‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 192 sur 689 · MORTS INTRODUITS DANS LE CORPS DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

MORTS INTRODUITS DANS LE CORPS DES ANIMAUX

cul eux s'observe également dans les tubercules dus aux bacilles morts (fig. 28). Il en faut conclure que le pouvoir de déterminer des lésions tuberculeuses n'est pas lié, de toute nécessité, à la vie et à la végétabilité du bacille de Koch. Cette propriété subsiste pour ce même bacille introduit, à l'état de cadavre, dans l'intimité des tissus. Elle doit donc dériver de quelque substance spéciale contenue dans ces cadavres.

Il y a plus. Nos expériences montrent qu'outre ces lésions

Fig. 28. — Tubercules développés dans les poumons d'un lapin ayant reçu une injection intra-veineuse de bacilles tuberculeux morts. Coloration par la safranine. Vue d'ensemble; gross. 35. c, cellules géantes; f,f, centre caséoux des nodules tuberculeux.

spéciales, et même en l'absence totale de ces lésions, les cadavres des bacilles tuberculeux exercent une autre action, plus profonde et plus générale, sur l'économie, se traduisant par l'amaigrissement progressif, la cachexie et la mort, probablement sous l'influence d'une substance toxique contenue dans les bacilles et lentement abandonnée par eux.

Le caractère fondamental qui différencie les effets ainsi provoqués par les bacilles morts de ceux qu'entraîne l'inoculation des bacilles vivants est que les bacilles morts ne déterminent de

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lésions tuberculeuses qu'à l'endroit niême oîi ils ont été déposés ; ces lésions ne se généralisent pas, comme le font celles que provoque la culture vivante. L'inoculation des cultures mortes nous donne donc un moyen très commode et sûr de déterminer à volonté une lésion tuberculeuse circonscrite, une véritable tuberculose locale.

Même alors que, par la réduction de la dose inoculée, les manifestations générales font défaut, que les animaux continuent à se bien porter et augmentent de poids, l'influence profonde exercée sur eux par l'insroduction des bacilles morts n'en persiste pas moins : elle se révèle par la susceptibilité extrême que présentent ces animaux, sains en apparence, à l'égard d'une nouvelle introduction de bacilles tuberculeux. Tous ces faits montrent qu'aux bacilles morts est inbérente une propriété toxique, à longue échéance, qui rappelle celle des cultures vivantes.

Nous sommes ainsi conduits à une notion importante sur le mode d'action du bacille de la tuberculose. Contrairement à ce qu'on observe pour beaucoup d'autres microbes pathogènes, pour le bacille de la diphtérie, par exemple, ou pour celui du tétanos, ce n'est pas dans le milieu de culture où ce bacille a végété que l'on trouve les principaux produits toxiques qu'il élabore. Ces substances sont fixées et retenues dans le corps même du bacille; elles i-ésistent à des traitements très énergiques qui ne parviennent ni à les détruire, ni à les extraire du corps bacillaire. De même elles résistent très longtemps au séjour dans le corps des animaux.

D'autres conséquences, d'une portée plus directement pratique, découlent de ces notions. Pour le traitement de beaucoup de maladies infectieuses, le but souverain et en apparence le plus logique semble consister à tuer le microbe qui a envahi l'économie. Les faits qui viennent d'être exposés montrent que, si ce desideratum venait à se réaliser pour le bacille de la tuberculose, la guérison de la maladie n'en serait pas toutefois assurée, puisque les bacilles morts continuent à conserver une action délétère énergique. C'est l'élimination des foyers tuberculeux éteints ou la neutralisation du poison qui serait le vrai but à atteindre. •

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