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CHAPITRE I

Carbonate de Créosote.

Le carbonate de Créosote a été obtenu par Sieffert dans les laboratoires de Von Heyden, à Rœdbeul, en i 89 i , en fixant l'acide carbonique sur la Créosote de hêtre. C'est le premier en date des sels de Créosote : il fut introduit dans la thérapeutique française par Chaumier.

La Créosote étant un mélange, il en résulte que son carbonate est un mélange d'éthers carboniques, du gaïacol, des crésols, du créosol, etc.

chtfniqucs.

Le carbonate de Créosote est un liquide sirupeux, Propriétés

incolore étant pur, et quelquefois coloré en jaune par physiques et une impureté résultant de sa préparation et dont on se débarrasse en le distillant dans le vide. Quel, quefois même, le liquide est trop visqueux pour qu'on puisse s'en servir sans l'avoir fait préalablement chauffer au bain-marie. Il est presque inodore et ne rappelle nullement à l'odorat sa nature créosotée.

Il n'a qu'un léger goût de goudron, et la saveur n'en persiste pas dans la bouche.

IÔO SAMUEL BERNHEIM

Le carbonate de Créosote est soluble dans l'alcool, dans le sulfure de carbone, dans le chloroforme, dans le benzol et dans l'éther. Il est insoluble dans l'eau. Il brunit quand on le chauffe.

En mélangeant cinq gouttes de carbonate de Créosote à cinq gouttes d'acide sulfurique, on obtient une coloration orangée.

Il est plus lourd que l'eau; sa c^ensité à i5° égale 1 1 65.

Par le refroidissement, il laisse déposer au fond du vase des cristaux de carbonate de gaïacol qui disparaissent quand on le chauffe au bain-marie ou quand on l'additionne de 10 % d'alcool absolu.

Le carbonate de Créosote contient 92 % de Créosote et 8 °/ d'acide carbonique. Chaque gramme du produit, administré à un malade, équivaut donc à o gr. 92 de Créosote.

Action L e carbonate de Créosote est facilement absorbable

par les membranes muqueuses, absorbable également par le tissu cellulaire sous-cutané.

Le suc gastrique n'a sur lui que peu d'action, il ne le dissout pas ; aussi le médicament traverse-t-il la poche gastrique sans modifications appréciables et arrive dans l'intestin où il se dédouble, au contact du suc intestinal et des ferments digestifs, en Créosote et acide carbonique. Mais ce dédoublement s'opère lentement, ce qui permet à la Créosote libre d'imprégner toute la surface de la muqueuse intestinale au fur et .à mesure de sa formation. La quantité en un point

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE l6l

donné de cette muqueuse de Créosote mise en liberté est tellement minime qu'il ne peut se produire aucune irritation.

Voilà pour son absorption.

Son élimination a lieu en majeure partie par l'urine ; celle-ci devient généralement noire, ou ne se teinte que plus ou moins en brun. Chez quelques malades, sa couleur reste normale, ce qui ne veut pas dire que l'élimination urinaire soit entravée.

Mais l'urine n'est pas la seule voie d'élimination du carbonate de créosote. La voie pulmonaire est aussi suivie par le médicament et ce qui le prouve, c'est que l'air expiré par le malade répand une odeur très accentuée de Créosote. C'est même l'un des désagréments du traitement par le créosotal.

Enfin, comme le médicament n'est pas absorbé en entier par la surface intestinale, une partie passe dans les fèces auxquelles le carbonate de créosote communique son odeur, jouant ainsi vis-à-vis d'elles le rôle d'un désinfectant.

Nous voyons- donc que, grâce au dédoublement dans l'intestin du créosotal, son absorption comme son élimination par l'urine sous forme de sel sulfoconjugué rappellent les propriétés physiologiques de la Créosote.

Par suite de ce dédoublement, le carbonate de Créosote a les mêmes propriétés antiseptiques que la créosote. Rappelons que le pouvoir antiseptique de la Créosote est mesuré par les équivalents suivants :

Propriétés

antiseptiques du

Carbonate

de Créosote.

o gr. 8 pour le bacille d'Eberth, le staphylococcus aureus et le Diplo-bacille de Friedlànder ; i gramme dans la bactéridie charbonneuse ; o gr. 80 pour 1 000 pour bacille de Koch dans un bouillon peptonisé et glycérine; o gr. 5o pour 1000 suffisent dans le sérum gélatinisé de Koch; o gr. 062 retardent déjà beaucoup la culture.

