PUSTULES VACCINALES DES PHTISIQUES
des expériences. L. Meyer s'était borné à l'examen bactériologique du contenu des pustules vaccinales; cette recherche est évidemment insuffisante, le nombre des bacilles pouvant être assez faible pour échapper à une investigation très minutieuse, et suffisant cependant pour conférer au liquide infructueusement examiné la virulence tuberculeuse. Il fallait donc de toute nécessité l'épreuve de l'inoculation. Cinq phtisiques arrivés à une période avancée de la maladie furent revaccinés avec succès avec de la lymphe de génisse. Le contenu de ces pustules fut étalé sur plusieurs lamelles, coloré par le procédé d'Ehrlich et examiné avec soin ; dans aucune préparation je ne pus constater la présence du bacille de la tuberculose. Le contenu de ces mêmes pustules, délayé dans un peu de bouillon stérilisé, fut injecté dans la chambre antérieure de l'œil de lapins; chez aucun de ces animaux, conservés pendant un temps suffisant, il ne se développa ni tuberculose oculaire, ni tuberculose généralisée ' .
A la même époque, des recherches analogues étaient poursuivies par Josserand (de Lyon), sous la direction de Chauveau; ses expériences portèrent sur quatorze tuberculeux revaccinés avec succès; la lymphe vaccinale fournie par ces sujets fut inoculée chaque fois à plusieurs cobayes dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le péritoine ; dans tous ces cas, les résultats de l'inoculation ont été négatifs \
Plus récemment Peiper a examiné le contenu de pustules vaccinales chez dix phtisiques revaccinés avec succès ; il ne put y constater, pas plus que dans le sang de ces malades, la présence de bacilles de la tuberculose ; dans un cas, où la mort eut lieu 18 jours après la revaccination, il put pratiquer l'examen histologique et bactériologique de toute une pustule, sans réussir à y déceler la présence d'un seul bacille. L'inoculation du contenu de ces pustules dans la chambre antérieure de l'œil de huit lapins ne donna aucun résultats
Ces recherches montrent, ainsi que je le faisais remarquer
1. Straus. La tuberculose est-cUo transmissible i^ar la vaccine ? {Gaz. Itebd., 1885, p. 141).
Josserand, Contribution à l'étude des contaminations vaccinales [Thèse de tyo?!, 1884).— Un chapitre de cette thèse est consacré à la «tuberculose vaccinale».
3. Peiper, Zur Frage der Uebertragung der Tuberkulose durch die Vaccination {Inleriiat. klinische Rundschau, 1889, n°s 1 et 2).
768 PAS D'EXEMPLE D'INFECTION TUBERCULO-VACCINALE.
dans mon travail, que même si l'on recueillait le vaccin sur des sujets notoirement tuberculeux, sur des phtisiques à la dernière période, on aurait extrêmement peu de chances de prélever de la lymphe vaccinale douée de virulence tuberculeuse. Ce danger est encore beaucoup plus faible quand on emploie de la lymphe provenant d'enfants âgés de quelques mois seulement, chez lesquels la tuberculose est, en somme, assez rare; enfin, ce danger est presque nul quand on emploie du vaccin de génisse. Nous avons vu en effet que chez les veaux âgés de 2 à 6 mois, la tuberculose est extraordinairement rare; sur 3i000 veaux sacrifiés dans les abattoirs, c'est à peine si, en moyenne, il s'en trouve 1 tuberculeux. Dans certains instituts vaccinogènes, dans celui de Bruxelles notamment, que dirige Degive, on a soin, immédiatement après la récolte du vaccin, de sacrifier le veau et d'en pratiquer l'autopsie à l'institut même, pour s'assurer que l'animal n'est pas tuberculeux, auquel cas le vaccin récolté serait détruit. Cette précaution, à laquelle il est toujours prudent de recourir quand on le peut, n'est pas cependant formellement à imposer aux établissements de vaccine animale, étant donnée l'extrême rareté de la tuberculose chez le veau; d'après les renseignements que m'avait fournis Degive, en 1885, sur les 369 veaux utilisés jusqu'alors à Bruxelles pour la culture du vaccin animal, pas un seul n'avait été reconnu tuberculeux à l'autopsie.
A Paris, à l'Académie de médecine ainsi qu'à l'Institut vaccinal si bien dirigé par Chambon et Saint-Yves Ménard, le vaccin prélevé sur les veaux est mis en tube prêt à être utilisé, sans que la mise à mort de l'animal, qui a lieu à l'abattoir, soit suivie d'un contrôle spécial : mode d'agir qui, je le répète, n'entraîne guère d'inconvénient, vu la rareté si grande de la tviberculose chez le veau.
Un autre argument que j'émettais à l'appui du peu de danger de l'infection tuberculo-vaccinale et qui a bien sa valeur, c'est l'enseignement qui ressort de la pratique, déjà presque séculaire, de la vaccine elle-même. Depuis Jeûner, la vaccination a été appliquée à un chiffre incalculable d'individus ; c'est assurément l'expérience numériquement la plus gigantesque qui ait jamais été réalisée; or, il n'existe pas un seul cas bien établi de tuberculose vaccinale, procédant à la façon de latuber-
TUBERCLiLOSE DU REIN.
culose inoculée sur la peau, débutant par une lésion tuberculeuse au point d'insertion du vaccin, suivie d'adénopathie axillaire caséeuse et de généralisation viscérale. Pour toutes ces raisons, on peut donc maintenir la proposition (jue je formulais, à savoir que le danger de l'infection tuberculo-vaccinale est absolument improbable et presque chimérique.
Les reins sont assez fréquemment le siège de tubercules dans la phtisie pulmonaire de l'homme, lors des poussées plus ou moins aiguës de généralisation qu'on observe dans le cours de la maladie ; on trouve alors, disséminés plus fréquemment dans la substance corticale que dans les pyramides, des foyers de volume variable, blanc-jaunâtres, tantôt arrondis, tantôt allongés, parfois avec une forme nettement triangulaire, à base péripbérique, comme les infarctus; ces foyers contiennent souvent des bacilles en assez grande abondance. Ces lésions sont manifestement de nature embolique; Baumgarten dans les cas de tuberculose expérimentale, R. Durand-Fardel chez l'homme, ont montré que, dans les affections tuberculeuses du rein à leur début, les bacilles se rencontrent de préférence à l'intérieur des artérioles, en particulier des anses glomérulaires'. Dans la phtisie commune de l'adulte les lésions tuberculeuses métastatiques du rein, sans être exceptionnelles, ne sont pas très fréquentes ; elles le sont davantage chez les enfants ; mais d'une façon générale, on peut dire que dans l'espèce humaine le rein ne constitue pas un organe de prédilection pour les localisations secondaires de la phtisie. Dans la tuberculose expérimentale du cobaye, que l'inoculation ait été faite sous la peau ou dans le péritoine, les reins ne sont qu'exceptionnellement le siège de tubercules, et quand ils sont envahis, ils le sont toujours infiniment moins que le foie, la rate, les ganglions lymphatiques ou le poumon. Dans la tuberculose expérimentale du lapin, je me suis assuré que les localisations tuberculeuses sur le rein sont moins rares et plus accusées que chez le cobaye. Dans la tuberculose spontanée et expérimentale du chien, les lésions rénales sont encore beaucoup plus fréquentes.
Bien plus intéressante est la tuberculose primitive de l'ap-
1. R. Durand-Fardel, Contribution à l'ctude de la tuberculose du rein {Thèse de Paris, 1886).