‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 8 sur 689 · I.UTTË CONTRE BROUSSAIS · texte numérisé non relu

I.UTTË CONTRE BROUSSAIS

mettre que les tubercules soient une terminaison du catarrhe pulmonaire, malgré l'opinion populaire qui fait dériver la phtisie d'un catarrhe négligé ou mal traité. « 11 est certain que chez la plupart des phtisiques, les premiers symptômes de la maladie sont ceux d'un catarrhe pulmonaire ; mais il est également certain qu'on trouve des tubercules très volumineux ou très nombreux chez des hommes qui n'ont pas éprouvé de catarrhe depuis plusieurs années et même qui ne se rappellent pas en avoir jamais éprouvé... D'un autre côté, des milliers d'hommes s'enrhument plusieui's fois par an et, dans ce nombre, très peu deviennent phtisiques. Beaucoup d'autres ont pendant une longue suite d'années un catarrhe muqueux ou pituiteux et accompagné d'une expectoration abondante; et cependant ces sujets parviennent fréquemment à une vieillesse avancée sans devenir phtisiques... Tout ce que nous venons de dire prouve qu'on ne peut regarder les tubercules comme un produit de l'inilammation de quelqu'une des parties constituantes du poumon. D'un autre côté, une multitude de faits prouvent que le développement des tubercules est le résultat d'une disposition générale, qu'il se fait sans inflammation préalable et que, lorsque cette dernière coïncide avec l'alTection tuberculeuse, elle lui est le plus souvent postérieure en date... Une autre preuve non moins forte naît de l'existence des éruptions secondaires, et surtout de ces éruptions abondantes qui se forment dans un grand nombre d'organes à la fois sans qu'aucun signe d'inilammation s'y manifeste. Il est impossible de ne pas voir là une disposition générale, une aberration de la nutrition inconnue dans sa source. » Sans doute en se réfugiant dans rhypothcse d'une « disposition générale » de l'économie, d'une « aberration de la nutrition », Laënnec aboutit à un aveu non déguisé d'ignorance de la cause réelle de la tuberculose ; mais cela ne valait-il pas mieux que le système de la table rase de Broussais et la formule par trop simplifiée et univoque à l'aide de laquelle le novateur prétendait résoudre les problèmes les plus difficiles de la médecine?

Ce sont cependant, il faut le reconnaître, ces solutions simples qui exercent le plus de séduction sur les esprits. Sans doute l'influence des grands travaux de Laënnec sur ses contemporains et ses successeurs fut profonde et décisive : partout ses procédés si pénétrants d'investigation séméiologiqiie et ses

lâ LOUIS. — AxNDHAL. — CRUVEILHIEO.

descriptions anatomo-pathologiqiies servirent de modèle. Mais en ce qui concerne l'interprétation des processus, et en particulier du processus tuberculeux, ce fut la manière de voir de Broussais qui, avec plus ou moins de restrictions et de modifications, rallia le plus de suffrages. Il faut cependant faire une exception en faveur du plus grand des phtisiologues de cette époque après Laënnec, en faveur de Louis.

En 182.5, Louis fit paraître son livre intitulé : Recherclies ûnatomo-pathologiques sur la phtisie dont la deuxième édition, plus documentée encore, parue en 1843, ne modifia en rien les données fondamentales. Ces recherches sont basées sur 167 observations suivies d'autopsies. Avec le soin scrupuleux qui le caractérise, Louis passe en revue les lésions tuberculeuses que l'on peut rencontrer chez les phtisiques dans les divers organes. Sur 358 sujets ouverts par lui, <( aucun n'a présenté de tubercules dans un organe quelconque, qu'il n'en eût aussi dans les poumons «. Cette proposition, érigée depuis en loi, comporte de nombreuses exceptions qui n'infirment pas toutefois la grande prépondérance de la localisation pulmonaire de la maladie. Louis insiste sur la fréquence des lésions tuberculeuses de l'intestin, qui existent chez les cinq sixièmes des phtisiques et qui, comme dans la fièvre typhoïde, ont pour siège ordinaire les plaques de Peyer. La tuberculose des ganglions mésentériques, celle des ganglions bronchiques et cervicaux, les tubercules de la rate sont soigneusement étudiés. Enfin, appliquant la méthode numérique à l'examen des principaux symptômes de la phtisie, Louis fixe de main de maître leur fréquence, l'époque de leur apparition et leurs rapports avec les lésions trouvées à l'autopsie.

Pour ce qui est de la nature des tubercules, Louis se range entièrement de l'avis de Laënnec; c'est une production spéciale où l'irritation et l'inflammation, dans le sens de Broussais, ne jouent aucun rôle ou du moins ne peuvent revendiquer qu'un rôle accessoire.

Andral, au contraire, incline vers les idées de Broussais; tout en développant les méthodes et les recherches de Laënnec, il s'écarte du maître dans sa conception du tubercule ; à l'exemple de Broussais, il fait jouer un grand rôle aux bronchites, aux congestions et même aux hémorrhagies pulmonaires ; le tuber-

Page 1