‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 82 sur 689 · CHAUVEAU : TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

CHAUVEAU : TUBERCULOSE

c'est la possibilité de provoquer cette maladie par ingestion. Le tube digestif sert fréquemment de porte d'entrée aux agents virulents. De temps immémorial on savait que le charbon peut se contracter par la voie intestinale et les expérimentateurs modernes (Renault, Davaine, Pasteur, Koch) ont mis le fait hors de conteste. Renault a montré également que la morve peut être transmise au cheval par ingestion de produits morveux. Roche-Lubin et Belliol ont réussi à claveliser les moutons en leur faisant avaler des croûtes de pustules claveleuses. Enfin Ghauveau lui-même avait montré que l'on peut provoquer chez le cheval une éruption vaccinale par ingestion de vaccin'.

Chauveau, guidé par ces données, fut conduit à rechercher si cette aptitude absorbante du tube digestif pouvait être utilisée dans cette question si controversée de la virulence de la tuberculose. Ce mode d'infection, en effet, échappe aux objections que peut soulever l'inoculation sous-cutanée ou intra-veineuse, puisqu'il ne nécessite ni effraction cutanée, ni traumatisme d'aucune sorte.

Les recherches de Chauveau sont importantes encore par ce qu'elles portèrent sur de grands animaux, des veaux d'abord, et plus tard sur des solipèdes, cheval et àne. Villemin, nous l'avons vu, n'avait guère pu expérimenter que sur des lapins et des cobayes, et volontiers on s'était servi, pour combattre sa doctrine, de cet argument devenu banal, à force d'avoir été répété, que les résultats obtenus sur ces animaux n'avaient aucune valeur, le moindre traumatisme pouvant, chez eux, provoquer le développement de la tuberculose. Chauveau choisit pour sujet de ses expériences des animaux de l'espèce bovine, dont l'organisme constitue un milieu très favorable au contage tuberculeux, « car ils sont, suivant lui, les seuls qvii partagent avec l'espèce humaine le triste privilège d'entretenir la tuberculose à la surface du globe ». Il fit acheter, dans les environs d'Aix-les-Bains, quatre

1. Dans des expériences encore inédites que j'ai faites on collaboration avec Chambon et Saint- Yves Ménard, nous avons pu nous assurer de la possibilité de la transmission de la vaccine, par la voie digestive, chez la génisse. On lit avaler à un jeune veau du lait alditionné de deux centimètres cubes de lym|)Iic vaccinale prélevée sur une génisse en pleine éruption. L'animal ne présenta aucun symptôme apparent ni aucune éruption sur la peau ni sur les muqueuses. Mais, soumis, huit jours après l'ingestion du vaccin, à une inoculation de cowpox (environ 50 scarifications sur la peau du ventre), il ne présenta aucune pustule vaccinale. // avait acquis l'immunité à la suite de l'ingestion de la lymphe vaccinale.

EXPÉRIMENTALE PAR INGESTION. lio

génisses âgées de 6 à 12 mois, bètes originaires de la montagne où la phtisie est, pour ainsi dire, inconnue (on sait, en outre, que la tuberculose est très rare chez les veaux). Les trois plus belles de ces génisses furent destinées à être infectées, la quatrième servit de témoin. On lit avaler à cliacime des trois premières 30 grammes environ de substance tuberculeuse provenant des poumons d'une vieille vache phtisique ; la matière avait été broyée dans un mortier, délayée dans de l'eau et l'on fit boire ce breuvage aux animaux par petites gorgées à l'aide d'une bouteille introduite dans l'arrière-bouche. Au bout de vingt jcuirs déjà, il ne pouvait plus subsister de doute sur le succès de ces expériences; les trois génisses maigrirent profondément, s'affaiblirent, eurent le poil hérissé, terne, et présentèrent de la toux. Cinquante-trois jours après l'ingestion, les trois génisses étaient tout à fait cachectiques, tandis que la génisse témoin était superbe. A ce moment, deux des trois génisses infectées furent sacrifiées et à l'autopsie on constata « les plus belles lésions de tuberculose généralisée, avec prédominance extrêmement marquée du côté du mésentère et de l'intestin ». Les ganglions mésentériques étaient caséeux ; plusieurs avaient acquis le volume du poing; c'était un magnifique exemple de carreau ou de phtisie mésentérique. L'intestin, surtout au niveau de l'iléon, présentait de nombreuses ulcérations tuberculeuses ; ni l'estomac, ni le foie, ni la rate, ni les reins ne paraissaient malades. Les poumons et les ganglions bronchiques et médiastinaux contenaient des tubercules, mais moins abondants que dans les organes de la cavité abdominale.