Cet agent n'est Ce qui fait vraiment la supériorité du carbonate

pas toxique. ^ cr g osote sur j a Créosote simple, c'est qu'il n'est

pas toxique.

Holscher et Seifert expérimentant sur un jeune chien de 2 kilogs 1/2, lui ont fait absorber ioogr. de carbonate de créosote en trois jours. Ils ont ensuite répété des expériences analogues sur le lapin en lui injectant des doses croissantes du produit pendant des semaines; — et à aucun moment ces animaux ne parurent incommodés.

Lorot a pu injecter à plusieurs reprises 5 grammes de carbonate eh une séance chez des cobayes, sans produire plus de réaction. Gaboriau prétend qu'on peut atteindre chez les malades les doses énormes de 20 et de 25 grammes par jour, impunément. Les hautes doses sont admirablement supportées et le malade n'accuse aucun signe d'intolérance.

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE l63

Son action sur la nutrition générale se traduit par Son aHion sur une élévation de la courbe de l'urée, très notable la nutnliQn et

le système

chez les tuberculeux. Deux interprétations sont pos-

sibles vis-à-vis de ce résultat. Ou bien, il s'agit d'une influence directe du carbonate de créosote sur la transformation des matières azotées — ou bien, ce qui est plus vraisemblable, cette augmentation du taux de l'urée traduit surtout l'influence générale heureuse du médicament sur la nutrition, influence qui se manifeste d'ailleurs par le retour de l'appétit et des forces.

Les doses ordinaires n'ont pas d'action sur le système nerveux. Mais à très haute dose, ou à dose moyenne longtemps continuée, il peut déterminer un certain degré de prostration. C'est ainsi qu'un malade du Professeur William Gottheil, de New- York, dont Gaboriau rapporte l'observation dans la thèse inaugurale, ne trouvait de meilleur moyen de calmer sa toux nocturne et de bien dormir que de prendre du carbonate de créosote le soir. Aucun observateur n'a noté au cours de la médication créosotalée les accidents de pseudo-méningite qui signalent parfois, ainsi que l'a montré Burlureaux, le traitement créosote, au moment où l'on atteint la zone de l'intolérance.

nerveux.

Étude clinique.

Le carbonate de créosote n'a été longtemps qu'un produit de laboratoire, dont on ne pensait pas à rechercher les propriétés thérapeutiques. C'est ainsi que le Docteur Heyden répondit un jour au Docteur C h aumier, Ce de Tours : « Le carbonate de créosote est une curio-

** site de laboratoire ; il ne peut être d'aucune utilité en

médecine; nous en avons fait, c'est vrai; mais nous n'en avons pas et ne pouvons pas vous en procurer. » C'est à la suite des expériences de Seifert et Holscher que le Docteur Chaumier l'introduit dans la thérapeutique française. De nombreux praticiens l'ont, depuis, expérimenté : Triaire, Ledouble, Albert Robin et Laffond, S. Reinert, Burghart, Gottheil, Fischer, Casaretti, Boyer, E. Cassoute. . . .

Le Carbonate C'est certainement aujourd'hui le plus connu des

de Créosote ne éthers de la Créosote; ce qui ne veut pas dire que

renferme qu'un

acide faible. nous le considérions, pour notre part, comme le plus

efficace. Il ne concourt qu'insuffisamment à l'hyperacidification de l'organisme, qui est, — nous l'avons dit," — l'un des modes de défense contre l'invasion bacillaire, et qui constitue le fond de la thérapeutique

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE l65

anti-tuberculeuse, celle-ci consistant à substituer un sol artificiel hyperacide au sol tuberculeux naturellement hypoacide. Or, l'acide carbonique du carbonate de créosote n'est qu'un acide faible qui ne concourt que très peu à cette action. Tandis qu'elle est réalisée au maximum par l'acide phosphorique, acide fort qui de plus est un acide organique, faisant partie intégrante des tissus, et qui assure au phosphate de créosote ou au tanno-phosphate une supériorité marquée dans la série des polyéthers de la Créosote. Nous reviendrons, d'ailleurs, sur ce point important en étudiant les polyéthers phosphores de la Créosote.

