‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 583 sur 689 · ABSENCE CONSTANTE DE COCCUS DANS LE SANG · texte numérisé non relu

ABSENCE CONSTANTE DE COCCUS DANS LE SANG

depuis deux ans; amaigrissement, sueurs nocturnes, aphonie; expectoration extrêmement abondante, purulente. Énorme excavation au sommet du poumon droit; infiltration tuberculeuse du poumon gauclie. Température, 38°, le matin; 39° à 39°, 3, le soir. Le 27 mars, on prélève dans la veine du bras 1 ce. de sang que l'on sème dans 10 tubes de gélose et 6 tubes de bouillon. Aucun développement.

XL — H. €.., entré le 7 avril 1894; malade depuis six mois; râles caverneux au sommet du poumon gauche, ramollissement commençant au sommet du poumon droit. Crachats purulents. Température, le matin, oscillant entre 36°, 8 et 38°, o; le soir, 39°, 4 à 40°, 6; sueurs nocturnes, diarrhée. Le 11 avril, on prend dans la veine du bras 1 ce. de sang et on l'ensemence dans 10 tubes de bouillon et sur 10 tubes de gélose. Les tubes, maintenus à l'étuve à 37° pendant douze jours, demeurèrent stériles.

XIL — • K... L.., âgé de 32 ans, au dernier degré de la cachexie, avec excavations au sommet des deux poumons. Pendant le jour, il éprouve de petits frissons courts; presque tous les soirs il est pris d'un violent fris- • son, d'une lieure de durée et au delà, suivi de sueurs abondantes; quelquefois, en même temps que le frisson, délire calme avec demi-somnolence. Température, 37° à 37°, 6, le matin ; 39°, 6, le soir. Le 9 avril, on prend dans la veine médiane céphalique du bras 1 ce. de sang que l'on ensemence sur 10 tubes de gélose et dans 6 tubes de bouillon. Ces tubes, maintenus à l'étuve à 37° pendant dix jours, demeurèrent stériles. Une nouvelle prise de sang fut faite le 16 avril; l'ensemencement fut pratiqué de la même façon; les tubes demeurèrent encore stériles.

XIIL — H... D..., âgé de 37 ans, tousse depuis deux ans, alité depuis six mois. Infiltration tuberculeuse des deux poumons, surtout à gauche. Température, le matin, 38", o à 39°, 2; le soir, 40° à 40°, 4; depuis quelques jours, frissons avec claquement de dents. Le 18 avril, on prélève dans la veine du pli du coude 1 ce. de sang, que l'on ensemence sur 10 tubes de gélose et dans 5 tubes de bouillon. Ces tubes, maintenus à l'étuve à 37° pendant vingt jours, demeurèrent stériles.

On voit que, dans 13 cas de phtisie avec fièvre hectique, les résultats ont été constamment négatifs. J'aurais pu multiplier ces tentatives, mais j'ai cru pouvoir m'en tenir là. Les conditions dans lesquelles je me plaçais étaient bien plus favorables que celles de mes prédécesseurs : ce n'était pas une goutte de sang que je semais chaque fois, mais 1 ce. de sang, réparti dans un grand nombre de tubes; et cependant, aucun de ces tubes ne donna de culture ; le sang de ces tuberculeux en pleine fièvre hectique se révéla constamment stérile.

Il est impossible de ne pas être frappé des différences entre les résultats régulièrement négatifs obtenus par moi et ceux de Jakowski, par exemple, qui, en semant une simple gouttelette

NE PAS COINFONDRE HECTICITÉ ET SEPTICÉMIE.

de sang, recueillie par piqûre du doigt, obtenait, 7 fois sur 8 cas. une culture de streptocoques ou de staphylocoques. Je crains bien que ces résultats positifs si constamment et si facilement obtenus ne soient que la conséquence d'une faute de technique. Quant aux streptocoques trouvés dans le sang recueilli sur le cadavre, cette constatation ne peut être enregistrée qu'avec de grandes réserves, vu la facilité de la pénétration post moriem de ces micro-organismes dans le sang et dans les tissus.

Je pense donc que, jusqu'à nouvel ordre, il n'y a pas lieu de considérer la fièvre hectique des phtisiques comme étant due à « une septicémie », c'est-à-dire à la pénétration dans le sang de streptocoques ou de staphylocoques, et d'assimiler cet état à l'infection puerpérale ou à l'infection purulente. Je ne nie pas la possibilité de la pénétration de ces micro-organismes dans la circulation générale, au cours de la phtisie pulmonaire; mais cette pénétration, loin d'être la règle, est au contraire tout à fait exceptionnelle et ne saurait, par conséquent, être considérée comme la vraie cause d'un phénomène aussi commun que l'est la fièvre hectique dans la phtisie. Quand l'examen bactériologique révèle la présence dans le sang de streptocoques, de staphylocoques ou du pneumocoques, il s'agit ordinairement d'infections extrêmement graves, de pneumonies mortelles et à issue fatale imminente ; tandis que la fièvre hectique des phtisiques peut s'observer, comme l'on sait, pendant de longs mois. Du reste, les ulcères tuberculeux du poumon se comportent, dans une certaine mesure, comme le font les ulcères siégeant dans d'autres régions du corps, les ulcères chroniques de la jambe, par exemple, qui, sauf des conditions spéciales, offrent une barrière solide à l'invasion des microbes de la suppuration. Ce que nous savons des propriétés de la tuberculine suffit pour nous renseigner sur le pouvoir pyrétogène des produits de sécrétion et de désintégration du bacille de la tuberculose ; c'est là, sans doute, qu'il faut chercher la cause principale de la fièvre hectique des phtisiques. Je citerai, à cet égard, une remarque du professeur Leyden qui, pour des raisons surtout cliniques, s'élève également contre le rôle exagéré attribué aux infections secondaires dans l'interprétation des symptômes de la phtisie; il fait observer avec justesse que la fièvre est particulièrement intense dans la tuberculose miliaire aiguë, laquelle, dans la

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