TUBERCULE EXPÉRIMENTAL DE L'ŒIL ET DU REIN
L'histog^ncso du tuborculo oxpérimontal a été tout récemment l'objet d'un important travail de Kostenitch et Wolkow, exécuté en partie à l'Institut Pasteur, en partie dans mon laboratoire'. Leur étude a porté sur les tubercules provoqués par l'inoculation de cultures de tuberculose humaine sur la cornée ou dans la chambre antérieure de l'œil, ou dans le corps vitré de lapins ou cobayes ; elle a porté aussi sur les tubercules du rein produits par injection directe de la culture, à travers les
FiG. 35. — Inoculation du bacille de la tuberculose dans l'épaisseur de la cornée du lapin. Phase d'invasion leucocytaire primitive (d'après une préparation de Kostenitch et Wolkow).
parties molles, dans le tissu du rein, chez le lapin et le cobaye. Le développement de la tuberculose oculaire et rénale a été étudié depuis les premières heures qui suivaient l'injection jusqu'à la formation complète du tubercule typique, avec dégénérescence caséeuse ultime. Pour juger de la réaction spéciale provoquée ainsi par le bacille de Koch, Kostenitch et Wolkow injectaient comparativement à d'autres animaux des particules inertes, telle qu'une dilution stérilisée d'encre de Chine, dans la chambre antérieure de l'œil ou dans le parenchyme du rein.
Dans les premiers moments qui suivent l'injection de la culture de la tuberculose, Kostenitch et Wolkow constatent la
1. Kostenitch et Wolkow, Recherches sur le développement du tubercule expérimentai (Arch. de med. expérim. et d'anat.pathol., 1892, p. 741).
280 PHASE DE LEUCOCYTOSE POLYNUCLÉAIRE PRIMITIVE.
formation d'un exsudât séro-fibrincux, surtout notable dans la chambre antérieur eet dans le corps vitré. Le même phénomène se voit aussi après l'introduction d'encre de Chine, mais moins accusé : on ne peut donc guère l'attribuer à l'action spécifique des microbes. Au bout de trois heures environ, on constate déjà une réaction intense de l'organisme se manifestant par l'afflux de nombreux leucocytes polynucléaires autour des bacilles injectés : c'est ce que Kostenitch et Wolkow appellent la phase de leucocytose polynucléaire p?'imi(ive. Les leucocytes polynucléaires s'accumulent dans les vaisseaux environnant le foyer d'infection et pénètrent dans ce dernier. Lorsque l'inoculation a eu lieu dans l'épaisseur de la cornée (sans perforation de cette membrane), les leucocytes proviennent probablement du sac conjonctival (fig. 35).
Les jours suivants, l'accumulation des leucocytes polynucléaires augmente de plus en plus, formant des foyers autour des bacilles. Ceux-ci n'affectent avec les leucocytes polynucléaires que des rapports de voisinage. On ne parvient pas à voir ces leucocytes englobant les bacilles, encore moins les digérant ou les transportant à distance.
Après avoir atteint un certain degré d'accumulation, les leucocytes subissent rapidement la destruction régressive ; les noyaux prennent des contours irréguliers et se vacuolisent; bientôt surviennent les phénomènes de la chromatolyse ; la chromatine se fragmente en grains séparés, se colorant mal. Dans cet état, les débris des leucocytes polynucléaires sont souvent englobés par les éléments fixes des tissus.
L'injection d'encre de Chine provoque également une invasion de leucocytes polynucléaires, mais elle est moins prononcée et moins durable qu'à la suite de l'infection par des bacilles, qui jouissent à un plus haut degré de la propriété d'attirer ces éléments migratiles.
Quand les leucocytes polynucléaires commencent à subir la désintégration, le processus entre dans vme phase nouvelle, caractérisée par la réaction des éléments fixes des tissus. Le protoplasma de ces éléments se gonfle, le nombre des noyaux augmente et les figures karyokinétiques apparaissent. Les cellules fixes donnent naissance à des cellules épithélioïdes, qui jouissent de la propriété d'englober dans leur protoplasma les