GÉNÉRALITÉS SUR LES POLYÉTHERS DE LA CRÉOSOTE
Au cours de cette .étude, nous sommes revenu, à maintes reprises déjà, sur cette idée que la Créosote n'est pas un produit constant, fixe dans sa composition, uni.voque dans ses effets, sûr dans son action, chimiquement défini — et qu'elle est un composé, en proportions variables selon la façon dont on a conduit la distillation du goudron de hêtre et aussi selon l'essence d'arbre employée, de produits élémentaires.
D'après Béhal et Choay (Société de Pharmacie de Paris, 2 mai 1894) la composition en chiffres ronds de la Créosote de hêtre, distillant entre 200 et 2 io°, de densité 108 5 àj5°, peut être représentée par :
i° Monophénols 40 %
(Phénol ordinaire, ortho, meta et paracrésylol, ortho-ethylphénol, métoxylénol 1, 3, 4; métaxylénol 1, 3, 5);
2° Diphénols
Gaïacol 25 % s
Créosol et Homocréosol . . 35 °/
Si l'on fait agir sur ces principes variés des éthers acides, on obtient des dérivés créosotes qui ont ainsi l'avantage sur les produits similaires du gaïacol, de renfermer nombre de principes dont chacun a ses propriétés particulières en phtisiothérapie.
Le Docteur Camille Lorot, qui a consacré à ces « Combinaisons de la Créosote » sa thèse inaugurale, écrit : « ...On peut comparer les éthers de la Créosote à un mélange d'essences antiseptiques dont chacune a sa valeur propre, déterminée.
« C'est ce qui nous a engagé à employer la Créosote de préférence au Gaïacol, bien* que ce dernier soit un composé défini et le principe dominant de la Créosote ; car on n'obtient en somme par l'emploi du Gaïacol, qu'une partie des effets obtenus avec la Créosote, bien que la thèse contraire ait été soutenue.
« ...Tous ces dérivés de la Créosote, malgré leurs noms suggestifs (carbonates, phosphates, etc.) ne sont pas des sels, ni des éthers à proprement parler. C'est un mélange de combinaisons. Je m'explique : Le carbonate de Créosote est un mélange d'éthers carboniques de la Créosote, chacun de ces éthers, pris à part, est une combinaison. C'est un éther multiple pour ainsi dire, un polyéther.
« Comme, en chimie organique, sel ou éther ont la même signification, on peut dire indifféremment, l'usage autorisant le terme éther, sels ou éthers de la Créosote. On peut même, par extension et pour la
LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE 1 5y
facilité du langage, appeler sels toutes les combinaisons de la Créosote. En effet, la définition des sels par Berzélius, s'applique à ce qu'on nomme des sels doubles, comme l'alun. Pourquoi, si l'on admet cette définition, ne pas admettre des sels multiples, des éthers multiples ou « polysels, polyéthers »? pourquoi, à côté du système dualistique qui a rendu d'immenses services à la Chimie, ne pas admettre un système pour ainsi dire pluralistique ?
« En outre, plusieurs sels sont connus sous des noms différents qui ne sont pas corrélatifs à leur composition chimique. Ne dit-on pas : sels d'Alembroth, de Descroisilles, de Guindre, sel gris, sels d'absinthe, d'armoise, sel de Seignette, sel de vinaigre ?
« Les sels bu combinaisons de Créosote se divisent naturellement en deux genres : les combinaisons liquides et les combinaisons solides.
« Les combinaisons solides se divisent en deux classes, suivant qu'elles sont solubles dans l'eau, exemple : tannate ; ou insolubles dans l'eau, exemple : créosoforme.
« D'après cela, il est permis de résumer dans le tableau suivant les combinaisons de la Créosote :
Tableau
synoptique des
sels créosotes.