire au commencement, le plus souvent, que des résultats positifs et heureux, une amélioration incontestable. Cette'amélioration sensible invite à prescrire des doses plus élevées, et c'est ici que la mauvaise surprise se produit, parce que la créosote est un médicament difficile à manier, dont la dose maxima n'est pas encore définie, en ce sens qu'elle diffère sensiblement d'un malade à l'autre. Le jeune praticien, qui a observé une ou deux intoxications créosotées, arrive vite au découragement et renonce définitivement à cette médication.
A-t-il raison ? Peut-il baser sa ligne de conduite sur un seul écueil, sur une seule complication ? Doit-il renoncer définitivement à cet agent qui a fourni non seulement ses preuves, cliniques, mais encore des preuves expérimentales incontestables ? Comment le thérapeute doit-il se conduire pour tirer de la créosote tous les avantages, sans encourir des risques, sans provoquer des complications, çans exposer le malade un danger?
Il est incontestable que la créosote est, dans tout