‹ La Tuberculose Pulmonaire Occulte à Expectoration BacillifèreChapitre 22 sur 74 · CRAN EL · texte numérisé non relu

CRAN EL

PROPRIÉTÉS PATHOGÈNES DES BACILLES PARATUBERCU- LEUX CHEZ L'ANIMAL. — Dans cette étude, de nouveau, nous retrouvons des cas simples et des cas complexes.

En principe les bacilles paratuberculeux n’ont pas de virulence appréciable pour l’homme et les animaux.

Inoculés au cobaye en petit quantité, ils ne se multiplient pas ou peu et ne créent aucune altération apparente. Mais dès qu’on dépasse dix milligrammes, ils forment un petit nodule local qui s’abcède, s’ouvre à l’extérieur ou bien se résorbe en quelques jours. Il n’y a ni tuméfaction ganglionnaire, ni métastase dans les organes profonds.

À un degré de plus, certains bacilles sont entraînés dans la circulation lymphatique, pénètrent dans les différents relais ganglionnaires et y persistent intacts pendant plusieurs semaines sans paraître se multiplier (Bruno LANGE ; BoquErT).

Si l’on inocule dans le péritoine du cobaye une dose massive de bacilles de la fléole, l'animal peut mourir en quelques jours ou en quelques semaines. Selon la rapidité de l’évolution l’extension des lésions est plus ou moins grande. Elles peuvent être limitées au péritoine et, dans certains cas, ressembler alors à celles des péritonites tuberculeuses de l’homme (BEzançonN et PairiBerr). Parfois elles s’étendent jusqu'aux poumons.

Les troubles sont beaucoup plus intenses et la mort peut survenir rapidement avec des doses très faibles de bacilles quand on injecte simultanément quelques gouttes d’acide lactique (CANTACUZENE), certaines matières grasses (Mort- LER, de la poudre de lycopode, ete...

Nous voyons donc que les bacilles paratuberculeux ont, quoi qu'on en dise, une certaine action pathogène pour le cobaye.

Chez le lapin, les lésions sont souvent encore plus intéressantes. Quand on injecte à cet animal, par voie intraveineuse, 20 à 30 milligrammes de bacilles de la fléole, il n’y a apparemment aucun accident immédiat ou tardif, sauf un

amaigrissement souvent très accentué. Si l’on sacrifie le lapin, trois à quatre semaines après l’inoculation, on constate l'existence de nombreux nodules miliaires disséminés et particulièrement abondants dans les reins. CALMETTE assimile ces lésions à celles que pourraient produire certains corps irritants tels que la poudre de lycopode. Quoi qu’il en soit, il s’agit bien histologiquement de tubercules.

En réalité si les bacilles paratuberculeux peuvent ainsi déterminer des altérations chez l’animal, celles-ci ne sont Jamais réinoculables en série sur d’autres animaux. C’est là un élément essentiel de discrimination qui reste vrai dans l'immense majorité des cas.

Toutefois plusieurs auteurs (KoLre, SCHLOSSBERGER et PFANNENSTIEL, et récemment KircHNer) ont pensé que les bacilles paratuberculeux pouvaient réaliser une véritable graaulie du lapin inoculable d'animal à animal avec accroissement très marqué de la virulence au cours de ces passages. On peut se demander alors s’il n’y a pas eu, dans leurs expériences, un simple entretien du parasitisme par passages successifs sans lésion véritablement inoculable en série, ou bien, comme le suggère B. Lance, s’il ne s'agissait pas d’une contamination accidentelle par un bacille virulent au cours de ces passages. On peut aussi se demander si certaines conditions accessoires ne jouent pas un rôle sur la virulence des bacilles et on ne saurait oublier les remarquables expériences de MM. BEzançon et PHiLiBERT qui purent, en ajoutant à leur injection une certaine quantité de beurre, réinoculer en série chez le cobaye des nodules péritonéaux dûs au bacille paratuberculeux.

Pour nous résumer, nous dirons que dans les cas simples les bacilles paratuberculeux ne sont nullement pathogènes. Dans certaines circonstances cependant ils peuvent déterminer des lésions parfois même mortelles, surtout quand ils sont inoculés à doses massives. Mais en pratique ces lésions ne sont Jamais réinoculables en série d’animal à animal.

PROPRIÉTÉS PATHOGÈNES ATYPIQUES DU BACILLE TUBER- CULEUX DES MAMMIFÈRESs. —— Inversement le bacille des mammifères est en pratique très pathogène pour le cobaye. Il produit dans ses organes des lésions tuberculeuses inoculables en série d'animal à animal.

Toutefois ces caractères classiques ont été en partie révisés dans de récents travaux. Des formes atténuées de tuberculose ont été décrites, en particulier après l'injection de bacilles en petite quantité. MM. Parsseau et OUMANSKY, Oumaxsky dans sa thèse, ont montré la possibilité de tuberculoses curables du cobaye dont l’adénite serait l’unique manifestation. Il faut reconnaître que dans ces travaux, l’étude des bacilles en cause n’a pas été complète, les caractères de culture, les résultats de l’inoculation à d’autres animaux n’ont pas été développés.

Parmi les bacilles des mammifères, les bacilles bovins (1) pourraient présenter des caractères encore plus variables et rendre encore plus délicate leur différenciation avec les bacilles paratuberculeux atypiques. On sait en effet toute la gamme de leurs propriétés pathogènes pour le cobaye et le lapin et de leur aptitude à être cultivés (bacilles « eugoniques » et « dysgoniques » de S. GRIFFITH).

On voit donc que dans les cas où la culture ne peut pas nous apprendre s’il s’agit d’un bacille tuberculeux vrai ou d’un para, l’inoculation à l'animal permet de les distinguer l’un de l’autre. Ce n’est qu’à titre exceptionnel que le bacïlle paratuberculeux acquiert une certaine virulence et, qu’inver-

(1) W: Park, CaLmETTE avaient déjà déclaré que le bacille bovin pouvait être pathogène pour l’homme. Plus récemment Boquer, en France, Grirrirm et Munro en Angleterre, Bruno LANGE en Allemange, HANSEN et JENSEN au Danemark, ete., ont repris cette question. En pratique, on différencie le bacille bovin du bacille humain par la culture, et surtout par l’inoculation au lapin: En effet un centième de milligramme d’une culture de bacilles tuberculeux d’origine bovine récemment isolés, injecté par voie veineuse, entraîne la mort

d’un lapin de deux kilogs en 30 à 60 jours. Le bacille humain n’a jamais une telle virulence pour le lapin.

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