CHAPITRE VI
Valérianate de Créosote
Nous allons étudier maintenant une série d'éthers créosotes qui ont été jusqu'à ce jour moins employés que les sels précédents et qui, récents pour la plupart, appellent encore des expériences et des observations cliniques avant qu'on puisse se prononcer sur leur valeur.
De* même qu'au chapitre précédent, nous avons établi que la médication phospho-créosotée, surtout sous forme de phosphite, convient plus spécialement à la tuberculose lente, torpide, aux scrofuloses, comme on les appelait autrefois — de même il nous semble que le médicament de la phtisie érétique, de la phtisie des nerveux chez qui les réactions tuberculeuses sont parfois si intenses,, est le Valérianate de créosote.
Ce polyéther de la créosote fut découvert par G. Wendt, de Berlin, et expérimenté pour la première fois, en 1 896, par le docteur Grawitz, dans le service du docteur Gerhardt, professeur de clinique médi-
cale à la Faculté de Médecine de Berlin. Citons parmi ceux qui l'ont employé les docteurs Zinu, Woodburg, Gayle, Briggi, etc.
Etude chimique
et
biologique.
Woodburg en a indiqué ainsi la préparation.
On fait le mélange suivant :
Créosote 1 5 parties
Acide valérianique 20 —
Bichlorure de phosphore . 7 —
On chauffe au bain-marie jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs chlorhydriques . On lave ensuite avec une lessive de soude à 3 0/0, on agit avec la benzine, et après avoir chassé celle-ci, on soumet à la dessication.
Ainsi préparé, le valérianate de créosote est un mélange d'éthers valérianiques acides de la créosote.
Il rappelle le goût de la créosote et aussi l'odeur aromatique de l'acide valérianique. C'est un liquide huileux, très fluide, légèrement jaunâtre, qui n'est ni toxique, ni caustique, bouillant à 260 à la pression atmosphérique ; insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, la'benzine, contenant enfin 68° environ de créosote.
Lorot a fait avec le valérianate des expériences biologiques sur le cobaye, d'où il résulte que, comme tous les éthers de la créosote, le valérianate à trop hautes doses amène un amaigrissement continu jus-
LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE 23g
qu'à la mort, qui survient quand l'a nimal a perdu environ 40 0/0 de son poids, mais que le valérianate de créosote n'est ni toxique ni caustique.
Le valérianate de créosote se dédouble dans le tube digestif en ses deux composants : acide valérianique et Créosote. Cette décomposition s'effectue facilement sans qu'il soit nécessaire pour l'expliquer de faire intervenir les produits de fermentation. Wainwright suppose même que le valérianate passe directement dans la circulation et ne serait décomposé qu'après son contact avec les alcalins du sang, comme le prouve l'odeur de créosote immédiatement consécutive à une injection de valérianate.
Nous avons dit que c'était le Docteur Grawitz, Étude clinique. de Berlin, qui, le premier, avait expérimenté, en juillet 1896, le valérianate de créosote dans la clinique du Docteur Gerhardt, de Berlin. A 35 tuberculeux, il l'administra sous forme capsulaire et il fut bien supporté.
Après le Docteur Grawitz, le Docteur Zinu, dans le même service d'hôpital, expérimenta le valérianate de créosote dans 80 cas variés de tuberculose. Il donnait le produit en capsules de o gr. 20, à raison d'une ou deux capsules trois fois par jour ; le traitement était continué parfois pendant plusieurs mois.
La clinique s'est montrée favorable à cet essai.
Le valérianate est bien supporté par l'intestin, à condition que la capsule gélatineuse ou glutineuse
qui l'enrobe, ne se désagrège pas prématurément dans l'estomac. Certains sucs gastriques, trop acides sans doute, opèrent la fusion de la capsule dans l'estomac et il peut en résulter des renvois et parfois des nausées.
Avantages
du Valérianate
de
Créosote.
Selon le Docteur Anthony, le valérianate convient surtout, comme nous le disions, aux formes nerveuses et érétiques de la tuberculose pulmonaire. L'un des avantages, d'après lui, du valérianate, c'est sa parfaite décomposition dans le tube intestinal qui permet l'emploi utile des petites dosçs. Les meilleurs effets seraient obtenus avec de petites doses variant de i gramme à i gr. 5, tandis que le carbonate de créosote, moins régulièrement décomposé et assimilé, d'action variable, par conséquent, selon les réactions intestinales du malade, doit être donné à doses bien supérieures.
