‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 687 sur 689 · SUR LES STREPTOCOQUES, DANS LES INFECTIONS MIXTES · texte numérisé non relu

SUR LES STREPTOCOQUES, DANS LES INFECTIONS MIXTES

dispenser d'en présenter d'autres. Je ferai cependant remarquer que la réaction provoquée par la tuberculine est, en général, d'autant plus accusée et plus nette que les lésions tuberculeuses sont moins avancées, c'est-à-dire au moment où les foyers pulmonaires sont encore à la période d'induration et n'ont pas subi la fonte ulcéreuse. Dans le cas de plitisie arrivée à la dernière période, c'est-à-dire précisément au moment où les microbes pyogènes pullulent dans les cavernes, la réaction déterminée par la tuberculine est faible ou peut même faire complètement défaut. Tout nous invite donc à considérer l'action de la tuberculine comme s'exerçant surtout, et d'une façon élective, sur les tissus tuberculeux.

Je suis loin cependant de nier l intluence que la tuberculine peut exercer sur des processus pathologiques autres que ceux évoquos par le bacille de la tuberculose ; il suffit de rappeler à ce sujet ce qui a été dit plus haut des effets de la tuberculine chez les lépreux et les syphilitiques. Dans des recherches faites dans mon laboratoire, P. Teissier a montré que les injections de tuberculine rendent les lapins et les cobayes plus sensibles à l'inoculation de divers microbes, des streptocoques notamment, du staphylocoque doré, du tétragène, etc'.

J'ai fait un certain nombre d'expériences sur les effets de la tuberculine sur divers animaux, sains ou tuberculeux. La tuberculine dont je me servais était préparée par moi avec des cultures de tuberculose humaine ou aviaire abondamment développées par ensemencement à la surface du bouillon glycérine. Les cultures, une fois arrivées à leur complet développement, étaient chauffées, comme l'indique Koch, pendant plusieurs heures au bain-marie, de façon à les réduire au dixième de leur volume, puis on les filtrait simplement sur plusieurs doubles de papier. La tuberculine ainsi obtenue était égale en activité à la tuberculine de Libbertz, comme me l'avaient déjà montré divers essais comparatifs sur des cobayes tuberculeux.

Les cobayes sains supportent sans troubles appréciables l'injection sous-cutanée ou intra-péritonéale de quantités considérables de tuberculine, jusqu'à 2 ce. La dose mortelle, pour

1. P. Teissier. Des lésions de rcndocarde chez les tuberculeux {Thèse de Paris, 1894, p. 125 et 310).

8(i0 EFFETS DE LA n nEIlCl LLNE SUR LE COBAYE ET LE LAPIN.

les cobayes sains, a oto, dans la plupart de mes expériences, de 4 à 5 ce; dans ce cas, les animaux sont pris de mouvements convulsifs et meurent an bout de une à deux heures. Mais même avec l'emploi de ces doses massives, les accidents mortels sont déterminés, non par la toxine bactérienne, mais simplement par la glycérine. Je me suis assuré en effet que l'injection sous la peau ou dans le péritoine de cobayes sains de 4 à 5 grammes de glycérine pure ou additionnée d'un peu d'eau provoque chez ces animaux les mêmes accidents qu'une dose équivalente de tuberculine et la mort au bout du même laps de temps. Dans les deux cas, les cobayes présentent comme lésion anatomique une rougeur intense de l'intestin grêle et de l'estomac.

Les cobayes tuberculeux, au contraire, comme l'a observé Koch, meurent au bout de peu d'heures, à la suite de l'injection sous-cutanée de 0<='',4 à 0",S de tuberculine; ils présentent à l'autopsie, autour des tubercules du foie, de la rate, des poumons, des lésions congestives énormes, ecchymotiques et une rougeur diffuse de l'intestin grêle tout à fait caractéristiques.

Les lapins sains supportent aussi de très fortes doses de tuberculine, sans éprouver d'effets bien appréciables, si ce n'est parfois une élévation passagère de température. Ainsi j'ai pu injecter à des lapins, dans la veine de l'oreille, jusqu'à 5 ce. de tuberculine diluée dans un peu d'eau; les animaux ont présenté, pendant un ou plusieurs jours, une élévation de température de 1° à 1°, 5, ils ont maigri notablement, puis ont repris Jeur état normal.

J'ai fait aussi quelques expériences sur l'action de la tuberculine chez le chien sain ou tuberculeux. Il faut, pour provoquer la fièvre chez un chien sain, injecter des doses très fortes de tuberculine.

