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CHAPITRE VII

Le Gaîacol

Historique- — Composition chimique. — Préparation .

De toute l'étude qui précède et où nous nous sommes efforcé de montrer les avantages et les inconvénients de la Créosote, il résulte, en résumé, que les échecs de la Créosote reconnaissent les raisons suivantes :

i ° La Créosote n'est pas un produit défini, simple, mais la combinaison de sous-produits auxquels elle emprunte inégalement ses propriétés physiologiques et sa valeur curative : le s uns, parmi ces composants, peuvent être considérés comme actifs, les autres comme inutiles ou nuisibles.

Il n'y a pas, dans le commerce, deux Créosotes qui se ressemblent. Et bien que le Codex français, dans le but d'éviter cette extrême variabilité des créosotes, ait fixé entre 200 à 2 1 o° les températures auxquelles doit s'effectuer la distillation du goudron de hêtre,

la Créosote officinale n'a pas toujours la même teneur en gaïacol, qu'on considère comme son principe actif et l'élément qui mesure sa richesse. Ce qui le prouve, e'est que si la Créosote était le composé constant qu'une préparation même minutieusement conforme à celle du Codex permettrait d'espérer, les Créosotes devraient avoir la même densité. Or, nous avons examiné rien qu'à ce point de vue un grand nombre de Créosotes débitées par les pharmacies. Leur densité oscillait autour de 1270, mais n'était jamais identique pour les divers échantillons examinés. Par conséquent, il n'y a pas une Créosote, mais des Créosotes.

2 La Créosote a une intense action corrosive qui rend difficile la plupart des voies d'introduction et des modes d'administration ordinaires des médicaments,

3° Son odeur pénétrante, sa saveur caustique sont souvent insupportables aux malades qui s'en dégoûtent vite, et pour qui le traitement devient rebutant.

4 La Créosote n'a d'action que si on arrive à l'administrer à hautes doses. La technique des injections, selon le procédé de Burlureaux, est à cet égard de beaucoup la plus préférable. Mais combien ennuyeuse, elle est pour le malade ! Il ne s'y prête, en général, que de mauvaise grâce et déclare renoncer à des injections répétées qui sont longues et douloureuses. Il abandonne le traitement avant qu'il ait pu en recueillir un bénéfice appréciable.

5° Nous avons assez traité la question de la tolérance et de l'intolérance, de la saturation de l'organisme par la Créosote, de ses indications et contreindications pour n'avoir qu'à rappeler ici, au nombre des inconvénients de la Créosote, ses propriétés toxiques auxquelles certains malades sont si sensibles, les sueurs, vertiges, variations brusques de température, etc., que de faibles doses provoquent quelquefois, le danger qu'il y a à l'employer dans les formes hémoptoïques, au cours des poussées congestives, ou lorsque les émônctoires n'assurent pas une élimination suffisante.

Burlureaux arrive à conclure que le pronostic du traitement est en raison directe de la tolérance présentée par le malade pour la Créosote, et que le malade la supporte d'autant mieux qu'il est plus résistant, que sa déchéance est moins profonde.

Tant vaut confesser, comme nous l'avons dit, que la Créosote n'est efficace que chez les* malades qui le sont peu, qu'elle est dangereuse chez les phtisiques avancés et che* les cachectiques, et qu'en fin de compte, elle n'a jamais guéri que ceux qui, peut-être, • se seraient guéris tout seuls.

Tels sont les principaux griefs que notre étude de Résumé des la créosote nous autorise à formuler contre elle. principaux D'autre part, il est incontestable que dans beaucoup de cas, la créosote s'est montrée sinon curative, au moins bienfaisante, qu'elle est la base d'une médica-

griefs.

tion active de la tuberculose, le type d'un mode de traitement, mais non son expression la meilleure ; et que le dernier mot de la médication créosotée n'est peut-être pas l'emploi de la créosote elle-même, mais de ses sous-produits ou de ses dérivés.

C'est dans cet esprit que les partisans de la médication créosotée ont récemment dirigé leurs recherches.

Parmi ces médicaments, de nature créosotée, mais que les praticiens ont cru pouvoir substituer à la créosote, nous rencontrons tout d'abord le Gaïacol.

Nous avons vu, au début de notre étude sur la créosote, que le Gaïacol est le principal élément de la créosote dans laquelle il se trouve en proportion de 25 pour ioo. Nous savons aussi que cette proportion est variable et dépend du degré auquel s'accomplit la distillation du goudron.

Étude Chimique.

Le Gaïacol pur n'est connu que depuis mars 1893. Il a été découvert et préparé synthétiquement par MM. Behal et Choay, qui ont pu le présenter à l'Académie des Sciences à l'état cristallisé. On croyait, avant cette découverte, que le gaïacol était

un liquide; or, c'est un solide quand il est pur, qui se présente sous forme de cristaux prismatiques, du système rhomboidique, incolores, fusibles à 28°5, en donnant un liquide qui reste en surfusion jusqu'à très basse température. Il bout à 2o5°. Il est soluble dans 60 fois son poids d'eau à 20 et dans 7 fois son poids de glycérine officinale.

