L'UNICISME RALLIE PEU D'ADEPTES
laire et subit une évolution spéciale qui le transforme rapidement en une petite tumeur fibreuse, sans que jamais il y ait la moindre trace de modification caséeuse... Quand le tubercule fibreux domine, à plus forte raison quand il existe presque exclusivement, on a alors affaire à \?i phtisie fibroïde. »
Ainsi se trouvait restaurée, au nom même de l'histologie pathologique, la conception uniciste de la phtisie pulmonaire. Mais le dualisme de Virchow continuait, néanmoins, à dominer la plupart des esprits; en Allemagne cependant, Rindileisch n'hésitait pas à se ranger sous la bannière des partisans de Laënnec, « conduit qu'il était, dit-il, par une série de nouvelles observations à élargir le cadre de la tuberculose pulmonaire et à se rallier, de par les recherches anatomo-pathologiques, au nombre de ceux qui, malgré les doctrines opposées, considèrent la phtisie pulmonaire comme une alfection exclusivement tuberculeuse ». Il admettait que la tuberculose est un ensemble pathologique dominé par une cause spécifique, qui est la scrofule. Chez les scrofuleux les produits de l'intlammation se caséitient et, dans cette matière caséitiée, se formerait ensuite un principe virulent qui, absorbé, provoquerait l'éclosion de la tuberculose". En Angleterre, Wilson Fox concluait également dans le sens de Laënnec, en faveur de l'unité de la phtisie pulmonaire ^
Nous arrivons maintenant, dans cette esquisse de l'histoire anatomique du tubercule, à un nouveau progrès réalisé grâce à la notion plus approfondie et plus précise de ce qu'on a appelé
lubcrciiloses locales. Depuis les travaux de Laënnec et de Louis, l'un des caractères essentiels du tubercule était la tendance à la généralisation, la malignité, comme disait Virchow. La loi fameuse de Louis « qu'il ne pe,ut y avoir de tubercule dans un organe sans qu'il n'y en ait en même temps dans le poumon »,
1. Plus récemment, le professeur J. Renaut (de Lyon) a publié sur les formes fibreuses de la tulicrculose une étude liistologique très intéressante : Note sur la tuberculose en p;énéral et sur ses formes fibreuses pncumoniques en jiarticulier [Lj/on mûd., 18T0,t. 31). — Consulter aussi : Bard, Phtisie fibreuse [Tlwse de Lyon, 1879).
2. RiNDi'LEiscii , Die kronischc Lungentubcrkulosc {Deutsche Arc/iiv f. klin. Med. Bd 14, 1874).
3. WiLsoM Fox, The analomical relalions of pulmonary phtisis to tubercule of thc lung [The Dritish med. Journ. 1873, 22 mars).
TUBERCULOSES LOCALES.
avait cependant souffert de nombreuses exceptions. Louis luimême avait reconnu l'existence de tuberculose méningée sans phtisie pulmonaire. Gruveilhier avait signalé les gros tubercules solitaires du cerveau , sans autres manifestations tuberculeuses. Velpeau, Roux, Vidal (de Cassis), avaient étudié la tuberculose isolée du testicule. Aran, Siredey avaient décrit l'existence de tuberculisation primitive de l'appareil génital chez la femme. Mais c'est surtout à Brouardel que l'on doit d'avoir, dans un travail remarquable, montré que la tuberculose peut frapper les organes génitaux de la femme, primitivement, et sans aucune tuberculose pulmonaire concomitante'. A partir de ce moment, la notion d'une « tuberculisation pelvienne primitive » était devenue classique parmi les gynécologues. Mais, malgré l'autorité de ces auteurs, la règle formulée par Louis que nul ne peut être considéré comme tuberculeux s'il n'est manifestement tuberculeux des poumons, continuait à dominer les esprits; par respect pour cette loi, on persistait à qualilier de lésions scrofuleuses des lésions ayant tous les attributs anatomiques de la tuberculose, uniquement parce qu'elles s'étaient développées chez des sujets dont les poumons paraissaient normaux. Bien que l'évolution ait été préparée de longue main, c'est à Friedlânder surtout que l'on doit d'avoir appelé l'attention, d'une manière systématique, sur ces lésions tuberculeuses fixes, naissant et se développant dans les divers organes, sans tendance à la généralisation et qu'il a désignées sous le nom de tuberculoses locales ^
Nous avons vu que Kôster avait établi que, dans les fongosités des tumeurs blanches, existaient des granulations tuberculeuses typiques qui jusqu'alors avaient complètement passé inaperçues. La présence des tubercules y est à peu près constante et on les distingue le plus souvent déjà à l'œil nu, sous la forme d'un semis de points grisâtres ou blanchâtres. Nous avons vu également que Schûppel a décrit des t,ubercules typiques dans les ganglions engorgés des scrofuleux; pour les distinguer, il est vrai, il faut recourir à l'examen microscopique, non pas à
1. Brouardel, De la tuberculisation dos organes génitaux do la femme {Thèse de Paris, 186S).
2. G. Friedlânder, Ucbor locale Tuberculose [Volkmann's Sammlung klinischer Vortruge, 1873, n» 64).
FRIEDLÀNDER : NATURE TUBERCULEUSE
cause de leurs petites dimensions, car ils mesurent en général un demi à un millimètre de diamètre, mais à cause de la difficulté de les discerner au milieu du tissu ganglionnaire ambiant. Ainsi deux maladies, considérées naguère encore comme d'origine scrofuleuse, la tumeur blanche et l'adénite strumeuse, étaient ramenées dans le cadre de la tuberculose.
Friedlânder constata que dans les affections scrofuleuses de la peau, dans les parois des abcès froids et des ulcères strumeux, comme aussi dans les caries scrofuleuses des os, on trouve régulièrement un semis abondant de granulations tuberculeuses. Dans les abcès et les ulcères scrofuleux de la peau, ces granulations ont parfois un millimètre de diamètre ; on les retrouve également, par l'examen microscopique, dans la peau avoisinante, saine en apparence, notamment dans le corps papillaire. Dans les caries scrofuleuses, les tubercules tapissent surtout les fongosités qui revêtent les trajets fistuleux. Voilà donc de nouvelles affections scrofuleuses qui rentrent dans le domaine de la tuberculose. Ce qui caractérise souvent (quoique non constamment) ces lésions, c'est qu'elles sont primitives, purement locales et qu'elles peuvent rester ainsi indéfiniment localisées.
Peu de questions ont été l'objet d'autant de controverses que le lupus. 11 suffit, pour s'en rendre compte, de consulter le paragraphe que Virchow y consacre dans son grand Traité Cet anatomo-pathologiste montre que le lupus vrai (de Willan) est formé d'un tissu de granulation jeune, très mou et le plus souvent très vasculaire, siégeant primitivement dans le derme cutané, puis envahissant le tissu sous-cutané et dans quelques cas môme les os; ce tissu de granulation est formé de petites cellules arrondies, indifférentes. Virchow signalait môme l'analogie que présente le lupus avec les fongosités des tumeurs blanches articulaires. Il se prononce avec raison contre toute assimilation du lupus à la syphilis; mais il se refuse aussi à l'admettre, comme l'enseignait Bazin, parmi les scrofulides malignes de la peau ou des muqueuses. Il dénie au lupus le caractère scrofuleux en s'appuyant surtout sur ce fait que l'engorgement des ganglions lymphatiques, ce stigmate parti-