TUBERCULINE ET INFECTIONS MIXTES DES PHTISIQUES
tain nombre de ces animaux reçurent , à différentes reprises, sous la peau, des injections de tuberculine (dose totale 2i à 40 mil ligrammes), puis ils furent inoculés avec des produits de diverses tuberculoses ; dans aucun cas on n'observa d'immunité ; dans plusieurs cas, la tuberculine injectée préventivement sembla exercer une action prédisposante*.
A. Klein a fait^sous la direction de Weichselbaum, une série de recberchos qui aboutiraient à une conception nouvelle de l'action de la tuberculine. Ayant eu occasion de pratiquer l'autopsie de cinq phtisiques morts pendant le traitement par la tuberculine, il s'assui'a de l'existence, autour des foyers tuberculeux, de lésions inllammatoires caractérisées bactériologiquement par la présence, en très grande abondance, du streptocoque pyogène ou du pneumocoque, parfois du staphylocoque doré. C'est sur ces microbes phlogogènes surtout, et non sur les foyers tuberculeux eux-mêmes, que la tuberculine agirait en favorisant la prolifération de ces coccus et peut-être en en augmentant la virulence. Des expériences sur des lapins non tuberculeux, inoculés sous la peau de l'oreille avec des cultures de streptocoques, montrèrent que des injections de tuberculine, à la dose de 10 à 20 milligrammes, provoquaient une recrudescence très marquée du processus inflammatoire de l'oreille, alors que cette inflammation était en voie de résolution; on produisait ainsi, sous l'influence de la tuberculine, une véritable réaction locale dans le foyer inflammatoire dû au streptocoque.
Chez deux malades atteints d'érysipèle de la face en voie de résolution et où la fièvre était tombée, une injection de quelques milligrammes de tuberculine provoqua, à diverses reprises, une réapparition de la fièvre et une recrudescence dans le processus local, se traduisant par le retour de la rougeur, du gonflement et de l'exsudation érysipélateuse. Klein crut en outre constater que le streptocoque pyogène, cultivé sur des milieux (bouillon) additionnés de tuberculine , gagnait sensiblement en virulence au bout de quelques générations. Il rappelle aussi les cas assez nombreux où la réaction par la tu-
1. Arloing, Rodet et Courmont, Étude expérimentale sur les propriétés attribuées à la tuberculine de Koch (Annales de l'Université de Lyon, 1892, t. 6, I''"' fascicule). — Arloing, Leçons sur la tuberculose, p. 278-344.
PRETENDUE ACTION DE LA TLiBERCULINE
berculine est obtenue chez des sujets non tuberculeux, mais atteints de lésions inflammatoires et suppuratives diverses. En s'appuyant sur cet ensemble de faits, il propose une théorie nouvelle de l'action de la tuberculine. D'après lui, la tuberculine n'exercerait pas une action spécifique, élective et exclusive sur les foyers tuberculeux, mais elle agirait surtout sur les microbes phlogogènos (streptocoques) qui se surajoutent si souvent au processus tuberculeux et font do la phtisie une infection mixte. La tuberculine activerait la virulence et la multiplication de ces streptocoques, d'où la réaction locale et consécutivement la recrudescence fébrile, la réaction générale. Le petit nombre de phtisiques qui ne réagissent pas sous l'influence de la tuberculine seraient précisément ceux dont les foyers pulmonaires ne contiennent pas ces microbes phlogogènes. Les sujets non tubei'culeux réagissant à la suite d'injections de tuberculine porteraient au contraire des foyers apparents ou cachés de streptocoques'.
Ces vues développées par A. Klein me paraissent comporter de graves objections. L'ensemble du travail de l'auteur viennois repose sur le rôle excessif revendiqué actuellement par certains observateurs pour les microbes étrangers, en particulier les streptocoques, dans la pathogénie et dans les manifestations symptomatiques de la phtisie pulmonaire ; c'est un point sur lequel je me suis déjà expliqué plus haut. La théorie nouvelle de Klein rentre dans le môme ordre d'idées: c'est sur les streptocoques, dans les « infections mixtes », et non sur le tissu tuberculeux lui-même qu'agirait la tuberculine. Une pareille conclusion parait inacceptable, pour plusieurs raisons. Si la présence de foyers streptococciques était la condition essentielle de la réaction locale et générale provoquées par la tuberculine, comment expliquer la réaction si nette chez les cobayes tuberculeux, qui ne présentent ni cavernes pulmonaires ni « infection mixte » ; ici les lésions relèvent exclusivement du bacille de Koch qui seul est enjeu, sans mélange avec d'autres microbes ; et cependant la réaction locale et générale sont typiques chez cet animal. Ce seul argument suffirait pour démontrer le peu de fondement de l'interprétation proposée par A. Klein et pourrait
1. Klein (Arthur), Ursachen der Tuberculinwirkung , Y'wmia et Leipzig, chez Brauniiiller, 1893.