ANATOMIE PATHOLOGIQUE
1° Examen mACRoscoPIQuE. — La prostate tuberculeuse est tout d'abord hypertrophiée. Cette augmentation de volume porte, en général, sur un seul lobe; parfois, mais rarement, sur la glande tout entière.
Tous les diamètres de la glande sont augmentés. A l’état normal, ces différents diamètres, comptés dans le sens de la longueur, de la largeur et de l'épaisseur, sont respectivement égaux à 28, 40 et 25 millimètres: à l’état pathologique, ils sont augmentés chacun de 1 à 2 centimètres et deviennent alors égaux à 98 ou 48, 50 ou 60, 35 ou 45 millimètres.
La surface extérieure de la glande n’est plus lisse et unie, elle est mamelonnée, présente des saillies dures plus ou moins marquées, irrégulières, qui répondent aux nodules tuberculeux et dont le développement est en rapport avec celui de ces nodules. Le sillon interlobaire de la face postérieure, envahi lui aussi par ces saillies, disparait.
Parfois il existe de l’inflammation péri-glandulaire et l'on sent alors par le toucher rectal toute une région empâtée, dans laquelle il est absolument impossible de distinguer les vésicules séminales. Quand cette inflammation n'aboutit pas à la suppuration, il se forme à ce niveau une épaisse couche de tissu fibreux qui adhère profondément à la face ankérieure du rectum, qu’elle rend alors solidaire de la prostate.
A la coupe, on peut avoir différents aspects, suivant la forme de tuberculose à laquelle on a affaire. À ce point de vue, on peut avec Albarran distinguer quatre formes :
Infiltration nedulaire.
Cavernes.
Dégénérescence massive.
Prostatite et péri-proslalite.
Infiltration nodulaire. — Dans l'infiltration nodulaire, on trouve un grand nombre de granulations tuberculeuses parsemant la glande et plus ou moins groupées en un de ses points, soit à sa partie antérieure autour de l'urètre, soit à sa partie centrale, soit à sa partie postérieure tout près du rectum. Et, suivant la place de ces groupements, on comprend que les bosselures extérieures prédomineront en avant dans l'urètre ou en arrière dans le rectum.
Forme caverneuse. — La forme caverneuse représente un stade plus avancé. À côté des tubercules jeunes on en trouve d'autres de couleur jaunâtre prêts à la caséilication, d’autres se sont réunis entre eux, ont formé un grand foyer commun rempli de pus, une vérilable caverne. Ces cavernes vont évoluer vers l'extérieur et s'ouvriront soit dans l’urètre par de mulliples orifices pouvant être réunis en une véritable ulcération, soit dans le rectum, où une pareille ulcération peut exister, soit à travers le périnée. Comme lous les abcès froids, en général, ces cavernes seront abouchées à l'extérieur par des trajets longs, sinueux, irréguliers, qui constitueront des fistules à évolution interminable.
Dégénérescence massive. — Cette forme est obtenue quand il y à infiltration tuberculeuse généralisée de l'organe. On trouve à la coupe un véritable bloc caséeux, simplement limité en dehors par la capsule fibreuse péri-prostatique.
Albarran considère cet abcès,. qui reste sans communication avec l'extérieur, comme un procédé de guérison spontanée. Cette forme représente, d'après lui, une tuberculose éteinte.
Forme péri-prostatique. — La forme de prostatite avec périproslalite présente une prédominance des lésions dans le tissu
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conjonctif péri-glandulaire, et c'est dans cette forme qu'au toucher rectal nous trouvons l'empâtement signalé plus haut. 2° Examen microscopique. — Dans toules ces différentes formes, le follicule tuberculeux constitue comme partout la lésion initiale ; il a la même constitution que dans tout tissu tuberculeux et il ne nous appartient pas de le décrire ici. Il faut cependant noter, et c’est par là que nous terminons l'étude de l'anatomie pathologique, {que sa situation est un peu spéciale. Ces follicules se trouvent en général placés autour des canaux excréteurs et des acini glandulaires, et tout à fait au début, les bacilles sont situés dans la paroi même de l’acinus, au-dessous de l’épithélium glandulaire.
Autour de ces follicules tuberculeux il se forme une hyperplasie de tissu conjonctif dont les travées et les cellules augmentent considérablement de nombre et c’est à cette hyperplasie qu'est due en grande partie l'augmentation de volume de la glande tout entière.
Evolution. — Les différentes formes que nous venons de passer en revue constituent autant de phases de la maladie et expliquent bien son évolution.
C'est tout d’abord le bacille de Koch qui, au-dessous de l’épithélium glandulaire, va se multiplier et constituer le follicule tuberculeux. De plus en plus nombreux, ces follicules vont finir par se toucher, se confondre, et de la forme de tuberculose miliaire à laquelle nous assistions nous passons à la forme caverneuse. Ces cavernes vont s’accroitre de plus en plus par le processus habituel, vont former de véritables abcès intraprostatiques qui pourront fuser en dehors de la loge et venir se déverser par des fistules soit dans l’urètre, soit dans Île rectum, soit au niveau du périnée.