‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 5 sur 689 · PLURALITÉ DES PHTISIES POUR BAYLE · texte numérisé non relu

PLURALITÉ DES PHTISIES POUR BAYLE

La deuxième espèce de phtisie admise par Bayle, la phtisie granuleuse, a été pour ses successeurs l'objet de nombreuses controverses. Il commence par la déclarer très rare, et comme accompagnant souvent la phtisie commune, la phtisie tuberculeuse. Il la caractérise de la façon suivante : « Les poumons sont farcis de granulations niiliaires, transparentes, luisantes, quelquefois marquetées de lignes ou de points noirs et brillants. Ces granulations paraissent de nature et de consistance cartilagineuse; leur volume vai'ie depuis la grosseur d'un grain de millet jusqu'à celle d'un grain de blé; elles ne sont jamais opaques et elles ne se fondent pas. Ces divers caractères les distinguent des tubercules niiliaires qui ont le môme volume, mais qui sont toujours gris ou blancs et opaques et qui finissent par se fondre en totalité. » Ces granulations ne sont pas non plus exclusivement localisées dans le poumon; on les retrouve dans le péritoine, l'intestin, le cœur, etc. Elles sont dues, dans la pensée de Bayle, « au développement spontané de cartilages accidentels ».

C'est là la partie faible de l'œuvre de Bayle. Il se peut que les productions qu'il décrivait sous le nom de granulations niiliaires ne fussent que les granulations grises décrites plus tard par Laënnec et démontrées par lui comme constituant le premier stade anatomique du tubercule miliaire. Toutefois, la description de la granulation de Bayle ne cadre pas exactement avec celle de la grauulation grise de Laënnec, notamment en ce qui concerne les grauulations de consistance cartilagineuse, de la grosseur d'un grain de blé; Ândral déjà faisait remarquer combien il est difficile de décider quelles lésions Bayle avait exactement décrites sous cette rubrique et, aujourd'hui encore, la question demeure indécise. Quelques anatonio-pathologistes (Grancher, Charcot, Renaut) pensent que la « granulation de Bayle » n'est autre qu'un tubercule tibreux. Toujours est-il que la transformation de la granulation grise en tubercule opaque, blanc jaunâtre, est formellement niée par Bayle et c'est pour cela qu'il considérait la « phtisie granuleuse » comme tout à fait distincte de la « phtisie tuberculeuse ».

C'est à Laënnec que l'on doit d'avoir enfin éclairé le problème du vrai trait de lumière en établissant que la phtisie pulmonaire est une, provoquée par une lésion unique, le tuber^

LAENNEG : TUBERCULE MILIAIRE.

cule'. Pour Laënnec, le tubercule ou, comme il l'appelle, la m«/2èr^? tuberculeuse peut se développer dans le poumon et dans les autres organes sous deux formes principales : sous forme de corps isolés, nettement circonscrits (tubercules proprementdits), et sous forme de masses infiltrées (infiltration tuberculeuse). Quelle que soit la forme qu'elle affecte, « la matière tuberculeuse présente dans l'origine l'aspect d'une matière grise et demitransparente qui peu à peu devient jaune opaque et très dense. Elle se ramollit ensuite, acquiert peu à peu une liquidité presque égale à celle du pus. »

Les tubercules isolés présentent, pour Laënnec, deux variétés principales : les tubercules miliaires et les granulations tuberculeuses. « Les tubercules miliaires, dit-il dans sa description demeurée classique, sont la forme la plus commune qu'affecte la matière tuberculeuse dans le poumon. Leur aspect est celui de petits grains gris et demi-transparents, quelquefois même presque diaphanes et incolores, d'une consistance un peu moindre que celle des cartilages; leur grosseur varie depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'un grain de chènevis; leur forme, obronde au premier coup d'œil, est moins régulière quand on les examine de près et à la loupe ; quelquefois même ils paraissent un peu anguleux... Ces grains grossissent par intussusception et se réunissent ainsi par groupes. Avant que cette réunion arrive, un petit point d'un blanc jaunâtre et opaque se développe au centre de chaque tubercule, et, gagnant du centre à la circonférence, envahit la totalité du tubercule à mesure qu'il grossit. Fort souvent cet envahissement total n'a lieu qu'assez longtemps après l'époque à laquelle les tubercules les plus voisins se sont réunis en groupes, et par continuité de substance : en incisant alors un de ces groupes, on distingue très l)ien les petits points jaunes indicateurs des centres de chaque tubercule isolé et la zone de matière grise non encore envahie qui les entoure. Au bout d'un certain temps, l'envahissement de la matière jaune devient complet, et le groupe tout entier ne forme plus qu'une masse homogène, d'un blanc jaunâtre, d'une texture un peu moins ferme et plus humide que celle des cartilages : on le nomme alors tubercule jaune cru ou simplement tubercule a^u.»

1. Laënnec, Traité de l'auscuUali jn mcdiate et des maladies du poumon et du cœur, lr« odii. 1819, 2^ cdit. 1826.

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