PHTISIE CASÉEUSE ET TUBERCULOSE
Toutefois Niomeyer est obligé, lui-même, de reconnaître qu'à côté de ces pneumonies caséeuses on rencontre si souvent, dans les poumons des phtisiques, des tubercules vrais, qu'il serait absurde d'attribuer cette coïncidence à un pur hasard. Il faut donc admettre un rapport de causalité entre la tuberculose et ces processus inllammatoires. « D'après la doctrine généralement admise encore, ce rapport serait le suivant : le déveplopement des tubercules serait le fait primordial dont dépendraient les processus pneumoniques qui ne viendraient s'y ajouter que secondairement. On ne peut pas nier que cette interprétation ne s'applique à certains cas. Mais dans la grande majorité des faits, c'est l'inverse qui est vrai, c'est-à-dire le développement tuberculeux s'ajoute secondairement à des processus pneumoniques préexistants. Il est excessivement rare qu'une tuberculose frappe un poumon qui ne renferme pas des résidus de pneumonie chronique. Les tubercules ne se développent que lorsque les pneumonies qui ont précédé se sont terminées par métamorphose caséeuse, que cette métamorphose ait succédé à une pneumonie croupale ou à une pneumonie catarrhale aiguë ou chronique. Nous devons donc admettre qu'il n'existe pas, entre la tuberculose et les processus inflammatoires qui la précèdent généralement, un rapport direct et immédiat se rattachant à l'origine à un seul et même état pathologique primordial, mais que ce rapport est indirect et dérive de la métamorphose caséeuse des produits pneumoniques^ »
Ainsi fut acceptée sans hésitations et poussée jusqu'à ses conséquences extrêmes la division dualiste de Virchow; ainsi fut appliquée aussi dans toute sa rigueur la doctrine de Buhl, d'après laquelle c'est le caséum qui engendre le tubercule. De là, la formule si connue : « le plus grand danger auquel est exposé un phtisique, c'est de devenir tuberculeux. »
La doctrine de la dualité de la phtisie devait bientôt trouver en Jaccoud un défenseur habile et convaincu ; il reconnut aussi deux phtisies, distinctes au point de vue anatomique, ainsi qu'au point de vue clinique : la phtisie tuberculeuse et la phtisie caséeuse ou pneumonique; il formula, avec sa netteté habituelle, le diagnostic difl"ércntiel et la distinction des deux phti-
1. NiEMEYER, Traité de pathol. interne, édit. fr. de 1869, Paris, T. 1, p. 249- — Leçons cliniques sur la phtisie Y>ulmonaire, trad. française, Paris, 1867.
EMPIS : GRÂINULIE.
sies et cette distinction, selon Ini, s'imposait désormais an clinicien comme une tâche nécessaire et relativement facile Bouchard, dans une série d'articles remarquables par l'érudition et la dialectique, se ralliait aussi sans réserves à la doctrine dualiste ^
Ch. Robin, à cette époque à la tète de l'histologie en France, était arrivé également, par une autre voie, à briser la conception uniciste de Laënnec. Dans des recherches faites en commun avec Lorain, il sépara radicalement les granulations grises du tubercule, c'est-à-dire des granulations ou des infiltrations jaunes, caséeuses; les granulations grises n'aboutiraient jamais à la tuberculisation et constitueraient « une classe spéciale parmi les produits morbides Luys adopta et développa des vues analogues dans sa thèse inaugurale'^; mais ce fut surtout Empis qui, dans un travail considérable, s'efforça de séparer la granulation grise du tubercule. Pour Empis comme pour Robin, n'est tuberculeux que ce qui a subi la transformation caséeuse. Les granulations grises, demi-transparentes, qui parsèment les méninges, la plèvre, le poumon, le péritoine, etc., dans ce qu'on a appelé la tuberculose miliaire aiguë, ne subiraient jamais « la tuberculisation )). Dans la pensée d'Empis, il s'agirait là d'un processus spécial, tout différent du tubercule quoique se surajoutant à lui, et s'en distinguant, entre autres caractères, par la fréquence relativement considérable de la guérison, par la transformation fibreuse. C'est ce qu'Empis a désigné sous le nom de granulie '^, et les vues anatomo-pathologiques qu'il soutenait prenaient d'autant plus de poids qu'elles étaient développées dans un livre remarquable à plusieurs égards et oii notamment le tableau clinique de la tuberculose miliaire aiguë était tracé de main de maître.
Cependant, en France surtout, ovi la tradition de Bayle et de Laënnec avait jeté de si profondes racines, bon nombre de