DES ABCÈS FROIDS, DU LUPUS, ETC
culior des lésions scrofuleuses, ferait constamment défaut dans le lupus.
Volkmann, il est vrai, se montre beaucoup plus réservé, et incline vers l'opinion de Bazin; il signale, contrairement à Virchovv, la fréquence des antécédents et des accidents scrofuleux chez les lupiques; il l'ait remarquer en outre que les engorgements ganglionnaires sont loin d'être rares dans les cas de lupus*.
C'est à Friedliinder que l'on doit d'avoir établi d'une façon
FiG. 4. — Lupus; cellules géantes.
définitive que le lupus est constitué par un amas très serré, presque confluent, de tubercules occupant le derme de la peau ou de la muqueuse, et offrant tous les attributs histologiques du tubercule adulte : cellules géantes,' cellules épithélioïdes et cellules lymphatiques. Il s'agit donc là encore d'une tuberculose locale, pouvant exister pendant une longue suite d'années avec un état de santé florissant, sans aucune tendance à la gé-
1. Volkmann, Ueber den Lupus und seine Behandlung [Volkmann' s Samml. klin. Vortriige, 1870, n° 13).
LANNELONGUE. — P. RECLUS.
néralisalion, môme sans retentissement sur les ganglions correspondants.
L'épididymite ou Torchite tuberculeuse peut procéder de la même façon : si parfois elle est secondaire et consécutive à une tuberculose pulmonaire, dans d'autres cas elle est et demeure primitive. De même pour la péricardite tuberculeuse; secondaire dans la plupart des cas, elle est quelquefois primitive et constitue la localisation unique du tubercule; parfois, dans ce cas, les tubercules ne sont pas visibles à l'œil nu et ne se révèlent que par l'examen microscopique.
A partir de ce moment, les données relatives aux <( tuberculoses locales » se multiplient. En première ligne se placent les travaux du professeur Lannelongue qui ont fait faire des progrès considérables à l'étude des tuberculoses locales d'ordre chirurgical. 11 démontra que la grande classe des abcès froids rentre dans le cadre des affections tuberculeuses et pour faire cette preuve , il s'appuya sur un double caractère : la présence de nodules tuberculeux types dans les parois de ces abcès et la virulence du pus dont l'inoculation aux animaux provoque régulièrement la tuberculose. La tuberculose osseuse a été également l'objet des recherches de ce savant; la plupart des auteurs n'admettaient que la tuberculose des vertèbres et il était de croyance générale que la tuberculose des autres os était tout à fait exceptionnelle. Lannelongue montra qu'une série d'états anatomiques mal définis n'étaient que des complications de la tuberculose osseuse et que notamment les tumeurs blanches ont le plus souvent pour origine la tuberculose des extrémités articulaires des os. En même temps, il mettait en évidence l'origine tuberculeuse de la carie et des abcès migrateurs ou par congestion
Reclus démontra que le tubercule du testicule peut, à lui seul, pendant un lemps très long et même pendant toute la vie, constituer l'unique détermination de la tuberculose, parfois même se terminer par laguérison définitive^
1. Lannelongue, Note sur l'arthrite tuberculeuse (Bulletins et mém. de la Soc. de chir., 1878, p. 206). — Tubercules des os, tumeurs blanches consécutives [ibid., 1879 p. 867). — Abcès froids et tuberculose osseuse, in-S" avec pl., Paris, 1881. Cette monographie, accompagnée de planches, résume les principaux travaux de Lannelongue sur la matière.
2. Reclus, Sur le tubercule du testicule et l'orchitc tuberculeuse(r/iè*e de Parw, 1877).
TAPRET. — BRISSAUD.
Tapret étudia les différentes localisations primitives de la tuberculose sur l'appareil urinaire et montra que le rein, la vessie, la prostate oii l'urèthre peuvent être atteints isolément, sans phtisie pulmonaire concomitante'.
Brissaud constata à son tour la nature tuberculeuse des tumeurs blanches; en collaboration avec Josias, il établit le même fait pour les gommes dites scrofuleuses de la peau. E. Besnier, en s'appuyant sur des arguments cliniques, était déjà arrivé à la conviction qu'il s'agissait là d'une manifestation tégumentaire tuberculeuse. Sous son inspiration, Brissaud et Josias étudièrent histologiquement les gommes scrofuleuses et leur reconnurent la structure du tubercule. « Les gommes scrofuleuses concluentils, sont constituées par des tubercules du tissu cellulaire souscutané se présentant sous la forme de foyers tuberculeux proprement dits, au voisinage desquels sont agglomérées, en quantité plus ou moins considérable, des granulations foUiculeuses. » Enfin, je mentionnerai une étude d'ensemble due à Brissaud, oii il reprend avec lucidité et discute la doctrine des tuberculoses locales et y apporte un contingent de faits personnels ^
Après que les travaux de Langhans, de Schûppel et de Kôster eurent bien mis en évidence les particularités caractéristiques de la cellule géante et la structure histologique fine du tubercule, nous entrons dans une période de discussion sur la nature et la genèse de la cellule géante et surtout sur sa présence dans les produits pathologiques les plus divers, n'ayant aucune relation avec le tubercule. Sous le nom de cellule géante, on décrivit à nouveau toute cellule volumineuse, multinucléaire, dont le type physiologique avait été établi, par Ch. Robin déjà, pour les grandes cellules de la moelle des os, sous le nom de mijéloplaxes o\\ plaques à noyaux multiples. C'est ainsi que Steudener signala la présence de cellules géantes dans les sarcomes, Brodow^ky dans les granulations des ulcères chroniques, Jacobson dans les granulations des ulcères consécutifs à une brûlure ou à un trau-
1. Tapret, Etude clinique sur la tuberculose urinaire [Arch. gén. de médecine, 1878, t. 1, p. 513, t. 2, p. SI, et 1879, t. 2, p. 403).
2. Brissaud, Étude sur la tuberculose articulaire [Revue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1879, p. 457). — Brissaud et Josias, Des gommes scrofuleuses et tuberculeuses, de leur nature {Ibid., p. 817 et 889). — Brissaud, Étude sur les tuberculoses locales [Arcli. gén. de méd., 1880, t. 2, p. 129 et 265).