Sa densité est de 1242. Le gaïacol est très soluble dans l'alcool et dans l'éther.

Avant qu'il fût obtenu par synthèse, « on croyait, dit M. Burlureaux, que ce prétendu liquide bouillait à 200 degrés : de là, le soin que mettaient les distillateurs de goudron de bois à recueillir tout ce qui passait à la distillation au voisinage de 200 degrés pour le livrer à la pharmacie sous l'étiquette de gaïacol. Or, le vrai glaïacol ne bout qu'à 2o5 degrés... Tous les médecins qui, jusqu'ici, ont cru employer le gaïacol n'ont employé qu'un produit mal défini ; nousmême l'avons essayé et n'avons pas obtenu de résultats sensiblement différents de ceux que nous donnait la créosote rectifiée. »

Il est juste d'ajouter que cette observation de

Burlureaux remonte à 1 894, très peu de temps après

la découverte de la préparation synthétique de

. MM. Béhal et Choay, et que depuis cette époque, la

préparation du gaïacol s'est fort améliorée.

Avant la découverte de MM. Béhal et Choay, le Préparation du gaïacol s'obtenait (et s'obtient souvent encore, proba- gaïacol.

gain col

blement) à l'aide d'un procédé indiqué par Hlosievitz : On distille la Créosote de hêtre, en mettant de côté la portion qui passe de ig5 à 2o5°; puis on agite cette portion avec de l'ammoniaque moyennement concentrée ; on sèche le produit obtenu et on le redistille. La portion que l'on recueille est celle qui distille à 200 et 2o5°; on la dissout dans l'éther, on y ajoute de la potasse en solution alcoolique concentrée. Il se produit un précipité qu'on lave à l'éther, puis que l'on fait cristalliser et que l'on décompose ensuite par l'acide chlorhydrique. Il ne reste plus alors qu'àrectifier et à sécher le produit ainsi obtenu.

Ucnciions Le Gaïacol donne les principales réactions sui-

chimiqucs >lu vantes I

Il réduit les sels d'or et d'argent. Avec l'acide azotique, il donne de l'acide oxalique. Avec le brome, on obtient des dérivés tribromés fusibles à 102 , après purification dans l'eau bouillante.

Fondu avec la potasse, il Redonne la pyh)catéchine ; avec la poudre de zinc, il se forme de l'anisol. Chauffé à 140 , avec un mélange d'acide sulfurique et d'acide phtallique, il se forme un produit brun qui, insoluble dans l'eau, est peu soluble dans l'alcool et donne, par sublimation, l'alizarine.

Avec le chloroforme et la potasse, on arrive à la vanilline. C'est, d'ailleurs, le procédé synthétique de préparation de la vanilline.

Quelques gouttes d'ammoniaque ajoutées au

gaïacol, puis assez de perchlorure de fer pour que le précipité formé se redissolve, donnent avec la solution alcoolique une coloration verte, et rien avec la solution aqueuse. Avec l'acide phénique, le réactif précédent donne en solution alcoolique une coloration brune, et, en solution aqueuse, une coloration bleue. La coloration verte, obtenue précédemment, passe au violet au bout de quelques instants, ou plus rapidement par le carbonate de soude.

L'emploi du gaïacol en thérapeutique est très récent. Il ne remonte guère qu'à une douzaine d'années.

Choay, ayant fait l'analyse de la Créosote, et ayant trouvé que sa composition était extrêmement variable, que, d'autre part, la richesse et la valeur thérapeutique d'une Créosote était proportionnelle à sa teneur en gaïacol, conclut que le mieux serait de recourir exclusivement à l'emploi du gaïacol ou méthylpyrocatéchine, « .qui lui est un corps chimiquement défini, qui constitue la majeure partie de la Créosote officinale, quitte à savoir si cliniquement, cette substance donnerait des résultats identiques ou meilleurs ».

Historique.

Cette invite à l'étude clinique du gaïacol n'a pas Essais cliniques tardé à être suivie.

Sahli, de Berne, fit ses premiers essais en 1887; il recommande le gaïacol à la place de la Créosote, non seulement afin d'éviter l'inconstance des préparations créosotées, mais encore parce qu'il trouve qu'à dose égale, le gaïacol agit mieux et plus vite contre la toux et l'expectoration. La tolérance serait plus grande, le goût et l'odeur plus agréables; enfin, les malades ne s'en fatigueraient que rarement.

Marfari étudie l'action bactéricide du gaïacol et trouve qu'une solution aqueuse à 1 ou 2 % tue au bout de deux heures les bacilles tuberculeux et les rend absolument inertes au point de vue de l'infection.

Le professeur Petresco, de Bucarest, rapporte au Congrès de Berlin de 1890 des résultats analogues.

Multiples Alors, les essais cliniques se multiplient.

applications Frantzel, de Berlin; Bourget, de Genève; Laba-

Ihérapeutiques. . . . , .111

die-Lagrave, de Pans, introduisent le gaïacol dans la thérapeutique de la tuberculose pulmonaire.

Sahli ordonnait la potion suivante :

Gaïacol pur 1 à 2 gr.

Eau distillée 180 gr.

Esprit de vin 20 gr.

