VILLEMIN : LA DISPOSITION SEULE SERAIT HÉRÉDITAIRE
transmettent par hérédité certains tempéraments, certaines aptitudes physiologiques ou morbides, la goutte, le diabète, le nervosisme, etc. L'hérédité de la tuberculose fut même une cause de malaise visible pour Villemin et les premiers adeptes de sa doctrine.
Villemin pose nettement les termes du problème. « D'abord, dit-il, que faut-il entendre par transmission par voie d'hérédité? Les enfants héritent-ils de la maladie elle-même, ou bien seulement de l'aptitude à la contracter? Comme il n'y a pas de maladie sans cause, que tout phénomène pathologique présuppose un agent de détermination, il faut de toute nécessité, pour hériter d'une maladie, que les enfants reçoivent, en même temps que la vie, une sorte de germe destiné à jouer le rôle d'agent provocateur dans l'éclosion dite spontanée de l'affection; c'est ce qui a lieu pour la syphilis. L'enfant né de parents syphilitiques est imprégné par le virus, il naît syphilitique et ne le devient pas ; il apporte en venant au monde la maladie dans son essence : la cause ; il est aussi bien syphilitique le premier jour de sa naissance que cinq ans après... En est-il de même de la tuberculose? Nullement. Les enfants accusés de tuberculisation héréditaire ne sont pas tuberculeux en venant au monde (la phtisie congénitale est une exception plus que rare), ils deviennent tuberculeux à S ans, à 15 ans, à 30 ans, à 40 ans, à 80 ans et môme au delà. S'ils ont hérité de la maladiedanssa cause, qu'estdoncdevenue cette dernière pendant tout ce temps ? Comment a-t-elle pu sommeiller pendant dix, vingt, trente ans pour éclore soudainement?... Prétendre que la tuberculose se transmet en tant que maladie dans son principe essentiel, c'est aller, ce nous semble, contre toute logique... S'il y a quelque chose d'héréditaire dans la tuberculose, ce ne peut donc être que l'aptitude plus ou moins prononcée à la contracter. Mais la prédisposition, quelque incertaine qu'elle soit, ne peut engendrer d'elle-même la maladie. »
Villemin fait ensuite le procès des documents statistiques invoqués en faveur de l'hérédité et signale combien la plupart sont défectueux et peu probants. Cependant il est loin de nier absolument l'inlluence de l'hérédité dans la production de la tuberculose... <( L'hérédité des aptitudes morbides, dit-il, nous semble être un fait réel, une loi générale qui domine l'organi-