Si in vitro nous avons pu, en raisonnant par analogie, conférer au carbonate de Créosote les mêmes propriétés antiseptiques qu'à la Créosote, il faut bien reconnaître qu'w vivo, son action spécifique sur le bacille de Koch n'est que plus marquée. Ce n'est donc, comme le dit Lorot, qu'un médicament symptômatique. Il semble agir sur les toxines, beaucoup plus que sur l'agent animé lui-même. Sous son influence, on observe une augmentation notable du poids ; l'appétit est stimulé ; la nutrition devient plus active ; les forces reviennent. Il en résulte une amélioration des symptômes généraux : l'expectoration diminue et devient plus fluide et moins purulente. La toux cesse. Les signes sthétoscopiques s'améliorent. L'amélioration physique semblant marcher de pair avec l'amélioration fonctionnelle.

Enfin, l'injection ne présente aucun danger d'infec-

Le Carbonate

de Créosote agit

sur les toxines.

l66 SAMUEL BERNHEIM

tion. Le carbonate de Créosote étant un antiseptique.

Seifert et Holscher préfèrent le carbonate de créosote à la Créosote et au gaïacol parce que c'est un composé. inodore, insipide et qui n'a aucune action caustique sur les muqueuses.

Chaumier, qui en fit le premier une étude clinique méthodique, conteste son action antibacillaire immédiate et que le carbonate de créosote agisse à la façon d'un spécifique antituberculeux. Maisen combattant les symptômes de dénutrition et les principales manifestations de l'influence toxique du bacille, il met le terrain en état de repousser ses atteintes. Il note tout d'abord l'augmentation de poids, le retour de l'appétit qui peut aller parfois jusqu'à une véritable boulimie. Il modifie la sécrétion bronchique, la fluidifie, lui enlève peu à peu ses caractères d'expectoration purulente, diminue la toux et enfin, retentit, par cette chaîne d'actions indirectes, sur les lésions pulmonaires et la pullulation microbienne.

Opinion Pour notre part, nous avons maintes fois observé

personne e. ces e g- ets pri nc ip aux du carbonate de créosote. Il n'a

pas sur l'appétit l'action aussi variable et capricieuse que la Créosote — le relevant chez les uns, l'entravant chez d'autres — ou même, chez le même malade, le provoquant ou le diminuant tour à tour. Le carbonate de créosote ne diminue jamais l'appétit; il l'augmente, au contraire, dans une proportion marquée. Et c'est en influençant avec autant d'intensité la première des fonctions de la nutrition, qu'il améliore

d'abord les signes fonctionnels et ensuite l'état général.

Le professeur Crisaffulli, de Rome, résume, par Opinions

cette formule, les résultats du traitement créosotalé diverses,

dans la phtisie.

Toux — ; appétit + 5 poids + 5 forces +• C'est dire qu'il en est un fervent partisan.

Fischer le recommande surtout chez les enfants tuberculeux, en raison de la facilité qu'il donne pour une médication intensive, à l'abri des effets toxiques ou nocifs sur les voies digestives. Il diminue même la diarrhée. Il serait même, selon Lopo de Carvalho, un antidyspeptique excellent.

Pour E. Cassoute, de Marseille, le carbonate de créosote doit son efficacité dans la tuberculose à ses propriétés antiseptiques qui s'exercent non pas sur le microbe de Koch, lequel échappe à son action — mais sur les microbes associés (streptocoques, pneupocoques, tétragènes) qui sont presque toujours, dans les formes graves, les agents les plus actifs de la fonte tuberculeuse et des troubles fonctionnels de l'hecticité. Son effet sur la fièvre des tuberculeux est, selon lui, merveilleux. Il produit un abaissement thermique plus marqué qu'aucun des spécifiques vantés comme antifébricitants ; mais, si on le supprime trop tôt, la température remonte et les signes sthéthoscopiques disparaissent rapidement. . . E t les résultats sont d'autant plus encourageants que l'injection est plus légère et plus récente; il abrège la durée totale de la maladie. Le carbonate de créosote agit plus sur l'infection que

sur la lésion ; aussi les signes d'auscultation persistent après la chute thermique.