Exp.L — Le b mars 1893, on injecla à un chien sain d'assez pelite taille, à différents endroits sous la peau, 10 ce. de tuberculine diluée dans un égal volume d'eau. Au momeni- de l'injection, la température rectale du chien était 37", 5; deiix heures après, elle marquait 38°, 5; cinq heures après 41°; le lendemain au matin 39°.

La même dose de tuberculine fut injectée à un autre cliien, à peu près de la même taille, qui avait élé inoculé un mois auparavant, dans le péritoine, avec une culture de tuberculose humaine. La température rectale de ce chien, avant l'injection, était de 38",3;deux heures après l'injection, elle était de 40° ; cinq lieures après 42°.4. Le chien mourut dans la nuit. A l'an-

EFFETS DE LA ÏLÎBERCULINE SUFî I.E CHIEN.

topsie, on trouva une ascilc abondante; l'o'piploon était rétracLé, épaissi et rempli de foyers caséeux ; le péritoine tant pari(''tal que viscéral était recouvert de tubercules assez gros, presque confluents ; les ganglions mésentériques étaient caséeux; la surface du foie, la rate et les poumons étaient parsemés de tubercules. Ces organes tuberculeux n'offraient pas l'hyperémie si caractéristique que l'on constate chez les cobayes tuberculeux tués par l'injection de tuberculine. Aux endroits de la peau où la tuberculine avait été injectée, on ne retrouvait aucune lésion appréciable

Exp. II. — Le 13 octobre 1893, on injecte en grande quantité dans la veine saphène d'un chien griffon, pesant 8000 grammes, de la culture de tuberculose humaine tuée par le séjour pendant une heure à 120° à l'autoclave, séchée ensuite à l'exsiccateur dans le vide, fmement broyée, puis de nouveau stérilisée à l'autoclave à 120° pendant une heure. On inject;e en même temps plusieurs seringues d'une émulsion dense de cette culture morte dans le péritoine du chien. Ce chien maigrit rapidement. Toutefois, cinq mois après, il vivait encore, ne pesant plus que blOO grammes.

Le 1" mars 1894, on lui injecte dans le péritoine 5 ce. de tuberculine diluée dans un même volume d'eau. Température avant l'injection 38° ; quatre heures après 41°; le lendemain matin 39°,5;le soir 38°, 5. Treize jours après (13 mars) on lui injecte de nouveau dans le péritoine 15 ce. de tuberculine. Température avant l'injection 38°, 3; six heures après 41°, 2; le lendemain, 14 mars au matin, 39°, 7; le soir 38°, 5.

Le 15 mars, on lui injecte une nouvelle fois, dans le péritoine, de la tuberculine à la dose énorme de 25 ce. diluée dans un même volume d'eau. Température avant l'injection 39° ; trois heures après 35°. Le chien meurt dans la nuit. A l'autopsie, épanchement ascitique, clair, modérément abondant dans le péritoine ; masse caséo-iibreuse, de la grosseur d'une noix, dans l'épiploon. Le feuillet pariétal du péritoine est recouvert de fausses membranes épaisses, fibrino-caséeuses ; le feuillet viscéral est également recouvert de tubercules, mais moins confluents. Les intestins sont fortement agglutinés. Poumons criblés de très fins tubercules grisâtres. A la racine des poumons, deux gros ganglions bronchiques, entièrement caséeux. Le frottis des lésions tuberculeuses et caséeuses révèle la présence d'innombrables bacilles de la tuberculose, parfaitement colorables, la plupart granuleux et déformés. Il n'existait pas de zone d'hyper('mie autour des tubercules dans les divers organes.

L'histoire de ce chien est instructive à plusieurs égards. C'est un bel exemple des lésions que peut provoquer l'injection intra-vasculaire et intra-péritonéale de bacilles tuberculeux morts, lésions ici presque aussi considérables que si l'on avait injecté des bacilles vivants. Toutefois le chien ainsi infecté par des bacilles morts a présenté une résistance beaucoup plus grande à l'injection de la tuberculine que le chien de l'expérience I, inoculé dans le péritoine avec de la culture vivante et qu'une seule dose de 5 ce. fit succomber rapidement.

Exp. III. — Dans le but de s'assurer si, dans l'expérience précédente, le chien n'aurait pas succombé simplement à la dose de glycérine qui lui a été

EFFETS DE J.A TLiBEHCL LLNE

injectée sous forme de tuberculine, ou injecte dans le péritoine d'un chien sain, d'à peu près le même poids, 2b grammes de glycérine additionnée de 2b grammes d'eau. Température le 16 mars, au matin, avant l'injection 39°; à 1 heure de l'après-midi 38°; à 6 heures du soir 40°. Le 17 au matin 39°; le chien est parfaitement bien portant.