En prendre, après chaque repas, une cuillerée à bouche dans un demi verre d'eau.

Il publia le résultat de ses recherches dans le Correspondent%-Blattfiïr Schneider Aer\te du 1 5 oc-

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE I 2g

tobre 1 887 et concluait « que le gaïacol est très bien supporté par les malades et qu'il agit d'une façon tout aussi efficace et même mieux que la Créosote. Dans la plupart des phtisies au début, il diminue les crachats et la toux, augmente l'appétit, les forces et améliore l'état général. Les doses sont les mêmes que pour la Créosote ».

Frantzel, de Berlin, arrivait aux mêmes conclusions en prescrivant le gaïacol sous la forme suivante :

Gaïacol 1 3 gr. 5o

Teinture de gentiane 3o gr.

Alcool pur 25o gr.

Vin de Xérès 700 gr .

Une cuillerée à bouche, tçois fois par jour, dans de l'eau.

. Bourget, de Genève, n'hésitç pas à gaïacoliser ses malades d'une façon intensive : il prescrit le gaïacol à l'intérieur sous forme de vin, par la voie rectale sous forme d'émulsion avec de l'huile d'amande douce, et même par voie d'absorption cutanée en frictions. Labadie-Lagrave le donne d'abord sous forme de solution huileuse, puis dans des capsules et en potions. Mais on reconnaît bientôt, comme pour la Créosote, la nécessité de donner le gaïacol à haute dose, et, pour en saturer l'organisme sans inconvénient pour les voies digestives ni pour les surfaces muqueuses, la nécessité des injections hypodermiques se pose.

l3û SAMUEL BERNHEIM

Essais faits en En France, les docteurs Weill et S. Diamant-

r*nce. berger essaient ces injections sur des malades de

l'Hôpital Rothschild, et font paraître, en 1890, dans la Galette des Hôpitaux, les premiers résultats de ce traitement.

Pour 3o malades soumis aux injections d'une faible solution de gaïacol dans de l'huile de vase- , line (2 °/ ), ils comptaient plus de 2/3 notablement

améliorés, et i/3 d'états stationnaires. Depuis, modifiant leur technique, et employant pour leurs injections une solution à parties égales de gaïacol pur et d'huile d'amandes douces, ils ont pu donner le gaïacol à doses élevées, jusqu'à huit seringues de Pravaz, dans la journée, 'de la solution ci-dessus et ils ont communiqué au Congrès de i8g3 pour l'étude de la tuberculose une statistique de 82 malades ainsi traités, comportant 62 améliorés dont 27 guéris.

Ces mêmes auteurs ont fait récemment au XIII e Congrès International de Médecine en 1900 une nouvelle communication dont nous reproduirons le principal passage : « Depuis 1893, nous avons persisté dans nos recherches et nous avons introduit dans notre pratique plusieurs modifications, dont nos malades ont profité dans une très large mesure.

» Nous n'employons plus pour nos solutions le gaïacol liquide dit du commerce, qui n'est jamais pur et se trouve mélangé au crésylol et au phénol dans une proportion encore assez notable, ce qui lui

donne sa causticité et son odeur pénétrante. Nous employons et nous prescrivons le gaïacol cristallisé, préparé synthétiquement, selon les méthodes indiquées par Choay et Béal, qui, les premiers, l'ont obtenu synthétiquement en 1893, en préparant d'abord la pyrocatéchine sodée en solution méthylique et en faisant agir sur elle en autoclave, à 120 ou i3o°, de l'iodure en excès.

« Notre formule est donc la suivante :

Gaïacol cristallisé (synthétique) 10 gr.

Huiled'amandesdoucesstériliséeài2o°. 10 gr.

Chlorhydrate de cocaïne o . 20 cent.

F. s. a. pour injections hypodermiques.

« En injecter en moyenne une seringue de Pravaz par jour dans la région fessière, directement dans la profondeur des tissus et non pas seulement sous la peau.

« Nous avons décrit d'une façon très détaillée dans nos précédentes communications les effets physiologiques, les réactions plus ou moins marquées et les effets thérapeutiques bien connus de ces injections, dont l'efficacité s'affirme et s'accentue de plus en plus depuis que nous faisons usage du gaïacol cristallisé.

« Malgré la dose déjà élevée de notre solution, Gaïacolisation qui est à 5o 0/0, nous avons pensé depuis quelques intensive.

années qu'il importe beaucoup d'augmenter ces effets, afin d'arriver au plus tôt à la stérilisation prompte et

l32 SAMUEL BEKNHEIM

complète des sécrétions broncho-pulmonaires, qui sont si directement influencées par le gaïacol, dont l'élimination principale se fait par les voies respiratoires.

Nous avons donc institué une gaïacolisation intensive de nos malades par l'introduction de ce médicament par toutes les voies disponibles :

a) Journellement un petit lavement d'un quart de verre de lait additionné de 40 à So gouttes de notre huile gaïacolée, précédé naturellement d'un grand lavement évacuateur d'eau boriquée à 3 0/0;

b) Badigeonnages sur toutes les parties de la cage thoracique à l'aide d'un pinceau imbibé de la même solution, sur une surface de 8 à 10 centimètres à la fois ; pratiquer ces badigeonnages tous les jours et alternativement sur une autre portion de la paroi thoracique .

c) Pilules au gaïacol et selon la formule qui suit :

Gaïacol synthétique 0.01 centigr.

