‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 96 sur 689 · DANS LES PARTICULES SOLIDES · texte numérisé non relu

DANS LES PARTICULES SOLIDES

position. Au bout de quelques jours de repos complet, les corpuscules solides demeurent au fond de la couche inférieure, tandis que les substances albumineuses et salines ont passé par dill'usion dans la couche aqueuse supérieure. L'inoculation de cette couche supérieure, contenant les principes solubles de la matière virulente, demeure sans effet, tandis que l'inoculation de la couche inférieure, renfermant les particules solides, est efficace. Nouvelle preuve que « les substances solubles des humeurs virulentes ne possèdent pas la faculté virulente, qui appartient exclusivement aux particules solides ou figurées tenues en suspension dans ces humeurs ».

Ces particules solides, d'après Chauveau, sont composées de leucocytes et de « granulations élémentaires ». A l'aide de la décantation, on peut arriver à séparer les leucocytes et l'on peut s'assurer que le liquide virulent, le vaccin par exemple, privé de leucocytes, est tout aussi virulent que celui qui en est chargé. Les leucocytes ne constituent donc pas les éléments nécessaires de la virulence ; celle-ci réside, en dernière analyse, dans les plus petites particules solides, dans les «granulations élémentaires ».

On doit donc à Chauveau d'avoir établi, d'une façon satisfaisante, que la virulence réside non dans les parties liquides et solubles des humeurs virulentes, mais dans les particules solides qu'elles renferment : notion capitale, nous fixant désormais sur l'état physique de ces virus. Chauveau a été moins heureux quand il s'est agi de se prononcer sur la nature de ces éléments figurés, de ces « granulations virulentes », comme il les appelait. Il se refusa à admettre, par analogie avec ce qui venait d'être établi par Davaine pour le charbon, par Pasteur pour la pébrine et la flacherie des vers à soie, que « ces éléments virulifères fussent des proto-organismes ». Pour lui, (( les vraies maladies virulentes, contrairement aux maladies septiques ou septicoïdes, n'ont pas le parasitisme pour cause et pour moyen de transmission... Les granulations virulentes font partie du protoplasma cellulaire dans lequel elles naissent et se développent; ce sont de simples éléments anatomiqiies' ». Tant était profond, à ce moment, le discrédit que les assertions aventurées de Hallier avaient jeté sur la doctrine micro-parasi-

1. Chauveau, Physiologie des maladies virulentes {Revue scientifique, 1871, t. 2, nos 16, et 1872, t. 2, n-s 2, 3, 4, 5 et 10).

KLEBS : MONAS TUBERCULOSUM.

taire des maladies infectieuses ; et tant, d'autre part , étaient puissantes encoi'e les idées de pathologie cellulaire, d'après lesquelles l'activité des cellules de réconomio constituait le frimum movens de tout processus pathologique, sans en excepter la genèse même et la propagation des virus !

Cependant la doctrine de Pasteur, de Davaine et de Villemin, regardant le contage comme quelque chose de vivant, d'animé, provenant du dehors et'envahissant l'économie, cette doctrine prenait une place de plus en plus grande dans les préoccupations des chercheurs. La tuberculose commençait à être étudiée à ce point de vue, avec des résultats plus que douteux, il est vrai, en rapport avec les moyens techniques rudimentaires dont on disposait à cette époque.

L'aspect finement et régulièrement granuleux du protoplasma de la cellule géante du tubercule permettait, à un examen superficiel, la confusion avec des colonies de micro-organismes; quelques observateurs, en effet, considérèrent ces grains uniformes du corps de la cellule géante comme étant des amas de microcoque.s. Mais en faisant agir une solution de potasse, surtout à chaud, on voit ces granulations se dissoudre et disparaître, ce qui montre leur nature protéique et les distingue aussitôt des micro-organismes (Friedlànder).

En 1877, Klebs appliqua à l'étude des produits tuberculeux sa méthode des « cultures fractionnées ». Il introduisait dans des ballons stérilisés du blanc d'œuf recueilli avec pureté et y semait des fragments d'organes tuberculeux. Au bout de deux ou trois jours, ce liquide se troublait et on y reconnaissait, à l'examen microscopique, un grand nombre de petits points mobiles, mêlés parfois à de courtes bactéries. Ces mêmes organismes se retrouvaient dans les cultures successives pratiquées dans le même milieu. L'injection d'un peu de ces cultures dans le péritoine provoquait chez les animaux, au dire de Klebs, l'éruption de tubercules identiques à ceux qui résultaient de l'inoculation des produits tuberculeux eux-mêmes. Dans ces tubercules il retrouvait le micro-organisme développé dans les cultures. Il en concluait que cet organisme, qu'il désigna du nom de monas tuberculosum, était la cause animée de la tuberculose'.

1. Klebs, Ueber Tuberkulose [Prager med. Woclienschr., 1867, n" 42 et 43).

SCHUELLER. — TOUSSAINT.

Ces recherches furent répétées par Schûller, qui obtint dans les milieux ensemencés avec des produits tubercvileux et scrofuleux un microbe qu'il considéra comme étant identique au monas tuhercidosiim de Klebs. L'inoculation de ces liquides de culture, par une plaie trachéale, provoquait chez les animaux une tuberculose pulmonaire et une tuberculose articulaire dans les articulations préalablement soumises à des contusions'.

Ces données de Klebs furent aussi confirmées par Reinstadler qui dit avoir provoqué la tuberculose généralisée chez le lapin par l'inoculation de liquides de culture de troisième génération, d'après le procédé de Klebs ^

En 1881, Toussaint communiqua à l'Académie des sciences le résultat de ses recherches sur le parasite de la tuberculose. Du sang fut recueilli avec pureté sur une vache tuberculeuse et le sérum obtenu après coagulation fut ensemencé dans du bouillon de viande de chat, de porc et de lapin ; du sérum pur fut aussi transvasé dans un ballon et le tout placé à l'étuve. Au bout de quelques jours, les ballons ensemencés s'étaient troublés et présentaient des granulations simples, géminées ou réunies en petits amas. Une culture de deuxième génération fut inoculée à quatre chats ; deux moururent prématurément, sans lésions appréciables ; les deux autres furent sacrifiés au bout de 47 jours et présentèrent des tubercules dans les ganglions et dans les poumons. Toussaint fit encore une nouvelle tentative; sur une jeune truie infectée par injection de matières tuberculeuses, il recueillit du sang et de la pulpe des ganglions pharyngés, pulmonaires et intestinaux. Il ensemença avec ces produits sept flacons contenant du bouillon de lapin légèrement alcalin. Dès le lendemain, les bouillons étaient troubles et contenaient tous un seul et même microbe, identique à celui obtenu dans l'expérience précédente. « Les cultures, poussées jusqu'à la dixième, ont conservé toute leur pureté. L'activité de la multiplication dure de 10 à lo jours, puis, après ce temps, le liquide épuisé s'éclaircit, les microbes tombent au fond du vase et for-

1. ScHUEi.LER, Experimenl. utid hislolog. Unlersuchiinf/en uber Entslekung der scroful. und tuberk. Gelenkleiden. Stuttgart, 1880.

2. Reinstadler, Ueber Impftuberkulose {A7-ch. f. experim. Palhol. 1879, Bd 12, p. 1U8).

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