Exp. IV. — Le 19 octobre 1893, on injecte dans la veine saphène d'un chien terrier noir pesant 6620 grammes, 6cc. d'émulsion dense de culture aviaire vivante. L'animal maigrit un peu les mois suivants, mais continue à se bien porter. Le 1" mars 1894, on lui injecte dans le péritoine bec. de tuberculine; température avant l'injection 37°, 8; 4 heures après 40°; le lendemain au matin, température 40°; le soir 39%2. Treize jours après (13 mars) il reçoit dans le péritoine 12 ce. de tuberculine. Température avant l'injection 37°, 9; 3 heures après 40°; 6 heures après 39°, 8. Le 14 mars au matin 38°, 9; le soir 38°, 2. Le 15 mars, on lui injecte dans le péritoine la dose énorme de 2b ce. de tuberculine, additionnée d'un même volume d'eau. Température rectale avant l'injection 38°, b; 3 heures après 36°; 6 heures après 33°, 6. Le 16 au matin 3b°; le soir 3b°. Le 17 au matin 34"; le soir 36°,2. 11 se remet complètement les jours suivants. Le 19 mars, on le sacrifie : il ne présente aucune lésion tuberculeuse macroscopique; pas de bacilles dans le frottis des organes.

Les poules, saines et tuberculeuses, présentent une résistance considérable à l'action de la tuberculine. 10 ce. de tuberculine aviaire ou humaine peuvent être injectés, en divers endroits, dans l'épaisseur du muscle pectoral d'une poule saine, sans déterminer d une façon constante la mort.

Chez un certain nombre de poules qui avaient reçu des inoculations de culture de tuberculose aviaire dans l'épaisseur de la crête, où s'était développée une induration plus ou moins étendue, l'injection de tuberculine, faite dans le péritoine ou dans les muscles pectoraux, provoqua une rougeur et une turgescence manifeste de la crête, avec une augmentation de la température locale très sensible à la main et persistant parfois pendant plusieurs jours; mais ce phénomène n'était pas constant.

Exp. I. — Le 17 févi'ier 1894 une poule neuve pesant 1020 grammes reçoit dans le muscle pectoral 10 ce. de tuberculine humaine. Température avant l'injection 42°; 4 heures après 41°; le 18 février au matin 43°; le soir 43°,S; le matin du 19 février elle est trouvée morte. Pas de lésions appréciables à l'autopsie.

Exp. il — Le 17 février 1894, une poule saine pesant 820 grammes reçoit dans le muscle pectoral une injection de 10 ce. de tuberculine aviaire. Température avant l'injection 41°; 4 heures après 38°; le lendemain 18 fé-

SLR LES POULES SAINES ET irBERCULElSES.

vrier au matin 40°; le soir 40°; le 19 février au matin 41°; le soir 41°; le 20 février au matin 40°,7 ; l'animal mange comme d'habitude, a le jabol rempli et est bien portant.

Exp. IIL — Le l'o février, on injecte à une poule neuve dans le muscle pectoral 10 ce. de tuberculine aviaire et à une autre poule 10 ce. de tuberculine humaine. Le lendemain la première poule est trouvée morte, sans lésions appréciables; la deuxième est vivante et paraît bien portante.

Esp. IV. — Le 24 janvier 1894, on inocule dans le péritoine d'une poule 2 ce. d'une émulsion du foie tuberculeux d'une autre poule, morte à la suite d'une inoculation intra-veineuse de tuberculose aviaire. Environ deux mois après, le 22 mars, on lui injecte dans le péritoine bec. de tuberculine; elle meurt au bout de 3 heures. A l'autopsie on trouve des lésions tuberculeuses extrêmement étendues du péi'itoine, du foie, de la rate et des poumons; aucun de ces organes ne présentait autour des tubercules l'hyperémie que l'on constate chez les cobayes tuberculeux morts à la suite de l'injection de fortes doses de tuberculine.

Exp. V. — Le 8 février 1894, on injecte dans le péritoine d'une poule 1 ce. de culture aviaire sur bouillon glycérine, cultivée à l'étuve à 44°. Le 22 mars, on lui injecte dans le péritoine 5 ce. de tuberculine. La température avant l'injection était de 42°. Elle meurt 2 heures après, avec une température rectale de 42°, b. A l'autopsie, on trouve tous les organes sains en apparence, mais des frottis faits avec le foie et la rate montrent que ces organes sont convertis en une véritable purée de bacilles. Cette expérience prouve que les poviles tuberculisées sont sensibles à l'action de la tuberculine, même quand il n'existe pas chez elles de lésions tuberculeuses macroscopiquement visibles.

Page 1