Terpine cristallisée 0.02 —

Acide benzoïque o.o3 —

Extrait de belladone 0.001 milligr.

Extrait de jusquiame id. —

Pour une pilule ; faire 1 00 pilules semblables.

« En prendre une toutes les trois ou quatre heures dans la journée seulement.

« Cette gaïacolisation intensive et journalière jointe au traitement hygiénique et diététique doit être continuée pendant plusieurs mois avec des interruptions de huit à dix jours toutes les trois semaines.

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSÔTÉE l33

« Les symptômes qui bénéficient le plus de cette Effets de la médication sont par ordre d'importance : l'expectora- gaïacolisation

. intensive.

tion (quantité et fétidité), la toux, les hémoptysies, la fièvre, les sueurs nocturnes, la diarrhée et l'affaiblissement général. Nos observations, dont le nombre dépasse aujourd'hui le chiffre de 5oo, sont très instructives au point de vue des différents effets sur les symptômes que nous venons d'énumérer, car l'action du gaïacol, dans certains cas particuliers, a été surprenante de promptitude et d'efficacité. La gaïacolisation intensive nous semble indiquée dans toutes les formes de tuberculose pulmonaire, dans les bronchites chroniques à expectoration abondante et fétide, dans la grangrène pulmonaire, dans les tuberculoses intestinales, etc. Quand les ravages de la tuberculose ont franchi certaines limites et ont envahi l'état général ou des régions essentielles de l'organisme, il serait puéril d'attendre encore une action curative de la part d'un agent médicamenteux qui n'agit réellement et primitivement que sur une étendue déterminée de tissu ou de muqueuse de l'arbre respiratoire ; la déchéance organique étant généralisée, ne peut plus être entravée et toute médication devient forcément impuissante. Il en est de même tout naturellement du gaïacol dans ces cas désespérés.

« Nous avons évité de parler dans cette communication des suppositions théoriques en vertu . desquelles le gaïacol agirait avec plus ou moins d'efficacité et d'une façon pour ainsi dire spécifique, sur

les lésions tuberculeuses même, et nous avons seulement voulu dire combien un phtisique atteint à un degré quelconque est susceptible de s'améliorer réellement, voire même de se guérir sous l'influence du gaïacol donné parla voie sous-cutanée j rectale, épidermique et stomacale à la fois. »

Expériences de

MM. Picot,

Pignol, deMahis

et des médecins.

étrangers.

Entre temps, M. le professeur Picot, de Bordeaux, avait communiqué à l'Académie de Médecine le résultat de ses expériences faites dans son service de l'hôpital Saint-André, de Bordeaux, avec des injections hypodermiques d'huile gaïacolée, à laquelle il ajoutait une petite quantité d'iodoforme.

M. Pignol publiait bientôt le résultat des recherches similaires instituées dans le service du professeur Germain Sée, à l'Hôtel-Dieu.

Le D r de Mahis, dans sa thèse inaugurale, rapporta, en 1891, les essais entrepris dans le service du D r Ferrand de l'hôpital Laënnec avec les injections gaïacolées .

En Allemagne, Schœtilig, de Hambourg, et Pollyak, de Gorbersdorff, avaient déjà essayé d'injecter à leurs tuberculeux soit du gaïacol pur, soit en solution dans la vaseline liquide; mais leurs déclarations très enthousiastes n'avaient guère trouvé d'encouragements auprès de leurs compatriotes absorbés par la renommée qu'on avait faite à la lymphe de Koch.

Aujourd'hui enfin, la pratique des injections gaïacolées s'est généralisée et Ton possède, pour apprécier sa valeur thérapeutique, la même base de comparaison et les mêmes documents cliniques que pour juger celle de la Créosote.

En résumé, tous les auteurs admettent que la Créosote de hêtre doit son efficacité thérapeutique au Gaïacol qu'elle renferme. Aussi plus une Créosote est riche en Gaïacol plus elle est active et recherchée ; mais malheureusement elles sont rares et de plus toutes les pharmacopées sont loin d'être d'accord sur la teneur en Gaïacol que doit avoir une Créosote ; aussi les fabricants de Créosote en profitent-ils pour livrer au commerce des Créosotes plus ou moins riches en Gaïacol, quelques-unes même en sont presque totalement dépourvues.

Ce que nous venons de dire s'applique également aux Gaïacols commerciaux qui sont presque aussi nombreux et aussi variés que les divers échantillons de Créosote.

Les Gaïacols liquides retirés de la Créosote mériteraient mieux la dénomination de Créosote riche que celle de Gaïacol, car ces pseudo-Gaïacols contiennent souvent à peine 45 à 5o pour cent de Gaïacol pur dissous dans divers phénols.

L'efficacité de la, créosote est

proportionnelle au gaïacol

qu'elle contient.

Gaïacol cristallisé.

