NATURE PARASITAIRE DES VIRUS
maladies virulentes, telle est la formule qui résume l'ensemble des travaux de Villemin. Il expose, sur la nature de la tuberculose et des maladies virulentes en général, des considérations qu'on ne saurait assez admirer si l'on rélléchit qu'elles ont été écrites il y a plus d'un quart de siècle... « Les virus, dit-il, se comportent comme les parasites ; ils se multiplient eux-mêmes et par eux-mêmes; nous ne leur fournissons que les moyens de vivre et de se reproduire ; jamais nous ne les créons. » Il rappelle l'analogie qui, de tout temps, a été signalée entre les maladies infectieuses et virulentes et les fermentations; de ce rapprochement est né le nom de maladies zymoliques^ donné aux alTections virulentes. Les grands travaux de Pasteur venaient d'établir que les différentes fermentations sont des phénomènes d'ordre biologique, liés à la vie d'organismes inférieurs, de véritables parasites microscopiques. Les récentes recherches de Davaine avaient fait rentrer le charbon dans la classe des maladies parasitaires, comme l'étaient déjà la gale, la trichinose, les affections vermineuses, la teigne, etc.
« 11 faut établir, dit très justement Villemin, une distinction fondamentale entre le virus et la substance qui le recèle et qui est, elle, un produit de l'organisme né des sollicitations du virus lui-même. Le virus varioleux est contenu dans le pus de la pustule, mais ce pus n'est pas le virus, l'un est l'effet de l'autre. Le pus est une production de l'organisme qui s'engendre par l'opération toute- physiologique de la prolifération cellulaire, sous l'influence des irritations les plus variées. Le. virus est wie chose étrangère à C économie, au contraire, et qui, dans la variole, est l'agent provocateur de la formation pustuleuse, comme pourrait l'être, par exemple, le tartre stibié. Il en est de même de l'induration chancreuse, de la granulation tuberculeuse, etc. Il ne faut pas plus confondre les lésions anatomiques des maladies virulentes avec les virus qui les provoquent que les ulcérations parasitaires avec les parasites dont elles dérivent. » Villemin ne doute pas du reste que l'investigation microscopique, en se perfectionnant, ne nous permette un jour de reconnaître, de visu, les différents parasites virulents.
L'opinion universellement dominante, au moment de la découverte de Villemin, était que les affections virulentes peuvent reconnaître deux modes de génération : 1° la contagion; 2" la
jlNANlTÉ DE LA DOCTRINE DES DIATHÈSES
spontanéité. Rien n'a été pins fnncste aux progrès de la science qne cette doctrine de la spontanéité des maladies zymotiques. Toutes les fois que l'on voyait une maladie virulente survenir sans que l'on pût en suivre la transmission, on admettait que l'affection était née spontanément. On supposait que l'économie, sous l'influence de certaines sollicitations, est susceptible de créer, engendrer le virus. Au lieu de déclarer simplement que, dans certains cas, le fait et le mode de la transmission nous échappent, on préférait se réfugier dans l'hypothèse commode de la création spontanée de la maladie virulente par l'organisme'. C'était admettre implicitement que l'organisme est susceptible de créer de toutes pièces le parasite virulent. Villemin rappelle à cet égard l'époque, relativement encore peu éloignée, oii certains médecins croyaient à la génération spontanée delà phthiriase, des helminthes, de la gale, de la teigne, croyance basée uniquement sur des faits où la contagion n'était pas évidente. Le temps viendra, pense-t-il, ou l'on renoncera également à la spontanéité des maladies zymotiques. L'économie est incapable de créer de toutes pièces un virus. « Si un virus se multiplie dans l'économie, ce n'est pas par une action procréatrice des tissus vivants ; le virus naît de lui-même. L'économie n'est pour lui qu'un milieu; elle lui est, toutes différences réservées, ce que les substances fermentescibles sont aux ferments, ce que nos tissus sont aux parasites de toutes sortes. Le produit morbide, qui se forme par l'introduction d'un virus dans l'économie, n'est pas le virus : c'en est un effet. Tout virus qu'on retrouve dans un organisme a fatalement dû y être introduit à un moment donné. Si l'organisme ne joue qu'un rôle accessoire dans la multiplication des contages, à
1. Tout «aussi clairement que Villemin, Chauflard, ce partisan convaincu de la spontanéité, a formulé l'incompatibilité qui existe, au point de vue de la doctrine parasitaire, entre la spécificité et la spontanéité. « La conception parasitaire de la maladie spécifique, dit-il, est devenue populaire; elle exclut formellement l'idée d'une maladie spécifique spontanée. Il n'est pas possible de concevoir qu'une espèce végétale naisse autrement que d'un germe; de même, il n'est pas admissiljle que la maladie spécifique, qui lève de germes, surgisse parfois spontanément, comme si le germe n'était pas son origine vi''ritablo et nécessaire. L'exception ici ne serait pas la confirmation de la règle; elle en serait le renversement. La plante se sème toujours, elle ne croit jamais spontanément par exception; la maladie réellement spécifique ne saurait indift'éremment se récolter après ou sans ensemencement préalable; c'est tout un ou tout autre, mais non tantôt l'un et tantôt l'autre. » (P.-K. Chauffard, De la spontanéité et de la spécificité dans les maladies, Paris, 1867, p. 5.)