RÉACTION DES ÉLÉMENTS FIXES DES TISSUS
bacilles et les débris cellulaires (fig. 36). Les cellules fixes du tissu conjonctif, l'endothélium des vaisseaux et celui de la membrane de Descemet, l'épithélium pigmenté ds l'iris et de la rétine se transforment en cellules épithélioïdes et donnent ainsi naissance à des nodules tuberculeux. Dans le rein, Kostenitch et Wolkow assurent avoir aussi constaté, d'une façon certaine, la participation de l'épithélium rénal à la formation des tubercules. La
Fig. 36. — Inoculation do bacilles tuberculeux sur la cornée d'un lapin. Cellules fixes de la cornée en voie de transformation épithélioïdo et englobant des bacilles (d'après une préparation de Kostenitch et Wolkow).
prolifération des cellules fixes des tissus se fait principalement d'après le type de la karyokinèse, mais elle s'effectue aussi probablement par division directe des noyaux.
Parallèlement au développement des cellules épithélioïdes, on voit apparaître le réticu'lum, ce réseau fin de fibrilles qui est presque caractéristique pour le tubercule. Les histologistes russes partagent à cet égard l'opinion de Baumgarten et considèrent ce réticulum comme le vestige des fibrilles du tissu fondamental des organes et non pas comme un produit, artili-
PHASE DE LEUCOCYTOSE MONOÎNUCLÉAIRE.
ciel résultant de la coagulation d'un exsudât albumineux sous l'influence des réactifs.
Le développement des cellules épithélioïdes n'est pas non plus exclusivement propre au processus tuberculeux. En étudiant comparativement ce qui se passe à la suite de l'injection d'encre de Chine, on s'assure que les différences d'effet sont surtout quantitatives. Autour des particules d'encre, les cellules fixes des tissus, conjonctives et endothéliales, prolifèrent et donnent naissance à des cellules qui offrent le caractère de véritables cellules épithélioïdes. Seulement ces cellules sont moins abondantes et ne se rangent pas en groupes arrondis, à disposition concentrique. Nous avons vu du reste que ces mêmes formations ont été observées, dans le tissu de granulation, par un grand nombre d'anatomo-pathologistes qui les font également dériver des éléments fixes des tissus.
Le nodule formé par l'amas de cellules épithélioïdes ne tarde pas à être successivement envahi par des cellules rondes migratiles d'une nouvelle espèce, les leucocytes mononucléaires ou lymphocytes : c'est ce que Kostenitch et Wolkow appellent la phase de Icucocytose mononucléaire. C'est généralement du sixième au neuvième jour après l'infection qu'ils apparaissent à la périphérie du foyer, tantôt en petit nombre, tantôt en zone serrée. Cette disposition périphérique est caractéristique pour les leucocytes mononucléaires. Ainsi se constitue le tubercule typique, à centre clair formé de cellules épithélioïdes et à zone périphérique formée de lymphocytes. Les vaisseaux avoisinants sont remplis de ces mômes éléments. L'infiltration par les leucocytes mononucléaires persiste pendant toutes les périodes ultérieures que parcourt le tubercule. Dans les stades plus avancés, il s'y môle des leucocytes mononucléaires volumineux, pour lesquels il est difficile de décider s'il s'agit de lymphocytes hypertrophiés ou de gros leucocytes mononucléaires provenant des vaisseaux. L'infiltration des leucocytes mononucléaires n'est pas non plus spécifique pour le processus tuberculeux; on l'observe aussi à la suite de l'injection d'encre de Chine et elle est môme dans ce cas plus accentuée et plus turbulente ; mais bientôt le processus inflammatoire et exsudatif causé par ce traumatisme purement mécanique se calme, et le tissu de granulation aboutit à la formation de tissu fibroïde de cicatrisation.
LEUGOGYTOSE POLYNUCLÉAIRE SECONDAIRE.
Enfin vient la phase de dégénérescence du tubercule, caractérisée par la nécrose et la régression caséeusc, procédant du centre du nodule à la périphérie. Ces modifications régressives ont été déjà exposées plus haut et Kostenitch et Wolkow n'ajoutent rien de fondamental à ces faits connus. A ce moment s'eflectue une nouvelle invasion de leucocytes polynucléaires [lencocytose poUjnucléaire sfcondoire) moins active et moins abondante que celle de la période initiale. Ces nouveaux et derniers éléments migratiles ne tardent pas à subir le même sort que le reste du tubercule et à être englobés dans le processus de caséification.
Quant à l'origine des cellules géantes, Kostenitch et Wolkow les regardent comme résultant de la fusion de plusieurs cellules épithélioïdes englobées dans un exsudât albumineux coagulé autour des bacilles. L'irritation exercée par les bacilles sur ces cellules se traduirait par une multiplication de noyaux, sans division concomitante du protoplasma gêné et maintenu par l'exsudat albumineux.
La forme des cellules géantes est déterminée par leurs rapports avec les éléments environnants et par les cavités qu'elles remplissent. « Sous l'action des liquides fixateurs, la cellule géante se rétracte, se détache des éléments environnants et les parties ayant pénétré dans les intervalles de ces derniers prennent la forme d'appendices ramifiés; les fibres modifiées réticulaires et celles du tissu conjonctif, en se fusionnant avec la cellule géante, contribuent à la formation de ces appendices. Si on considère la cellule géante dans ses rapports avec les éléments environnants, on peut se rendre compte de ses connexions; tandis que si on se figure la cellule géante à l'état isolé, ces mêmes appendices peuvent suggérer l'idée erronée des pseudopodes d'une grande cellule amiboïde. »
Borrel a fait récemment, sous la direction de MetchnikofF, des recherches qui viennent à l'appui des vues soutenues par son maître \ Ces recherches ont principalement porté sur le poumon de lapins auxquels on avait injecté dans la veine de l'oreille des cultures pures de bacilles de la tuberculose humaine bien dis-
1. Borrel, Tuberculose pulmonaire expérimentale (Annales de l'Institid Pasleur, 1893, p. 593). — Tuberculose expérimentale du rein (Ibid., 1894, p. Go).