Il n'y a donc que le Gaïacol cristallisé répondant à

OH la formule C $ H 4 <qptt* qui soit le -véritable corps à

qui on puisse donner le nom de Gaïacol.

Ce gaïacol cristallisé, retiré de la Créosote, possède un parfum spécial, agréable, que ne présente pas le gaïacol synthétique.

Pendant longtemps, on croyait que le gaïacol se trouvait seulement dans les créosotes du hêtre. Il n'en est rien. On le trouve également dans les créosotes du chêne, de l'aulne, du bouleau, etc.

Le gaïacol cristallisé . s'obtient aujourd'hui par deux méthodes : par synthèse et par extraction de la Créosote. Dans les deux cas, on le purifie par d'assez nombreuses opérations. A l'Exposition universelle de 1900 et dans la section française de la Chimie, on pouvait voir de volumineux cristaux de gaïacol retirés de la Créosote par MM. Lambiotte frères.

Les muqueuses badigeonnées avec des cristaux de ce Gaïacol ne montrent aucune trace de causticité; on peut donc l'employer même à l'intérieur sans risquer d'altérer les muqueuses digestives.

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE \3j

Action physiologique.

Le Gaïacol s'absorbe facilement par toutes les surfaces de revêtement, peau et muqueuses. La peau l'absorbe très rapidement; on le retrouve dans l'urine un quart d'heure après un badigeonnage ; on n'y décèle d'abord que des traces, puis la proportion s'en accroît peu à peu pour atteindre son maximum, d'après MM. Linossier et Lannois, de 2 ou 4 heures après la friction.

Stourbe a montré que la glycérine et l'huile Absorption. d'amandes douces avaient une action retardante sur Elimination cette absorption et cette élimination.

Gomme la Créosote, le Gaïacol s'élimine donc partiellement par les urines sous forme d'éther gaïacol-sulfurique. Mais, ainsi que l'avance Manquât, il est vraisemblable qu'il s'élimine aussi par les autres émonctoires . Les badigeonnages gaïacolés déterminent, par exemple, l'apparition du goût de gaïacol dans la bouche. Cependant Guinard, qui en a fait

l'expérience sur lui-même, n'a rien perçu de semblable.

L'élimination par les urines est lente. Sciolla déclare qu'elle commence une heure environ après le badigeonnage et qu'elle est maxima au bout de cinq ou six heures.

Suivant Linossier et Lannois, elle serait à peu près complète en 24 heures. Et si l'on dose le gaïacol éliminé par la totalité des urines de 24 heures, on en trouve une proportion de 55 % par rapport à la quantité déposée sur la peau.

Cette action est variable selon la qualité chimique du gaïacol. Quand il est absolument pur, la peau le tolère assez bien. Mais la plupart des gaïacols du commerce qui contiennent toujours une certaine proportion de phénols, déterminent un érythéme médicamenteux, caractérisé par du gonflement et de la douleur (Lépinp), quelquefois accompagné de vésicules (Weil) ou de bulles (Lannois).

Lors donc qu'on voudra employer les frictions gaïacolées (pratique que nous déconseillons,d'ailleurs), il sera nécessaire d'être sûr de son produit. Il est des peaux très susceptibles qui tolèrent mal, du reste, un gaïacol même irréprochable.

Effeu sur la Le Gaïacol est un antithermique énergique : un

température badigeonnage cutané de 2 à 5 ou 1 o centimètres cubes

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE 1 3g

abaisse très fortement la température dans toutes les maladies pyrétiques (Sciolla).

Cette hypothermie a été constatée par Bard, Lépine, Lannois, Desplats, etc.

Bard a cité une observation où un seul badigeonnage avec deux grammes de gaïacol chez un fébricitant, très affaibli d'ailleurs, amena un véritable état de collapsus thermique (34°7), le coma et la mort en dix heures.

L'hypothermie commence à se manifester i5 minutes après le badigeonnage (Sciolla). Pour Bard, le maximum est atteint entre 2 et 7 heures.

Il est bon de noter que cette action hypothermisante n'est appréciable que chez les phymiques.WEiL a remarqué qu'elle était nulle chez les sujets apyrétiques. Guinard n'a observé sur lui-même qu'un abaissement peu marqué.

Comment s'exerce cette action antithermique ? Causes de

On l'attribue généralement à l'action du gaïacol VH yp° the ™" après absorption. Pour Guinard, elle s'exerce sur les centres de la thermogénèse par excitation des filets périphériques et par voie réflexe, sur les grandes fonctions. Pour Manquât, s'il est vraisemblable qu'il en soit ainsi au début du badigeonnage, il est certain d'autre part que peu à peu le gaïacol agit après absorption à la façon du phénol et qu'il exerce une action déprimante directe sur les centres de la température. Enfin, nous avons dit que l'adjonction de glycérine ou d'huile d'amandes douces au gaïacol entravait

son absorption. Ce qui le prouve encore, c'est que les effets hypothermisants sont nuls, si, au lieu d'employer le gaïacol pur, on l'incorpore, pour l'appliquer sur la peau, à l'une de ces deux substances.

A côté de cette action hypothermique, Desplats, Ferrand, Balzer, André ont noté une action analgésique in situ du Gaïacol déposé sur les téguments.