Mode d'action

du Carbonate

de Créosote.

Sur cette question, les avis sont très partagés, on est à peu près d'accord toutefois pour nier son action antiseptique spécifique, le bacille étant trop difficilement accessible au centre des lésions, isolé de la circulation par l'oblitération vasculaire qui se produit autour des follicules tuberculeux.

On pourrait soutenir, comme Burlureaux le fit de la Créosote, que le carbonate de créosote suscite les énergies et les défenses naturelles de l'organisme, qu'il agit comme dynamogénique.

Hoelscher et Seifert déclarent qu'il centralise les toxalbumines fabriquées par les bacilles. Selon Fernet, il a des propriétés sclérogènes; enfin selon Manquât, il agit à titre d'anticatarrhal et à titre d'antiseptique à l'égard des microbes qui pullulent, soit à la surface des cavernes, soit dans les exsudats qui résultent de la bronchite concomitante.

Opinion vraisemblable.

De toutes ces explications, la plus vraisemblable est sans doute celle qui fait du carbonate un médicament dynamogénique ; et cette action, pour mystérieuse qu'elle soit encore, s'expliquerait assez bien si nous l'interprétons en la lumière des connaissances que nous avons acquises récemment, et déjà rappelées à propos de l'hyper et de l'hypo-acidité humorale,

celle-ci constituant un sol tuberculisable, favorable à la pullulation bacillaire, celle-là réalisant une sorte d'antagonisme artificiel à la manifestation microbienne et créant un sol arthritique, non récepteur pour l'infection bacillaire .

Applications diverses du carbonate de Créosote.

Notons pour en finir et être complet avec les applications thérapeutiques du carbonate de créosote qu'on l'a employé, sans d'ailleurs beaucoup de succès (thèse de Gaboriau) contre la laryngite tuberculeuse; — avec plus d'avantage dans la bronchite chronique et dans les affections catarrhales de l'arbre aérien — comme antiseptique intestinal ; à ce propos, Gaboriau fait judicieusement observer que par son lent dédoublement au contact des sens intestinaux, il répand de la Créosote à l'état naissant dans toute la longueur de l'intestin. Son emploi est donc tout indiqué dans la dysenterie et les diverses diarrhées.

Dans la blennorrhagie, le carbonate de créosote réalise l'antisepsie des voies urinaires et Chaumier, de Tours, a vu dans la Cystite d'origine gonococcique, deuxfois l'incontinence d'urine disparaître par l'emploi du carbonate de créosote.

Enfin, en gynécologie, et pour le pansement» des plaies tuberculeuses ou des plaies septiques quelconques, on pourra employer des tampons ou des pansemements imprégnés de carbonate de créosote.

Modes d'administration et doses.

Le carbonate de créosote peut s'administrer par toutes les voies ordinaires. Comme il est visqueux à la température ordinaire, on peut le chauffer au bainmarie ou encore l'additionner de 1 o 0/0 d'alcool absolu pour le rendre fluide.

Voie buccale. L'administration par voie buccale peut se faire

elle-même sous différentes formes :

Comme le produit n'est pas caustique, qu'il n'est pas modifié par le suc gastrique et traverse l'estomac sans provoquer aucune réaction de sa muqueuse, Gaboriau estime que l'ingestion buccale est le meilleur procédé d'administration. Il conseille surtout de l'employer pur.

Chez l'adulte, on donne une cuillerée à café matin et soir ; puis, augmentant très légèrement et progressivement la dose, on peut arriver à quatre cuillerées

à café par jour, dose qui peut être considérée comme maxima et toujours suffisante,

Chez l'enfant au-dessus de dix ans, deux cuillerées à café par jour constituent un maximum.

Chaumier expérimentant le carbonate chez une trentaine d'enfants atteints de bronchite simple s'est arrêté aux doses suffisantes :

2 mois de o gr. 65 à i gr.

3 mois de i gr. à i gr. 90 5 mois de 1 gr. 25 à 2 gr. 5o de 6 à 9 mois même dose.

Jusqu'à 1 an, 2 gr. 5o sont un maximum; 18 mois de 1 gr. 5o à 3 gr. 75.

2 ans 1/2 de 5 à 6 gr.

