‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 495 sur 689 · L'AIR EXPIRÉ NE CONTIENT PAS DE MICROBES · texte numérisé non relu

L'AIR EXPIRÉ NE CONTIENT PAS DE MICROBES

les hôpitaux. Il est cependant intéressant de noter que le sousbibliothécaire de la Faculté de médecine (cette bibliothèque est la plus fréquentée de Paris) et l'un des chefs d'orchestre de l'Opéra, tous deux très bien portants, se sont trouvés avoir dans leur cavité nasale des bacilles virulents de la tuberculose.

« Vair expiré, dit Villemixi, ne nous semble pas jusqu'ici pouvoir transmettre la maladie. En attendant les résultats des expériences entreprises pour vérifier le fait, nous rappellerons celles queRouanet a établies pour la morve. Rouanet, enfermant dans le même sac la tète d'un cheval morveux et celle d'un cheval sain, de manière à forcer celui-ci à respirer les émanations pulmonaires du premier, ne put jamais réussir à transmettre la maladie. Les principes virulents de la morve et de la tuberculose ne paraissent pas être assez volatils pour être véhiculés dans l'air expiré. Emprisonnés dans les produits de sécrétion des voies respiratoires, ils ne s'échappent probablement qu'avec les matières du jetage et des crachats. Celles-ci sont les agents visibles et tangibles de la contagion. Aussi il n'y a pas lieu de s'étonner, selon nous, de l'immunité offerte par le médecin et certaines personnes qui approchent et touchent journellement les phtisiques. Ce n'est pas par ces manœuvres qu'on peut absorber le contage; cela est consolant'.»

A l'époque où l'on croyait à la nature volatile, gazeuse des virus, l'air expiré par les malades était particulièrement redouté, et naguère encore non seulement le public, mais même des médecins instruits, considéraient l'haleine des phtisiques comme dangereuse ^ Cependant les premières recherches bactériolo-

1. ViLLEMiN, De la propagation de la phtisie [Gazette hebd., 1S69, p. 260).

2. Il en était de même dos sueurs des phtisiques, qu'une opinion assez généralement répandue faisait croire dangereuses et susceptibles de transmettre la maladie. Les inoculations faites avec des sueurs de phtisiques ont toujours donné des résultats négatifs. Di Mattei a recueilli, chez des poitrinaires, sur des portions de peau préalablement stérilisées, de la sueur accumulée sous des verres de montre qu'il laissai, en place pendant plusieurs jours : la sueur ainsi recueillie, inoculée à des cobayest ne les rendit point tuberculeux (Di Mattei, SuUa trasmissibilità délia tuberculosi per mezzo del sudoro dei tisici [Archivio per le Scienze med., 1888, t. 12, ]). 293). Surmont (de Lille) a recueilli également de la sueur en appliquant sur la poitrine bien désinfectée de phtisiques de l'ouate hydrophile stérilisée et maintenue par un bandage approprié : la sueur exprimée de l'ouate avec pureté fut injecléc, à la dose de 1 ce, à 15 cobayes, dans le péritoine : aucun ne devint tuberculeux (Surmont, Recherches expérim. sur les sueurs des tuberculeux, in Etudes expérim. et clin, sur la tulierculose, publiées par Verneuil, t. 2, 1890, p. 534).

ÏYNDALL, GUNNING, STRAUS ET W. DUBREUILH.

gique auraient dû prémunir les esprits contre ces craintes chimériques. Tyndall avait montré que l'air expiré est optiquement pw^ c'est-à-dire qu'il ne contient pas de particules solides, de quelque nature qu'elles soient, ces particules étant retenues par les parois humides de l'arbre respiratoire. Nœgeli avait également appelé l'attention sur ce fait que des surfaces humides ne peuvent pas émettre de microbes par évaporation ni en abandonner à l'air qui se déplace devant elles; les microbes, en effet, sont des éléments solides qui obéissent aux lois de la pesanteur, de l'adhérence et de la cohésion'. Gunning montra expérimentalement dès 1882 que l'air expiré ne contient pas de microorganismes capables de provoquer la putréfaction des liquides stériles à travers lesquels on le fait passer'^ J'ai établi avec Dubreuilh, par des expériences de numération directe, que, quelque nombreux que soient les germes vivants que [teut contenir l'air inspiré, l'air expiré est complètement privé de ces germes. « L'air qui pénètre dans les voies respiratoires se dépouille pendant l'inspiration et l'expiration, dans les canaux étroits et tapissés d'un épithélium humide, de toutes les particules solides qu'il peut avoir entraînées. Les voies respiratoires supérieures, les parois humides de l'isthme du gosier, de la bouche et les anfractuosités sinueuses des fosses nasales y contribuent aussi pour leur part. Il en résulte que l'air quitte les poumons optiquement pur, comme l'a montré Tyndall, et aussi bactériologiquement pur. Il en faut conclure que les hommes ou les animaux, réunis dans un espace confiné, loin de souiller l'air par leur respiration, tendent au contraire à le purifier, en ce qui concerne les microbes... Ce n'est pas par l'air qu'ils expirent, par leur haleine que les hommes agglomérés chargent l'air ambiant de microbes; c'est par leurs vêtements, par les poussières que leurs mouvements soulèvent, par leur expectoration desséchée sur le plancher et disséminée plus tard sous forme pulvérulente, que s'effectue la souillure de l'air par les microbes \ »

Ces données générales sur l'absence de bactéries dans l'air

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