LES AUTRES NÉGATIVES
entre la lésion locale et les lésions nodulaires généralisées, Sanderson signale l'inflammation et la transformation caséense des ganglions correspondant à la lésion locale. 11 en conclut qu'il n'existe pas de « virus tuberculeux » et que le processus miliaire généralisé procède, comme le pensait Buhl, de la résorption de produits pathologiques en voie de caséification
Wilson Fox arriva, indépendamment des recherches de Sanderson, aux mêmes résultats que lui. Il put par l'inoculation de diverses substances autres que des matières tuberculeuses provoquer chez le cobaye et le lapin une afl'ection qu'il déclare identique à la tuberculose de l'homme. Comme matière d'inoculation il employa du tubercule gris, des fragments d'hépatisation rouge et jaune du poumon, des fragments de foie gras, des fils imprégnés de pus varioleux, un morceau de muscle putréfié et un simple séton. Des tubercules généralisés se produisaient quand l'inflammation locale n'était pas trop intense ni trop aiguë et que localement se développait une lésion caséense. La conclusion naturelle à laquelle arrive Fox est que la tuberculose n'est pas un processus spécifique ^
Feltz (de Strasbourg) fit quelques inoculations de tubercule sous la peau et dans la veine jugulaire de lapins. D'après lui, les lésions nodulaires provoquées ainsi dans les organes ne seraient pas des tubercules dans le sens précis du mot, mais des infarctus ou des abcès dus à des embolies capillaires ^ Plus tard, un élève de Feltz, Metzquer, d'abord dans plusieurs lectures à l'Académie de médecine, puis dans un long mémoire paru en 1874, continua à combattre avec véhémence l'idée de spécificité et de virulence de la tuberculose. Les granulations tuberculeuses expérimentales ne seraient ou que des infarctus résultant d'embolies capillaires, ou des pneumonies alvéolaires*.
Waldenburg, dans sa grande monographie sur la tuberculose, relate les résultats d'un grand nombre d'expériences personnelles. Il dit avoir provoqué la tuberculose miliaire chez
1. Sanderson, The patholor/. Soc. Séance du 7 avril 1868 {British med. Journal, 1868, n» 381).
2. Wilson Fox, A lectuvc on tho artiftcial j)roduction of tubcrcle {British med. Journal, 23 et 30 mai et 6 juin 1868).
3. Feltz, Résultats d'expériences sur l'inoculation de matières tuberculeuses [Gaz. mrd.de S trasboitrr/, i861, p. 244).
4. iiÎETZQVER, Étude clinique de la phtisie galopante ; preuve expérimentale de la lion. spécificité des phtisies. Paris, 1874.
WALDENBURG.
différents animaux à la suite de l'inoculation, non seulement de la matière tuberculeuse grise ou jaune fraîchement prise sur le cadavre humain, mais avec ces mêmes matières provenant de pièces durcies dans l'alcool. Les mômes elfets auraient été obtenus par l'inoculation de produits nullement tuberculeux ou caséeux, de crachats muqueux d'un sujet sain, de sang normal, de poudre de charbon, de particules de bleu d'aniline, etc. Il en conclut qu'il faut renoncer à admettre, avec Villemin, que la tuberculose soit une maladie spécilique, comme la syphilis ou la variole. La tuberculose peut être engendrée par l'inoculation des substances les plus hétérogènes. C'est proprement « une maladie de résorption » due à la pénétration dans le sang d'éléments corpusculaires très ténus qui sont ensuite déposés dans les divers organes et y provoquent l'issue des globules blancs, ce qui est la lésion initiale du tubercule. La tuberculose serait donc une maladie du sang, se rapprochant, à certains égards, de la pyémie.La tuberculose chez l'homme ne résulterait presque jamais de l'inoculation ou de la pénétration, par une voie quelconque, de particules venant du dehors. Elle proviendrait presque toujours de la résorption d'éléments corpusculaires très ténus existant dans le corps ou formés par lui. Elle serait donc « une sorte d'auto-infection » dans le sens de Buhl et de Dittrich, et n'ayant aucun caractère de spécificité '.
Cohnheim et B. Frankel hrent à l'Institut pathologique de Berlin une série d'expériences, en apparence plus décisives encore contre la spécificité de la tuberculose ^ Ces expériences ont surtout porté sur des cobayes auxquels ils introduisirent dans le péritoine, par une incision ensuite fermée à l'aide d'une suture, du tubercule miliaire et des produits caséeux provenant de cadavres de phtisiques. Ils provoquèrent ainsi chez ces animaux une éruption généralisée de granulations identiques, tant pour l'aspect macroscopique que pour les caractères histologiques, aux granulations tuberculeuses de l'homme. Mais ils obtinrent les mêmes résultats en introduisant dans la cavité péritonéale de leurs animaux des fragments de tissus prélevés sur des
1. Waldenburg, Die Tuberculose, die Lunfjenschwindsucht und Scrofulose. Berlin, 1869, pp. 248-425.
2. Cohnheim et B. Fr.enkel, Expcriincnlello Unlorsuchungcn ùbcr die Uebertragbarkeit dcr Tuberculose aul' Thiere [Virchow's Arch., 1869, Bd. 46, p. 216).
COHNHEIM ET B. FRJrNKEL. — KLEBS.
cadavres non tuberculeux, des particules de cancer, de condylomes, de sarcomes, enfin des corps étrangers quelconques, des boulettes de papier Joseph, de la charpie propre, des morceaux de gutta-percha, du caoutchouc, du cinabre. Mêmes résultats encore en injectant dans la jugulaire de cobayes du pus phlegmoneux, du sang normal déiîbriné, ou même en faisant sim plement, sur un de ces animaux, l'opération de la mise à nu de la veine jugulaire, sans inoculer le moindre corps étranger. Constamment, au point d'inoculation, Cohnheim et B. Frsnkel trouvaient un foyer encapsulé de pus épais, formé de leucocytes privés de motilité et morts. Ce serait ce pus mort et inspissé qui, par sa résorption et son passage dans la circulation générale, provoquerait l'éruption de la tuberculose. De semblables expériences émanant d'une autorité aussi considérable que Cohnheim, semblaient devoir porter un coup mortel à la doctrine de la spécificité de la tuberculose.
Klebs cependant intervint très vigoureusement en faveur des idées émises par Villemiii. Il se refusa à admettre la nature prétendue tuberculeuse des lésions provoquées par Lebert et Wyss et par Waldenburg à la suite d'injections de substances non tuberculeuses. Ses propres expériences lui avaient montré d'une part que l'inoculation de produits tuberculeux provoque régulièrement la tul)erculose, d'autre part que des produits non tuberculeux, des substances pulvérulentes par exemple, introduits dans le corps peuvent bien donner naissance à des altérations qui se rapprochent macroscopiquement du tubercule, mais qui en diffèrent par les caractères microscopiques et par l'évolution. Il appelle en outre l'attention sur ce fait que l'inoculation des matières tuberculeuses ne provoque, au point d'insertion, des accidents inflammatoires que quand la matière inoculée est en voie de putréfaction ou quand la plaie est contaminée par des substances irritantes. De tous ces faits, il conclut que la tuberculose est une maladie spécifique et virulente'.
Sur ces entrefaites, Chauveau avait apporté un nouvel et précieux argument en faveur de la virulence de la tuberculose :
i. Klebs, Uebcr die Entstelmng dcr Tuberculose und ihre Verbreitung ira Korper [Virchow's Arch., 1868, Bd 44, p. 278). - Zur Gcschichte der Tuberculose {Ibid., 1870, Bd 49, p. 360). .