De 4 à 8 ans, 5, 6, 8 ou 10 gr.

Les doses optimum paraissent être les suivantes :

2 mois . .

3 mois . .

5 mois . .

Un an. . .

Deux ans>

1 gr. 5o

2 gr.

2 gr. 5o à 3 gr.

4 gr.

Cassoute préfère cependant des doses moitié moindres ; le meilleur moment pour prendre le médicament est au début des repas. La dose moyenne pour l'adulte est de 6 gr. mais on peut même sans danger atteindre 10, 1 5 et même 20 grammes.

S. Gottheil prescrit 10 grammes par jour;

E. Cassoute donne de 1.0 à 20 gr. chez l'adulte,

en 4 fois dans les 24 heures, dans une tasse de lait ou une potion gommeuse.

Si, en effet, la saveur huileuse du médicament gêne le malade, on peut le lui faire prendre dans de la confiture ou même en cachets, l'aromatiser avec l'essence de cannelle ou «d'eucalyptus, ou mieux avec les essences de fruits. On peut y incorporer du phosphate de soude, de potasse, du biphosphate de chaux.

Enfin, la capsulation facilite encore l'ingestion du carbonate de créosote; on se sert de capsules gélatineuses, dosées à o gr. 5o de carbonate de créosote dont* l'enrobage dissimule complètement l'odeur et là saveur. A ce propos, Lorot fait observer qu'on a reproché aux capsules de gélatine de se rompre dans l'estomac et d'y déverser le médicament. Ce reproche, dit-il, est sans valeur, puisque le carbonate de créosote n'est pas caustique et qu'il coule des parois stomacales sur les muqueuses intestinales comme de l'huile. Il n'en est pas de même de l'objection relative à la quantité de capsules, car à 10 et 1 2 capsules, on peut provoquer une diarrhée mécanique qu'on serait tenté de mettf e sur le compte du médicament. Il est donc important de ne jamais dépasser la dose de 4 capsules par repas, mieux vaut donner le produit pur si l'on est obligé de la dépasser.

A. Robin donne le carbonate de créosote émulsionné selon la formule :

Carbonate de créosote 10 à 1 5 gr.

Jaune d'œuf N° 1 .

Sirop de Tolu 60 gr.

Eau de tilleul 100 gr.

A prendre par cuillerée à soupe dans la journée. Brissonnet l'associe à l'huile de foie de morue :

Carbonate de Créosote i o gr.

Huile de foie de morue. .... 3oo gr.

Chaque cuillerée à bouche contenant o gr. 5o de carbonate de créosote.

Aux»petits enfants, Chaumier donne le médicament sous trois formes :

i° En solution dans l'huile d'olive.

Chaque cuillerée à café représentant environ o gr. 65 de carbonate.

2° En émulsion, selon la formule :

Carbonate de créosote 5o gr.

Sirop de Tolu 5o gr.

Eau 5o gr.

Gomme en poudre 10 gr.

3° A l'état pur, si la dose journalière atteint 5 grammes.

Le lavement de carbonate de créosote est employé Voie rectale. dans plusieurs sanatoriums. Deux procédés sont à choisir :

Le premier consiste à injecter le carbonate de créosote pur à l'aide d'une petite seringue de 5 grammes ; on n'introduit ainsi qu'une faible quantité de liquide, ce qui réduit les chances d'irritation.

Le second procédé consiste à émulsionner le"

carbonate avec de l'eau tiède au moyen d'un jaune d'oeuf. On injecte alors une ou deux cuillerées à café du médicament sous cette forme matin et soir.

A. Robin prescrit d'abord un lavement évacuateur, puis le lavement médicamenteux suivant :

Laudanum de Sydenham V gouttes

Carbonate de créosote 5 gr.

Jaune d'œuf. N° i #

Eau chaude 1 5o gr.

pour un lavement matin et soir.

Voie soin-cutanée.

Les injections sous-cutanées ne sont pas cruellement douloureuses. On injectera 5 grammes de médicament pur matin et soir.

Lorot conseille la formule :

Carbonate de créosote i oo gr.

Alcool à 95° i o gr.

