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FRÉQUENCE DE LA PHTISIE PARMI LES SCEURS DE CHARITÉ

présentassent déjà les symptômes de la phtisie d'une manière très manifeste. Pendant les dix années que j'ai été le médecin de cette maison, je l'ai vue renouvelée deux ou trois fois par la perte successive de tous ses membres, à l'exception d'un bien petit nombre, composé principalement de la supérieure, de la tourière et des sœurs qui avaient soin du jardin, de la cuisine et de l'infirmerie; et il est à remarquer que ces personnes étaient celles qui avaient le plus de distractions habituelles dans la maison et qui en sortaient en outre assez fréquemment pour aller chercher ou porter de l'ouvrage dans la ville ' ».

Lombard (de Genève) a publié des chiffres établissant la fréquence de la phtisie pulmonaire parmi les religieuses des couvents, où la mortalité va sans cesse en croissant de la première à la quatrième année.

11 est peu de médecins des hôpitaux qui n'aient été frappés de la mortalité considérable des sœurs de Charité par tuberculose; Bergeret (d'Arbois) avait déjà noté que dans un couvent d'éducation dont il était le médecin, toutes les sœurs préposées aux soins des malades devenaient phtisiques, même les plus robustes et les plus âgées.

Cette question vient d'être l'objet d'un intéressant travail de Cornet. Ce médecin a pu obtenir les chiffres officiels de la mortalité des ordres religieux catholiques, adonnés aux soins des malades, dans le royaume de Prusse: le personnel de ces ordres charitables comprenait, pour 1885, 5470 sœurs de Charité et 383 frères de la Miséricorde. L'enquête a porté sur la mortalité de ce personnel pendant les vingt-cinq dernièi^es années. Il résulte de cette enquête que la mortalité par tuberculose, qui, comme l'on sait, représente 1/5 ou 1/7 de la mortalité générale de la population, entre pour une proportion d'environ 2/3 (62,88 p. 100) dans la mortalité de ces ordres religieux. Cette mortalité énorme par phtisie ne se retrouve pour aucune autre profession. Le maximum de la mortalité, à rencontre de ce qu'on observe pour le reste de la population, correspond à l'âge de 20 à 50 ans, et cela précisément pai' le fait de la prédominance de la phtisie. « D'une façon absolue, si l'on compare la mortalité des sœurs de Charité avec celle du

. 1. Laennec, Traité de rauscultalion médiate, édition do la Faculté. Paris, 1879, P- 4-3.

OPINIOIMS ANTI-CONTAGIONNISTES.

reste de la population, à âge égal, on constate que, de 15 à 20 ans, cette mortalité est 4 fois plus forte ; de 20 à 30 ans, 3 fois plus forte; de 30 à 40 ans, elle est le double; à partir de cet âge les chiffres des mortalités tendent à devenir les mômes. La cause de cette différence effrayante tient presque exclusivement à la prédominance énorme de la tuberculose chez les religieuses soignant les malades... Plus des deux tiers des sœurs de Ghai-ité succombent victimes de la tuberculose'. »

Ecoutons maintenant les anti-contagionnisles. Williams, qui a été pendant longtemps médecin de Brompton Hospital déclare que parmi es médecins, assistants, infirmiers, etc., attachés à l'hôpital et dont beaucoup y ont vécu en permanence pendant plusieurs années, la phtisie n'a pas été plus fréquente qu'elle ne l'est en moyenne dans la population de la ville ; ce n'est que dans 3 ou 4 cas qu'il a pu constater un rapport entre l'apparition de la maladie et le séjour des individus à l'hôpital. Williams n'hésite pas à conclure de ces observations, très sommaires, comme on le voit, que « l'expérience d'un établissement de phtisiques aussi important que Brompton Hospital va directement à rencontre de l'opinion qui considère la phtisie comme étant une . maladie infectieuse, une sorte de fièvre zymotique^ ». Fraser, dans une pratique médicale très étendue de vingt-cinq années, dit ne pas avoir observé un seul cas établissant la transmissibilité de la phtisie entre époux. Dans vingt-six cas, oîi l'un des conjoints mourut phtisique, la Qialadie ne se transmit pas au survivant, quoique les deux époux eussent fait lit commun et vécu dans les rapports les plus étroits \ Bennet, faisant appel à sa vaste expérience, déclare que si la phtisie est contagieuse, elle ne l'est que dans des conditions tout à fait spéciales et très exceptionnellement

Haupt, médecin à Soden, regarde comme excessive la mortalité par phtisie signalée par Cornet pour les religieuses ; cette mortalité serait infiniment moins grande parmi les ordres religieux protestants (sur 275 diaconesses appartenant à deux ordres

1. Cornet, Die Sterblichkeitsverhàltnisse in den Krankenpflegcorden (Zei/^cAr. fur Hygiène, 1889, Bd 6, p. 63).

2. Williams, The conUgionof phthisis [TheBritish med.Journ., 1882, sept., p. 6)8).

3. Fraser, ïlie communicability of phthisis {The British med. Journ., 1884, janv., p. 193).

1. Bennet (H.), On tlic Contagion of phthisis {Ibid., 1884, oct., p. 704).

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