‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 104 sur 689 · PROCÉDÉ PRIMITIF DE KOCH · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ PRIMITIF DE KOCH

détritus de cellules qui les entourent et les cachent. Il y avait donc intérêt à recourir à l'artifice imaginé par Weigertet utilisé par lui pour les coupes d'organes charbonneux, artifice consistant à colorer les tissus d'une façon différente que les bacilles. Ce résultat fut obtenu par l'emploi d'une solution aqueuse concentrée de vésuvine. On place dans cette solution les lamelles (ou les coupes) déjà colorées en bleu par un séjour de 24 heures dans le bain de bleu de méthylène et on les laisse un temps suffisant pour qu'elles prennent une teinte franchement brune. A l'examen microscopique des préparations, on constate alors que les noyaux des cellules, les débris cellulaires et les autres élé ments histologiques, qui primitivement étaient colorés en bleu, ont pris une teinte brune ; il en est de môme (surtout lorsqu'il s'agit des crachats) des bacilles étrangers que contient la préparation. Seuls les bacilles de la tuberculose demeurent nettement bleus et tranchent ainsi sur les éléments environnants.

Peu de semaines après la première communication de Koch, Baumgarten publia une note sur des recherches faites par lui, indépendamment de celles de Koch, et qui l'avaient également conduit à trouver, dans les produits tuberculeux, une bactérie spéciale. Ces recherches ont porté sur des tubercules provoqués chez le lapin par l'inoculation de la pommelière. Les pièces étaient durcies dans l'alcool absolu et n'y séjournaient que pendant 24 à 36 heures. Des coupes fines de ces organes traitées par une solution faible de soude ou de potasse se montrèrent remplies d'éléments bacillaires. Ces bacilles présentaient cette particularité remarquable qu'il ne se coloraient pas par la méthode de Weigert. Comme il n'avait rencontré dans aucun autre produit pathologique des bactéries présentant cette « réaction négative » à l'égard des solutions aqueuses des couleurs d'aniline, Baumgarten considéra ces bactéries comme « pathognonioniques de la tuberculose ». Quand Baumgarten soumit ses préparations à Koch, dans une séance de la Société de médecine de Berlin, ce savant reconnut que les bactéries réfractaires aux procédés ordinaires de coloration qu'elles contenaient étaient identiques à son bacille de la tuberculose'.

1. Baumgarten, Tiibei-kolbaktcrien {Centralbl. f. med. Wissensch., 1882, n" 23). — Ueber Tuberculose [Deutsche med. Wochenschr., 1882, p. 303).

PROCÉDÉ D'EHRIJCH.

En 1881, AufiTcht avait parlé de la présence, au centre des tubercules miliaires, de microcoques et de bacilles. Il décrivait ces derniers comme des bâtonnets courts, brillants, deux fois plus longs que larges'. De là une revendication de priorité. Koch répond à ce sujet « qu'il eut occasion, au congrès de médecine de Wiesbaden, d'examiner une préparation présentée par Aufrecht comme contenant des bacilles de la tuberculose. Ces bacilles avaient été colorés directement par la fuchsine; ils répondaient presque, pour la longueur et l'épaisseur, au bacille du char])on. Il n'est donc pas douteux qu'Aufrecht n'avait pas vu le vrai bacille de la tuberculose^. »

Le procédé de coloration primitivement employé par Koch ne présente plus qu'un intérêt historique, qu'il gardera comme ayant été le point de départ de la découverte du bacille de la tuberculose. Dès les premières semaines qui suivirent lacommu nication de Koch, Ehrlich^ fit connaître un procédé beaucoup plus commode et plus sûr, préconisé aussitôt par Koch lui-même et adopté par tous les chercheurs; ce procédé a efficacement contribué à la diiïusion rapide et à la vulgarisation de la nouvelle découverte.

Parlant de l'idée émise par Koch, d'après laquelle ce serait la réaction alcaline du bleu de méthylène qui permettrait la coloration du bacille de la tuberculose, Ehrlich substitua à la potasse une autre base, l'aniline (vulgairement huile d'aniline). Depuis longtemps il avait i^emarqué que le violet de méthyle impur donnait mieux la réaction caractéristique de la sulistance amyloïde et colorait plus énergiquement les microbes que la môme substance, chimiquement pure. Il était probable que l'impureté qui procurait cet avantage n'était autre que l'aniline. L'expérience montra en effet que l'addition d'aniline à du violet de méthyle pur on augmente la puissance colorante*. C'est ce

1. AuFREcnT, Pa</(oL Miltheiluiif/en. Magdcb. 1881, 1 Hcft, p. 42. — Die .'Etiologie dcr Tu'oerkulose (Centralhl. f. med. Wissensch. 1882, n° 17).

2. Kocii, Die ^Ëtiologic der Tubcrkulose {Mittheil. a. d. kais. Gesuiidheitsamle, Bd 2, p. n, en note).

3. Ehrmch, Communication faite à la Société de méd. interne de Berlin, le 1" mai 1882 {Deutsche 7ned. Woc/wnsc/ir., 1882, p. 2G9).— Bcitriigc zur Théorie dcr Bacillcnfiirbung {Charitc-Annalen, 1886, pp. 123-138).

4. Le violet de gentiane, dont les avantages pour la coloration des microbes avaient été signalés dès le début par "Weigert, est un violet de méthyle très impur et

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