« En présence de ces faits, conclut Ghauveau, est-il possible de concevoir des doutes sur la virulence de la tuberculose? Je ne le crois pas. Il me parait prouvé maintenant que l'identité de la tuberculose et des maladies reconnues virulentes est si complète et si absolue qu'il faut, ou bien reconnaître à la tuberculose le caractère de la virulence, ou bien nier la virulence elle-même. La conséquence que M. Villemin a tirée de ses faits d'inoculation a donc bien la valeur qu'il lui a attribuée'. »

Les recherches de Ghauveau, en établissant la possibilité d(^

1. Ghauveau, Démonstration de la virulence de la tuberculose par les effets dé l'ingestion de la matière tuberculeuse dans les voies digestives [Gazette hebd., 1868, p, 753).

GERLACH, FRIEDLÂNDER, ADVERSAIRES

l'infection tubercnleuse par la voie digestive, ont ouvei^t une voie nouvelle; elles faisaient pressentir que chez l'homme, aussi bien que chez le bœuf, une semblable transmission est possible par l'usage de viande ou de lait provenant d'animaux phtisiques. Nous aurons amplement à revenir sur ce point quand nous traiterons de la tuberculose par ingestion, et que nous signalerons les nombreuses recherches et les discussions auxquelles a donné lieu l'étude de cette question si importante au point de vue de l'hygiène et de la santé publique.

Gerlach tit connaître des expériences confirmatives, à certains égards, de celles de Villemin ; il s'assura que l'on provoque chez le lapin des lésions tuberculeuses par l'inoculation soit du tubercule de l'homme, soit de celui du singe, soit de la pommelière. Mais, pour lui, ces expériences ne démontrent ni la virulence ni la spécificité de la tuberculose. Gerlach dit avoir obtenu les mêmes résultats, chez le lapin, à la suite de suppurations traumatiques, ou de l'inoculation de matières organiques non tuberculeuses qui provoquent chez cet animal des foyers caséeux au point d'inoculation et dans les ganglions lymphatiques correspondants. C'est par l'intermédiaire de ces lésions caséeuses que s'effectuerait, par une véritable auto-infection, la généralisation des tubercules. Tout ce qui est susceptible d'engendrer de la matière caséeuse peut aussi engendrer la tuberculose. Le lapin et le cobaye sont donc des animaux très mal choisis pour établir le fait de la contagiosité et de la spécificité du tubercule, puisque chez eux tout traumatisme ou toute irritation inflammatoire prolongée sont suivis de caséifîcation des ganglions. Le traumatisme ne provoque pas cette lésion chez le cheval, le bœuf, le mouton, la chèvre et le chien, et c'est pour cela que la tuberculose ne peut-être suscitée chez ces animaux par des suppurations chroniques, par des corps étrangers quelconques, etc. Même l'inoculation de la matière tuberculeuse ne réussit chez eux que d'une façon incertaine, à cause de la difficulté que l'on rencontre à produire un processus caséeux au point d'inoculation'. En somme, la matière tuberculeuse, pour Gerlach,

I. Gerlach, Uebcr die Iinpfbarkcit dor Tuberculose und der Pcrlsucht bci Thicren, etc. [Jahreslj. dei\K. Thierarzneischule zu llannover, 1869, p. 127 ; analysé in Virchow's Archiv, 1879, Bd 51, p. 290). ,

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