Action Suivant Desplats, les applications locales de

sur les urines. g aïaco i sont diurétiques. La diurèse apparaît le

troisième jour et atteint des proportions considérables, jusqu'à 4 et 5 litres. L'injection du produit amène aussi de la diurèse, mais moins accentuée que le badigeonnage.

Enfin, r intoxication gàiacolée se manifeste par des symptômes, des lésions et des altérations organiques qui rappellent de tous points l'intoxication par la créosote. Nous avons décrit assez longuement cette dernière pour n'avoir pas besoin d'y revenir ici.

Devoto déclare que le gaïacol amène un appauvrissement du sang en alcalins. Par conséquent, il se comporterait vis-à-vis des humeurs et de la réaction générale de l'organisme comme un hyperacide, c'està-dire comme ces substances que nous avons citées, à notre chapitre des Modes d'action de la Créosote, comme augmentant l'acidité des tissus et des humeurs, et comme capables de substituer artificiellement un sol arthritique antituberculeux au sol tuberculeux normalement hypoacide. Par là serait expliquée en partie l'action favorable qu'on rapporte au

gaïacol dans le traitement de la tuberculose pulmonaire.

D'ailleurs, tous les modes d'action, tous les mécanismes dynamogéniques que nous avons attribués à la créosote peuvent être invoqués également pour le gaïacol.

Les voies d'introduction sont les mêmes que pour la créosote : ingestion, frictions, voie rectale, inhalations, injections hypodermiques, injections trachéales ont été tour à tour employées et peuvent l'être successivement, au cours d'une cure.

La posologie peut être résumée de la façon suivante :

1 ° Usage interne :

De 0,10 à 0,40 centigrammes de gaïacol par jour, en pilules de 0,2 5 centigr.

Lavement : X gouttes dans une émulsion de lait ou d'huile d'amandes douces.

Solution: 2 pour 100.

2 Usage externe

Gaïacol pur : 2 grammes au plus (encore avonsnous vu que dans un cas de Bard, cette dose avait provoqué un état de collapsus algide mortel).

Glycérine gaïacolée : beaucoup moins active, d'action souvent nulle.

Pommade gaïacolée : de 5 à 10 pour 3o.

3° Injections sous-cutanées Par solution dans l'huile d'olives ou d'amandes douces stérilisée ; o,o5 centigrammes de gaïacol par

Mode d'administration et Posologie.

centimètre cube d'huile : 2 ou 3 centimètres cubes par jour.

C'est ce mode d'administration qu'on préfère de beaucoup aujourd'hui. C'est le plus sûr, le plus rapide et le mieux toléré. Nous l'avons étudié longuement pour la Créosote. C'est lui seul que nous aurons en vue dans l'étude clinique, que nous allons aborder maintenant, du gaïacol .

Étude clinique Nous avons dit dans quelle forme, à quelles doses

aiacoi. p eut se donner le gaïacol. Le mode d'introduction qu'on préfère généralement, et que nous recommandons, est la voie hypodermique. C'est elle que nous choisissons toujours et cela pour les raisons que nous avons longuement exposées lorsque nous avons traité le même sujet à propos de la Créosote. Ce sont celles, d'ailleurs, qui constituant les avantages généraux de la méthode hypodermique : facilité d'administration, rapidité d'action, inocuité pour les voies digestives.

Nous ne reviendrons pas non plus sur les précautions d'antisepsie et de technique dont il convient d'entourer les injections gaïacolées. Ce sont celles qui doivent présider à toute opération semblable: lavage de la région à l'eau savonneuse, puis à l'alcool ou à l'éther. Flambage de l'aiguille après stérilisation du corps de seringue à l'étuve ou dans l'ébulliticn prolongée*

Le lieu de la piqûre a peu d'importance : on le

choisit au gré du malade, en lui laissant le choix entre plusieurs régions, régions du flanc, rétroscapulaire, crurale ou mieux encore fessière. C'est là que Tinjection se fait généralement le plus facilement et qu'elle est le moins douloureuse. D'ailleurs, non seulement on peut varier les endroits choisis pour les piqûres, de façon à ne pas piquer toujours à la même place ou à des points trop voisins, mais encore, comme pour la Créosote, on peut faire alterner les modes d'administration du médicament, pilules, solution ou vin, lavements, badigeonnages même, mais ces derniers avec beaucoup de mesure et à très petites doses (ne pas dépasser 2 gr. si on l'emploie pur).

Quelle formule d'injection adopter? Di/férerves

Ici, comme avec la Créosote, deux méthodes formules.

générales sont possibles :

Ou bien avoir recours à des solutions étendues ;

Ou bien avoir recours à des solutions concentrées. L'une et l'autre étant les analogues, toutes proportions gardées, des méthodes dites « de petites doses » et « de doses intensives » que nous avons décrites pour la Créosote.

Si l'on préfère, au moins au début du traitement, pour « tâter » son malade, les doses modérées, on pourra faire une solution de gaïacol dans l'huile d'olives stérilisée à raison de o,o5 Cgr. de gaïacol par centimètre cube d'huile, et donner de cette solution une ou deux seringues de Pravaz par jour.

