‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 7 sur 689 · DU TUBERCULE DANS LES ORGANES · texte numérisé non relu

DU TUBERCULE DANS LES ORGANES

ulcères qui deviennent la cause de la diarrhée colliquative qui accompagne souvent la phtisie pulmonaire.

« Il n'est peut-être aucun organe qui soit exempt du développement des tubercules. J'indiquerai ici ceux dans lesquels j'en ai trouvé, et à peu près dans l'ordre de la fréquence des tubercules dans chacun d'eux : les glandes bronchiques et médiastines, les glandes cervicales, les glandes mésentériques, celles de toutes les autres parties du corps ; le foie, dans lequel les tubercules forment souvent des masses très volumineuses et aiTivent rarement au ramollissement; la prostate, dans laquelle, au contraire, les tubercules se ramollissent souvent et laissent des excavations plus ou moins vastes ; la surface du péritoine et des plèvres, où les tubercules petits et très nombreux se rencontrent ordinairement dans l'état gris et demi-transparent, ou de crudité... ; l'épididyme, le conduit déférent, les testicules, la rate, le cœur, la matrice, le cerveau, l'épaisseur des os du crâne, le corps des ve rtèbres ou l'intervalle de leurs appareils ligamenteux et de ces os eux-mêmes; l'épaisseur des cotes; tous les autres os... Les tubercules se développent plus rarement dans les muscles du mouvement volontaire que dans aucune autre partie... Quelquefois, mais très rarement, la production des tubercules commence dans les organes que nous venons de nommer, et surtout dans les membranes muqueuses intestinales ou les glandes lymphatiques, et le développement des tubercules dans les poumons est le produit d'une éruption secondaire. » On voit par ce passage que Laënnec, guidé uniquement par le mode de répartition des lésions et leur degré plus ou moins avancé dans le voisinage ou à distance du foyer primitif, avait déjà comme une vague prescience de la nature infectieuse de la maladie dont il admet des « éruptions » successives, comme on les observe dans les fièvres ou dans la syphilis.

Laënnec est bien près d'identifier la scrofule et la tuberculose. (( Les tubercules du poumon, dit-il, ne diffèrent en rien de ceux qui, placés dans les glandes, prennent le nom de scrofules et dont le ramollissement est, comme on le sait, suivi très souvent d'une guérison parfaite. » C'est même dans la curabilité de ces écrouelles que Laënnec voit un argument en faveur de la curabilité des tubercules pulmonaires.

Tout le monde connaît la dispute célèbre qui s'éleva entre

TUBEHCLILE ET INFLAMMATION.

Laënnec et Broussais au sujet de la nature des produits tuberculeux.

D'accord eu cela avec Bayle, Laënnec ne considère pas le tubercule comme un produit inllammatoire. C'est un « produit accidentel » comme le cancer, c'est-à-dire l'équivalent de ce qu'aujourd'hui nous appellerions un néoplasme.

Broussais se refuse énergiquement à voir dans le tubercule un produit spécial et, fidèle à sa doctrine, il te fait dériver de l'irritation et de l'inilammation : « Les organes irrités à un degré, pendant un temps plus ou moins long, finissent par devenir tuberculeux, quand ils y sont prédisposés. » Broussais admet, d'une façon générale, deux sortes de phlegmasies : la phlogose rouge ou inflammation des capillaires sanguins, et la phlogose blanche ou inilammation lymphatique ; la première aboutissant à laformation du pus, la seconde à celle « d'une matière blanche, concrète, inodore, offrant exactement la consistance et l'aspect du fromage... c'est cette matière blanche qu'on est convenu d'appeler tuberculeuse ». La phtisie pulmonaire, quoiqu'elle s'accompagne ordinairement de l'inflammation des vaisseaux rouges, consiste essentiellement dans « une inflammation lymphatique du poumon » provoquée et entretenue par une inflammation chronique des voies respiratoires, catarrhe, pneumonie ou pleurésie.

A partir de ce moment, sous des formes diverses, la discussion sur les rapports de l'inflammation avec la tuberculose demeura ouverte et devint un thème favori pour les controverses des médecins et des anatomo-pathologistes.

Les principaux arguments de Laënnec sont consignés dans un chapitre de son Traité de r auscultation, intitulé : « Les tubercules sont-ils un produit de l'inflammation ? » Laënnec montre qu'il est rare de voir les symptômes de la phtisie se développer à la suite d'une pneumonie aiguë ; qu'à l'autopsie des sujets ayant succombé à une pneumonie, on ne trouve que très exceptionnellement des tubercules et que beaucoup de phtisiques meurent sans jamais avoir été atteints de pneumonie dans tout le cours de leur vie. Il fait la môme preuve pour la pleurésie et montre que lorsque cette phlegmasie semble être le point de départ de la phtisie, elle n'est au contraire le plus souvent que la première manifestation appréciable d'une tuberculose pulmonaire demeurée latente jusque-là. De même, il est impossible d'ad-

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