LE TUBERCULE NAIT SURTOUT D'ÉLÉMENTS MIGRATILES
La destinée ultérieure de la cellule géante est variable, dit Koch, selon que le processus morbide évolue d'une façon lente ou rapide. Dans le premier cas, le nombre des bacilles contenus dans la cellule se maintient toujours très faible. Le plus souvent, on ne trouve qu'un ou deux bacilles. Il est douteux que le bacille contenu dans la cellule géante soit celui-là même qui en a causé primitivement le développement : il en est plus vraisemblablement un rejeton. Parfois à côté d'un bacille parfaitement coloré, on en voit un nuixc plus faiblement teinté, en voie de régression et appartenant sans doute à une génération antérieure. En somme, la cellule géante serait un élément assez durable, plus durable que les bacilles qu'elle contient et qui ont le temps d'y fournir plusieurs générations. Koch suppose aussi que les bacilles flétris y déposent leurs spores. Quelquefois aussi les bacilles y meurent, et la cellule géante subsiste comme l'habitat vide du parasite disparu. Quand, au contraire, la végétation bacillaire s'effectue activement et avec rapidité, la cellule géante succombe, ses noyaux sont envahis et dissociés en débris granuleux; elle se désagrège et est détruite.
Les modifications que subissent ensuite les cellules géantes et les cellules épithélioïdes des tubercules sont toutes de nature régressive et rentrent pour la plupart dans le processus décrit par Weigert sous le nom de nécrose de coagulation : ainsi se forment les masses caséeuses qui apparaissent au milieu des tissus tuberculeux. Les bacilles eux-mêmes disparaissent rapidement dans les foyers caséeux, surtout quand ceux-ci sont un peu anciens. Dans certains cas, l'extinction de la végétation bacillaire, au lieu d'aboutir à la caséification, s'accompagne de la transformation et de la rétraction fibreuse du tissu tuberculeux.
On voit donc que Koch fait dériver les éléments cellulaires du tubercule des globules blancs du sang émigrés hors des vaisseaux,^ n'accordant aux cellules fixes des tissus qu'un rôle tout à fait subalterne. En cela, il se conformait à l'opinion, de plus en plus accréditée depuis la découverte de la diapédèse par Cohnheim, surtout propagée par Ziegler, et d'après laquelle toutes les « granulations infectieuses », le nodule tuberculeux particulièrement, proviendraient en dernière instance de globules blancs du sang émigrés. Arnold cependant, dans diverses publications, avait signalé la présence, au sein du tissu tuber-
RECHERCHES DE BAUMGARÏEN.
culoiix, de cellules épithéliales (du rein, du poumon) en voie de karyokinèse ; d'oii il concluait à la participation des épithéliums préexistants à la formation des cellules épithélioïdes ou géantes du tubercule^; mais c'est surtout aux recherches de Baumgarten que l'on doit d'avoir montré que le rôle attribué aux leucocytes dans la genèse du tubeicule était excessif et que la prolifération des cellules fixes y intervient d'une façon prépondérante^.
Les investigations de Baumgarten portèrent d'abord sur les tubercules intra-oculaires provoqués par l'introduction dans la chambre antérieure de l'œil d'un fragment de tissu tuberculeux fraîchement enlevé. La cornée et l'iris sont de bons objets d'étude, à cause de l'absence d'éléments épithéliaux préexistants qui pourraient gêner pour la recherche et la détermination histogénétique des cellules épithélioïdes tuberculeuses. Les cellules pigmentées de l'iris constituent des repères très utiles pour établir l'origine fixe ou migratile des éléments constitutifs du tubercule, les cellules mobiles étant privées de pigment ou n'en contenant que des grains isolés.
Les globes oculaires, extirpés à des époques plus ou moins éloignées du moment de l'inoculation, étaient placés aussitôt dans une solution très faible d'acide osmique (0,2 p. 100) ou dans une solution concentrée d'acide picrique : ce sont là les agents fixateurs les meilleurs pour la recherche simultanée des figures karyokinétiques et des bacilles. Le séjour dans le liquide de MûUer pendant une semaine ou deux, puis dans l'alcool, donne également de bons résultats et n'entrave nullement la coloration des microbes. L'emploi du liquide de Flemming (solution chromo-osmio-acétique) est excellent pour l'étude de la karyokinèse, mais ne permettrait plus, d'après Baumgarten, la coloration des bacilles \ Ceux-ci étaient colorés par la méthode
1. Arnold, Bcitrâge zurAnalomic dos iniliaren Tuberkels [Virchoics Archiv, Bd 82, 83, 87 et 88).
2. Baumgarten, Experimcntelle und patliol.-anat. Untcrsuchungen iihcr Tuberkulose [Zeitschr. f. klinische Medicin, 1885, Bd 9, p. 93, 245, et Bd 10, p. 24). — Lehrbuch der paihol. Mijkolor/ie, 1890, Bd 2, p. 555-600).
3. 11 résulte dos recherches récentes de Kostenitsch et Wolkow que la fixation préalable par le liquide de Flemming n'est uullomcnt préjudiciable pour la coloration des bacilles, à la condition ilc soumettre les pièces, au sortir do ce liquide, à un lavage continu dans l'eau courante, pendant quatre à sis jours, selon la dimension dos pièces. Le durcissement est ensuite achevé dans de l'alcool de plus on plus concentré.