La formule de Picot, de Bordeaux, est la suivante:

Gaïacol 5 gr.

Iodoforme i gr.

H. d'olives stérilisée Q.S. pour ioo cent, cubes.

On voit que le professeur de Bordeaux associe riodoforme au Gaïacol.

Weil et Diamantberger aiment mieux le gaïacol seul. « L'utilité de cette addition, disent-ils, nous paraît contestable. La diarrhée qu'on observe chez

les malades traités par le gaïacol iodoforme semble bien être due à l'action de l'iodoforme ».

Pignol associe l'eucalyptol, le gaïacol et l'iodoforme, dans cette formule :

Eucalyptol o gr. 14

Gaïacol o » o5

Iodoforme o » o 1

Huile d'olives stérilisée Q. S. pour un cent. cube.

Dose quotidienne : 3 à 1 2 centimètres cubes en injections sous-cutanées.

On voit que la dose moyenne (en se maintenant dans la méthode des faibles doses) est de 3 centimètres cubes par jour d'une solution de 5 pour 100, soit pne dose quotidienne de o. 1 5 Cgr. de gaïacol pur.

Comme nous l'avons déjà dit, Weil et Diamant- Méthode

r • i ne j i j > inlersive.

berger se sont fait les défenseurs de la seconde méthode, des doses intensives.

Nous avons déjà donné leur formule :

Gaïacol pur ) . £ t

l Parties égales.

Huile d'amandes douces stérilisée )

« Chaque seringue de Pravaz, disent les auteurs contient par conséquent 5o centigrammes de gaïacol (notons, en passant, qu'il y a dans le calcul des auteurs une légère erreur tenant à ce que la densité du gaïacol n'est pas celle de l'eau distillée qu'ils semblent prendre pour base. La seringue de Pravaz ayant une contenance de i centimètre cube et le centimètre cube d'eau distillée pesant un gramme, il n'est pas exact de dire qu'une solution de deux substances à parties égales contient par centimètre cube ou par seringue, 5o centigrammes de l'une de ces substances, que si la densité de la solution est celle même de l'eau distillée, c'est-à-dire représentée par i; mais l'huile gaïacolée n'ayant pas sans doute une densité égale à l'unité, on ne peut dire que la seringue de Pravaz. contienne exactement 5o centigrammes de gaïacol pur. L'erreur doit être peu sensible. Il était bon pourtant d'en signaler le principe).

« ... Cette dose de 5o centigrammes, poursuivent les auteurs, est, croyons-nous, suffisante pour agir antiseptiquement pendant un certain nombre d'heures sur la toxicité des humeurs infectées par la pullulo tion des bacilles de Koch.

« Dans les cas de tuberculose au début, il ne faut même commencer que par un quart de seringue et

augmenter graduellement la quantité à injecter ; par contre, dans les cas avancés où les sécrétions sont abondantes, où les cavernes et cavernules sont remplies de produits de désagrégation contenant des micro-organismes nombreux et probablement aussi des substances toxiques pathogènes, il faut user largement des injections et donner, suivant les cas, deux, trois, quatre et même huit seringues dans la journée. »

La méthode

intensive

est dangereuse

Huit seringues, qui, en comptant comme MM. Weil et Diamantberger, feraient 4 grammes de gaïacol pur !

La dose nous paraît excessive et dangereuse, même en tenant compte de la tolérance acquise par l'accoutumance et l'entraînement. Si Ton cherche ce qu'elle représente de créosote correspondante, on arrivera à la même remarque. En effet, d'après MM. Béhal et Ghoay, la créosote de hêtre (qui distille entre 200 et 210 , de densité io85 à i5°) contient 25 0/0 de gaïacol pur, soit 1/4. Or, 1 gramme de gaïacol représentant 4 grammes de créosote, 4 grammes de gaïacol équivaudraient à 16 grammes de Créosote C'est beaucoup !

Pratique l>crsonnelle.

En tout cas, nous avons appliqué, en partie, cette méthode à quelques tuberculeux auxquels nous

avons injecté de o gr. 5o à 2 grammes. Nous avons dû rapidement, en moins de vingt jours, suspendre le traitement, qui provoquait des accidents toxiques très nets.

Dès que l'injection est terminée, le malade éprouve au point de la piqûre et tout autour une certaine cuisson, qui correspond au passage du médicament à travers les capillaires sous-cutanés.

Weill et. Diamantberger notent qu'un instant après, certains malades, et surtout ceux dont les lésions tuberculeuses sont nombreuses et disséminées, ressentent des picotements très forts au niveau de la région sternale, au cou et tout autour du menton, quelquefois jusque sur le cuir chevelu, sur le front et autour des oreilles.

Ces picotements durent de 3o à 60 secondes ; ils sont très désagréables et donnent au malade un sentiment d'angoisse qui disparait cependant bientôt.