Agiter quelques minutes, jusqu'à dissolution complète, et employer une aiguille un peu grosse ou bien encore, comme le carbonate de créosote pur est épais, on se contente de le faire chauffer au bain-marie avant de pratiquer l'injection.

Voie trachéale.

On peut encore faire des injections intra-trachéales du médicament, beaucoup plus facilement qu'on n'a

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE Ijl

fait des injections d'huile créosotée, car le carbonate de créosote n'est pas caustique et ne provoque pas de toux.

Récemment, Henri Mendel a insisté sut la valeur thérapeutique des injections trachéales dans le traitement de la tuberculose et décrit une technique simdlifiée qu'il serait trop long de rapporter ici, mais qui n'exige pas le contrôle du miroir laryngien, peu familier à tous les praticiens et qui lui a donné d'excellents résultats cliniques : « L'injection lancée dans la trachée, dit-il, produit un effet de contact sur les mucosités trachéales et bronchiques, l'expectoration est aussi mécaniquement facilitée, car les mucosités sont délayées et mobilisées.

Enfin, on peut se rendre compte que les substances injectées dans la trachée, étant volatiles, agissent directement sur la muqueuse pulmonaire lors de leur irruption ; elles sont absorbées rapidement, et, lors de leur élimination, agissent encore sur cette muqueuse, puisqu'elles sortent de l'organisme par cette voie. Il y a donc là une action double et intensive. Dans le traitement hypodermique, l'action est simple, c'est-à-dire n'a lieu que lors de l'élimination du médicament. »

Enfin, on pourrait encore faire des infections intra- Injections iutrapulmonaires de carbonate de créosote, comme on a pulmonaires. fait des injections d'huile créosotée dans le tissu pulmonaire, comme le docteur Scarpa, de Padoue, s'inspirant de la méthode sclérogène de Lannelongue,

a fait récemment des injections de chlorure de zinc, dans le voisinage ou au sein des foyers tuberculeux. Les injections, selon Chaumier, produiraient un semblable succès. Elles peuvent agir en sclérosant les tissus, mais probablement aussi sur une partie des lésions tuberculeuses.

Avantages du carbonate de Créosote.

A la fin de cette étude, nous pouvons énumérer les résultats qui s'en dégagent relativement aux avantages de ce médicament et à sa supériorité sur la Créosote.

i° Le carbonate, étant un sel neutre, n'est ni toxique, ni caustique. Il n'irrite pas les voies digestives; la lenteur de son dédoublement dans l'intestin explique la grande tolérance de l'organisme pour lui. D'où possibilité de donner le carbonate de créosote sous toutes les formes, y compris la voie bucco-gastriquesans inconvénients, — possibilité aussi de continuer l'emploi prolongé de la médication.

Non toxique, le carbonate de Créosote permet la créosothérapie intensive, sans provoquer les accidents d'intolérance ou d'intoxication créosotée sur lesquels

Burlureaux a appelé l'attention ; sans accidents, si l'administration est buccale ou rectale; sans dégoût, sans douleur, si elle est hypodermique, plus rapide alors puisqu'une injection bi-quotidienne de 5 grammes, qui dure à peine quelques secondes, remplace avantageusement une injection d'huile créosotée au i/i 5 qui, pour lui équivaloir, devrait atteindre 90 à 1 00 grammes et durer deux ou trois heures;

2 Le carbonate de créosote est un antiseptique intestinal bien supérieur à la Créosote, laquelle est absorbée par les premières portions de l'intestin, ayant uniquement impressionné l'estomac et le duodénum, alors que le carbonate de créosote qui ne se dédouble que lentement, répandra la Créosote à l'état naissant et la diffusera sur toute la longueur de l'intestin.

3° Le carbonate de créosote est inodore et n'a pas la saveur brûlante de la Créosote.

de créosote.

Nous estimons donc qu'à tous égards, il est supé- Supériorité du rieur à la Créosote et doit lui être préféré* Son action Carbonate

antituberculeuse est effective, mais est beaucoup moins efficace que celle du phosphate de Créosote qui, dans l'échelle des éthers créosotes tient la première place. Nous avons pu reconnaître expérimentalement et cliniquement l'influence de l'acide fort contenu dans les créosotes phosphorées et apprécier in vitro et in vivo la supériorité thérapeutique du phosphate de créosote sur le carbonate.

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