D'UNE DIVISION CELLULAIRE INCOMPLÈTE
naient des colliilos géantes typiques. Il faut aussi éviter de confondre la cellule de Langhans avec les fausses cellules géantes que simule parfois, dans les préparations, la coupe transversale ou oblique d'un canalicule glandulaire enflammé, par exemple, d'un conduit hépatique dans le foie, ou d'un canalicule urinaire. Avec un peu d'attention, on s'apercevra aisément qu'il s'agit là d'un épithélium de revêtement disposé autour de la lumière plus ou moins oblitérée d'un canal glandulaire.
Nous savons aussi que ces cellules ne proviennent pas d'une cellule blanche migratile ou de la confluence de plusieurs de ces cellules. L'origine intra-vasculaire , thrombosique, doit être également rejetée : nous n'en voulons pour preuve que la présence de cellules géantes dans les tubercules de la cornée, où les vaisseaux font entièrement défaut. Tout tend à faire admettre qu'elles dérivent des cellules épithélioïdes, issues elles-mêmes des cellules fixes des tissus.
Weigert, dans une intéressante étude sur la signification des cellules géantes tuberculeuses', admet, comme Baumgarten, que ces cellules se développent sous l'influence d'une irritation relativement faible, insuffisante pour entraîner le protoplasma dans le travail de division subi par le noyau. 11 étudie avec soin la topographie des bacilles à l'intérieur de la cellule géante. Nous avons vu que Koch assignait comme siège principal aux bacilles la partie centrale, privée de noyaux, de la cellule. Weigert montre au contraire que les bacilles se voient de préférence à la périphérie de la partie privée de noyaux, et, plus précisément, à la limite qui sépare les noyaux de la portion privée de noyaux, ou dans les intervalles des noyaux euxmêmes. Quant à la portion de la cellule où les noyaux n'existent pas, les bacilles y font généralement défaut.
11 existe donc, à cet égard, une analogie frappante avec ce que l'on observe dans les foyers tuberculeux devenus caséeux. Là aussi, dans la plupart des cas, le centre est à la fois privé de noyaux et de bacilles, tandis qu'à la périphérie du foyer, oii les noyaux subsistent, les bacilles se voient en assez grand nombre. Dans ce cas, cette disposition s'explique aisément en admettant que les bacilles qui avaient primitivement occupé le centre du no-
1. Weigert, Zur Théorie der tuberkulôsen Riesenzellen {Deutsche med Wochenschr., 1885, p. 986).
THÉORIE PHAGOCYTAIRE
tlule ont disparu et sont morts graduellement, en même temps que le centre lui-môme subissait la nécrose et devenait un milieu défavorable à la multiplication de ces bacilles. A la périphérie du nodule, au contraire, oii le tissu demeure vivant, ils continuent à subsister. Ce qui s'observe là pour l'ensemble du follicule tuberculeux se passe sans doute aussi, en miniature, pour la cellule géante envisagée isolément. Le centre de la cellule, primitivement occupé par les bacilles, subit une mortification partielle qui entraîne à sa suite la disparition des bacilles, tandis que ceux-ci continuent à vivre dans la portion périphérique de la cellule encore vivante elle-même et munie de noyaux. On peut donc considérer la cellule géante de Langhans comme une cellule en voie partielle de caséification; la portion de cette cellule privée de noyaux et de bacilles se comporte efTectivemcnt à l'égard des réactifs colorants comme le font les tissus morts, se colorant par l'acide picrique en jaune et cessant de fixer le carmin et les couleurs basiques d'aniline.
La plupart des anatomo-pathologistes se sont rangés à l'opinion de Weigert et de Baumgarten, d'après laquelle la cellule géante du tubercule constitue un élément en voie de dégénération et frappé de nécrose partielle. Metchnikoff cependant arrive à une conception toute différente de la cellule de Langhans. Ses recherches ont principalement porté sur le spermophile [spermnphilus guttatus), petit rongeur très abondant dans les campagnes aux environs d'Odessa, auquel il inoculait, sous la peau ou dans le péritoine, une culture de tuberculose (aviaire). Cet animal est assez réfractaire à ces inoculations et ne succombe qu'au bout de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, ne présentant dans les divers organes que des tubercules visibles au microscope. Ces tubercules sont riches en cellules géantes, qui proviennent le plus souvent d'une seule cellule épithélioïde dont les noyaux subissent la division indirecte, sans division concomitante du protoplasma. Toutefois, Metchnikoff admet que la cellule géante peut aussi, dans de certaines circonstances, résulter de la confluence de plusieurs cellules épithélioïdes. Les cellules épithélioïdes et particulièrement les cellules géantes sont, d'après lui, des types de phagocytes, c'est-àdire de cellules entrant er^ lutte avec le parasite tuberculeux, s'en