Comme pour la Créosote, la majorité des malades Si

ressentent, au moment même de l'injection ou immé- d'intolérance diatement après, une saveur très vive de gaïacol dans traiaco .

la bouche. Ce goût, qui n'a rien, d'ailleurs, d'absolument insupportable, ne dure, en général, que quelques minutes ; s'il persiste au-delà d'une demiheure ou d'une heure, ce signe est encore, ainsi qu'il en était pour la Créosote, l'indice d'une intolérance prochaine, soit que le malade présente pour la médication une intolérance absolue ou relative, soit que,

à la suite d'un traitement intensif et prolongé, insuffisamment coupé de périodes de repos, on ait atteint chez lui l'état de saturation.

Un autre signe de l'intolérance prochaine est l'apparition de sueurs profuses autour du thorax et du cou, non pas les sueurs pathologiques qui font partie du cortège normal de la symptomologie morbide, mais les sueurs provoquées par l'injection même, succédant à la piqûre, et durant parfois deux ou trois heures. Il s'agit alors d'une véritable crise sudorale qui peut disparaître, soit en laissant une sensation de bien-être et en prédisposant le sujet au sommeil, soit par des frissonnements très violents avec claquements de dents et abattement consécutif.

L'apparition de ces sueurs, même provoquées, comporte un pronostic assez fâcheux. Elles montrent que le malade supporte mal le traitement, et comme l'interprétation des faits cliniques ne diffère pas, qu'il s'agisse de la Créosote ou du gaïacol son principe actif, on est forcé d'attribuer à ce symptôme la même signification que Burlureaux, lorsqu'il est provoqué par la Créosote ; il donnerait l'étiage de résistance de l'individu, et serait comme le baromètre de sa réaction personnelle ; le malade se défend d'autant mieux, ses lésions sont d'autant moins avancées et il fait d'autant plus facilement les frais de sa maladie qu'il supporte mieux la médication. Tout malade, qui ne supporte pas le traitement, supporterait plus mal encore sa maladie : il y iaudrait voir l'indice d'une déchéance prochaine.

Nous avons fait observer déjà que si cette observation contenait une grande part de vérité, elle était cependant certainement exagérée, et que certains malades, qui montrent une intolérance presque absolue toute idiosyncrasique, inexplicable et sans rapport avec l'étendue de leurs lésions, s'accommodent beaucoup mieux d'une médication différente. Il n'est pas qu'une médication de la tuberculose, et là où la Créosote échoue piteusement, autre chose, la simple cure hygiéno-diététique peut donner d'excellents résultats. Il faut donc se garder de condamner un malade sur le lait seul de son intolérance vis-à-vis de la Créosote ou du gaïacol.

Le Gaïacol n'est par une indication de pronostic»

Au diie de ses partisans, Sahli, Labadie-Lagrave, Frantzel, Bourget,, Weill et Diaman'tberger, Picot, Pignol, etc., le gaïacol, en outre des propriétés mêmes de la Créosote, en outre de la fixité dé sa composition, aurait les effets suivants .

Il serait mieux supporté du tube digestif, et tandis que la Créosote abolit parfois l'appétit, le gaïacol le relèverait d'une manière sensible. Les quintes de toux diminuent, surtout la nuit, l'expectoration est plus facile ; elle se modifie, devient plus fluide, perd son aspect purulent , devient muco-purulente ou purement muqueuse. La fièvre hectique diminue, non par le fait d'une action antithermique du médicament, mais

Avantages du Gaïacol sur la Créosote.

comme conséquence de l'amélioration des lésions. La nutrition se relève, le poids du corps augmente, les sueurs nocturnes sont entravées. Le pouls et la respiration diminuent de fréquence. En même temps que les signes locaux s'amendent, le nombre des bacilles diminue dans les crachats; les plus enthousiastes vont jusqu'à dire qu'ils disparaissent.

M . Mainpréfère Tel est, en raccourci, le tableau des avantages du

r ™° epufe gaïacol d'après ses partisans résolus. Quelques-uns

sont moins admiratifs. D'autres lui sont franchement opposés.

Main, comparant la valeur de la Gréosote et de ses éléments, conclut :

i° La Créosote est, en réalité, moins toxique que le gaïacol ;

2° Son action sur les produits tuberculeux paraît plus importance ;

3° Son pouvoir antiseptique v est aussi grand que celui du gaïacol. Si l'on ajoute que, cliniquement, les résultats fournis par la Créosote sont au moins égaux à ceux que donne le gaïacol, on reconnaîtra qu'il est inutile de substituer le gaïacol à la Créosote.

Conclusions

Quant à l'avantage qu'aurait le gaïacol sur * la Créosote de représenter cette dernière à un degré de concentration quatre fois supérieur, il nous paraît plus apparent que réel. C'est qu'en effet, dans la Créosote, le gaïacol ne constitue pas à lui seul la partie active ; les autres composants ont aussi un rôle curatif, comme on l'a déjà constaté pour le créosol.

En tout cas, le gaïacol offre les mêmes inconvénients que la Créosote. C'est un médicament qui, malgré la fixité de sa composition (qui n'est pas absolue, cependant), est inconstant dans ses effets, toxique, dangereux, e\ d'un maniement difficile.

Il ne réalise pas, à beaucoup près, les desiderata que nous avons exprimés pour la médication créosotée.

Voyons donc maintenant, par l'étude des polyéthers de la Créosote, si ces conditions sont enfin satisfaites.

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