Anthony lui trouve encore comme avantages ses effets toniques sur le cœur et le système nerveux, la stimulation de l'appétit, l'amélioration de l'état général.
Le Docteur J. -F. Wainwright rapporte trois cas . de phtisie traités par le valérianate, accompagnés des symptômes habituels, toux, fièvres, frissons, sueurs nocturnes, induration des deux sommets, etc., et qui guérirent avec un traitement au valérianate de o gr. 1 2 à o gr. 48 trois fois par jour.
Les docteurs Fuller, Gray, Gayle se sont bien
trouvés de ce produit dans toutes les variétés de la tuberculose. Pour le docteur Gayle, le valérianate de créosote est bien supérieur à tous les autres dérivés créosotes. Il présente les avantages suivants : toxicité à peu près nulle, facile décomposition dans l'intestin ; tonique du cœur et du système nerveux ; les petites doses suffisent ; il doit enfin à la présence de l'acide valérianique d'être rapidement absorbé par la peau et en injections hypodermiques. Il fait merveille dans la diathèse strumeuse ; dans l'hypersécrétion bronchique, dans le cas où le malade a tendance aux refroidissements ; il active la nutrition et augmente la portion d'ingesta utilisés.
Pour Wainwright, le valérianate de créosote augmente l'appétit, relève le poids, calme la toux, diminue la fièvre et les sueurs. Grâce à l'acide valérianique, il a une action sédative sur le système nerveux, et permet au malade de se reposer et de dormir. Comme selon Wainwright, le valérianate est pris immédiatement par le sang et emmené dans le torrent circulatoire, ses effets sont extrêmement rapides, et cela, à doses très petites.
Le docteur Briggi, sur 8 cas de tuberculose pulmonaire soignés par le valérianate, a eu 3 guérisons de formes incipientes, 3 améliorations, un cas de. mort où il s'agissait de tuberculose rénale. Mais jamais il ne releva d'augmentation de poids chez les malades. Il conclut:
iG
Action rapide
du produit, et
ses indication*.
i° Le valérianate peut être donné dans tous les cas de tuberculose pulmonaire ;
2° Il est exempt de saveur désagréable et d'effets irritants ;
3° Il peut être pris à petites doses pour agir : 3 à io gouttes trois fois par jour dans du lait; ou en capsules suffisent pour tous les cas.
Enfin, ses propriétés antiputrides qui permettent de combattre les fermentations anormales du tube digestif et d'influencer favorablement la tuberculose intestinale.
Posologie. Le docteur Gravitz donne le valérianate de créo-
sote en capsules à l'enveloppe gélatineuse recouverte de sucre et aromatisée à l'essence de menthe. Chaque capsule contient 20 centigrammes de valérianate de créosote. Il en donne d'abord 3 par jour, puis, progressivement jusqu'à 6, même [jusqu'à 9, à condition qu'on fasse absorber beaucoup de lait au malade.
Le docteur Anthony ne donne d'abord qu'une capsule et dépasse rarement 3 capsules par jour.
Pour donner le valérianate sous forme liquide, Lorot recommande de le dissoudre dans deux à quatre parties d'alcool à 96°, selon la formule:
Valérianate de créosote 0.20 c/c
Alcool à q5° 0.80 —
Ol. menthae. pep o . 3o —
Chaque cuillerée à bouche contient 0.80 centigrammes de valérianate. Mêler avec beaucoup de lait et donner trois pans égales pro die.
La dose moyenne, d'après Lorot, est, au commencement du traitement, de o.5o centigrammes, trois fois par jour. Si Ton donne des capsules de 0.20 centigrammes, commencer par une capsule et augmenter progressivement la dose jusqu'à 3 capsules, trois fois par jour.
Enfin, comme pour tous les composés créosotes, la méthode hypodermique nous paraît la méthode de choix ; on peut l'administrer par cette voie jusqu'à 5 grammes par jour sans inconvénients. Mais, pour le valérianate, des doses moindres suffisent et une seringue de Pravaz, matin et soir, constitue une dose très efficace.