‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 394 sur 689 · IL N'Y A PAS D'IMMUNITÉ GÉOGRAPHIQUE POUR LA PHTISIE · texte numérisé non relu

IL N'Y A PAS D'IMMUNITÉ GÉOGRAPHIQUE POUR LA PHTISIE

globules rouges du sang et dans la quantité d'hémoglobine contenue dans ces globules, et par conséquent l'augmentation' de la capacité du sang à fixer l'oxygène; le séjour des altitudes entraînerait en outre une suractivité du processus nutritif et des échanges organiques, d'où l'augmentation de la quantité d'acide carbonique dans l'air expiré ; l'accroissement permanent et inconscient de l'expansion inspiratoire des poumons et du thorax, la suractivité de la circulation cardio-pulmonaii'e, la diminution de la charge sanguine des poumons et enfin l'accroissement de l'évaporation pulmonaire : toutes conditions favorables à la guérison des tubercules. » Les elfets thérapeutiques sont indéniables, mais, selon Jaccoud, ils n'ont rien de proprement spécifique. Nous sommes loin, on le voit, de la doctrine de l'immunité orographique formulée par Brehmer et par ses disciples. Sans doute il est bon de choisir, comme séjour pour les phtisiques, des localités où la maladie est rare; c'est au moins une garantie de bonnes conditions climatériques, d'aération, de l'absence d'encombrement, etc. Mais prétendre que, s'il n'existe pas de phtisiques dans un pays, ceux qui y viendront du dehors doivent y guérir, c'est là un raisonnement qui n'est pas juste et auquel les faits donnent journellement un cruel démenti.

En somme, on voit qu'il n'existe pas d'immunité géographique pour la phtisie. C'est une maladie de tous les climats, de toutes les latitudes, de toutes les altitudes. Ce sont les conditions sociales, professionnelles et hygiéniques qui interviennent surtout pour l'étiologie et la fréquence de la phtisie. Elle prédomine là où il y a agglomération d'un nombre considérable d'habitants sur un espace restreint; cela ressort des différences existant, au point de vue de la fréquence de la maladie, entre les populations nomades et les populations sédentaires, entre les grandes et les petites villes, entre les villes et les campagnes ; en un mot, elle est proportionnelle à la densité de la population. « Tout le monde sait, dit Lancereaux, que ce sont surtout les ateliers encombrés, ceux notamment où s'exercent des professions n'exigeant qu'un faible exercice musculaire qui fournissent le plus grand nombre de phtisiques. Quant à l'exercice musculaire, il suffit, pour se convaincre de son importance, de

PHTISIE ET SÉDENTAKITÉ.

voir dans un même milieu les ravages de la phtisie parmi les personnes qui exercent des professions sédentaires et l'espèce d'immunité dont jouissent celles qui vivent au grand air, dans un mouvement presque continuel. La race, au contraire, influe peu : tous les peuples vivant de la vie sauvage, de quelque race qu'ils soient, connaissent peu la phtisie et si, à notre contact, ils sont plus exposés ({ue nous, cela tient vmiquement au changement d'habitudes, aux excès commis, à une position inférieure. La phtisie est donc une maladie de la civilisation » La civilisation intervient, en effet, dans cette propagation sans cesse croissante de la tuberculose, de différentes manières; en favorisant les grandes agglomérations humaines et les rapports des hommes entre eux, elle aide à la dissémination des germes infectieux et multiplie les occasions de contagion ; en créant des industries malsaines et sédentaires, dans des espaces confinés, loin du soleil et du grand air, elle rend les individus plus vulnérables et phis accessibles à la pénétration et au développement du bacille; les excès, l'alcoolisme, le surmenage agissent dans le même sens. La civilisation, sans doute, intervient encore d'une autre façon : en permettant, à force de soins et de précautions, la survie d'un grand nombre de sujets nés chétifs et de constitution faible, elle pratique ce qu'on a appelé une sélection à rebours et élève des générations débilitées qui sont une proie toute prête pour la maladie.

L'augmentation de la phtisie dans la plupart des pays civilisés coïncide avec l'irrésistible mouvement qui de plus en plus entraîne les populations des campagnes vers les villes, d'où il résulte que les professions sédentaires se substituent aux professsions agricoles s'exerçant en plein air : « Alors, dit Lagneau, qu'en 184G notre population de 35400486 habitants comptait 8647645 urbains de localités de plus de 2000 âmes, et 26753743 ruraux, soit 24,2 des premiers et 75,58 des seconds sur 100 habitants; au dénombrement de 1886, sur une population de 38218903 habitants, il y a 13766308 urbains pour 24452395 ruraux, soit 35,95 des premiers pour 64,05 des seconds sur 100 habitants. Donc, en 40 ans, alors que notre

1. Lancereaux, Distribution géographique de la phtisie pulmonaire (C. R. du Congrès internat, des Sciences géograph., Paris, 1877, tir. à part). — [Gaz. des hôpitaux, 1878, p. 297).

482 DÉCÈS PAR PHTISIE Eï CHIFFRE DE POPULATION.

population totale n'a augmente, que d'un treizième, notre population urbaine s'est accrue de moitié, et notre population rurale a diminué de plus d'un douzième'. »

Le relevé des causes de mort ne se fait pas encore d'une façon régulière dans nos campagnes, mais depuis quelques années il se fait de plus en plus pour les localités urbaines de la France. La statistique sanitaire pour l'année 1891 donne l'indication des décès par phtisie et autres manifestations tuberculeuses pour 662 de nos villes ^ statistique que Lagneau a réunie dans le tableau suivant :

Mortalité des habitants de 662 villes de France par phtisie et autres tuberculoses, en 1891.

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