PEUT
paratuberculeux d’ailleurs associé à des colonies de bacilles de Koch légitimes. Ils’agit, semble-t-il, d’un paratuberculeux non typique : les caractères de culture en sont peu nets : le développement est lent à 370 sur les milieux classiques : il n’est pas fait mention du développement à la température du laboratoire. La couleur des cultures est jaune d’or, le bacille n’a pas été inoculé au lapin, il a tué le cobaye en 50 jours à deux mois, deux fois même en 10 jours. On peutse demander s’il s’agit d’un véritable bacille paratuberculeux ou d’un bacille tuberculeux, bovin peut-être, à caractères un peu atypiques.
Il est difficile d’admettre les conclusions de MM. Necre, VazTis et LABERNADIE à propos d’une de leurs observations (Juillet 1931). L’expectoration d’un malade très abondante et purulente ne contient pas de bacilles à l’examen microscopique. Son inoculation au cobaye détermine un abcès qui ne renferme pas de bacilles acido-résistants à l'examen. Le pus de cet abcès ensemencé sur milieu de Perrorr donne le lendemain une culture abondante d’un bacille paratuberculeux. Les auteurs en concluent que ce bacille paratuberculeux existait dans l’expectoration du malade d’où ils sont partis pour faire leurs diverses manipulations ! Malgré que les virus plus ou moins invisibles et filtrables nous aient accoutumé à une certaine métaphysique bactériologique, nous avons de la peine à admettre que ce bacille n’ait apparu ni dans les crachats, ni même dans le pus de l’abcès que provoque leur inoculation au cobaye.
Par contre en 1932, MM. Vazrris, Parsseau et VAN Deinse, chez un enfant atteint de tuberculose pulmonaire, ont recueilli l’expectoration par lavage gastrique. La culture a montré l’existence de deux colonies, l’une de bacilles de Koch, l’autre d’un paratuberculeux chromogène classique.
Tout récemment Commis et Wizzrams ont décrit les caractères d’un bacille acido-résistant qu’ils ont isolé de l’expectoration d’un malade et dont ils ont confié l’étude à STANLEY Grirriru. Cet auteur n’osa pas conclure et hésita à le classer
André Meyer 5
soit comme bacille bovin, soit comme paratuberculeux. Îl le considéra comme appartenant à un groupe tout à fait particulier de bacilles acido-résistants.
Enfin peut-être devrait-on joindre à ces cas quelques NE servations de M. Mesrsseman et MM. Faure et MaTiINIER. Il s’agit de cracheurs de bacilles de Koch sans lésions radiologiques qui ne tuberculisèrent pas le cobaye. Mais avait-on pris soin de faire l’inoculation un jour que la présence des bacilles avait été constatée ? Et malheureusement la culture ne fut pas faite, on ne poussa pas. Pour ces cas, il faut se rappeler ce que nous avons ditet ce qu'ont dit M. Duran» et bien d’autres avant nous sur l’intermittence et la variabilité de l’expectoration bacillifère.
Pour notre part nous n'avons Jamais trouvé de bacilles paratuberculeux dans l’expectoration des malades que nous étudions ici. En outre nous pouvons apporter une statistique qui montre l’extrême rareté de leur présence dans les crachats.
En effet, ces trois dernières années la culture des crachats a été faite à l’hôpital Saint-Antoine, sous la direction de MM. Bezançon et Braun, pour 455 malades, chacune sur six tubes au moins (soit 2.730 tubes ensemencés). Il s’est agi, en général, d'individus qui venaient consulter au centre du triage et, par conséquent, qui souvent n'étaient pas tuberculeux, n1 bacillifères (1). Dans 369 cas, rien ne poussa ; dans 86 cas, 1l y eut une culture de bacilles de Koch. Nous n’avons trouvé qu’une seule fois un bacille paratuberculeux d’ailleurs associé à un tuberculeux véritable. Dans le service de M. Boquer, à l’Institut Pasreur, M. SAEN7z, sur 252 cultures de crachats (soit 1.512 tubes ensemencés), trouva 111 résultats positifs, mais pas une fois un paratuberculeux. Par conséquent, sur 707 crachats ensemencés (4.242 tubes) on
(1) Là encore, nous avons toujours obtenu une culture quand les crachats ensemencés contenaient des bacilles acido-résistants visibles à l'examen microscopique.
ee
n’a trouvé qu’une fois, dans un seul tube, un bacille paratuberculeux.
En résumé, la preuve de l'existence d’un bacille paratuberculeux des crachats n’est pas, faute de culture, formellement apportée par les observations anciennes (PxiLiBERT, CagBiran, etc...) Seul le cas étudié par Mme [,. RasinowirscH est assez évocateur. Plus près de nous, nous pouvons retenir une observation nette et deux autres où il est permis d’hésiter entre bacille des mammifères et paratuberculeux. Quelques cas où l’inoculation n’a pas tuberculisé le cobaye n’ont pas été suffisamment étudiés pour pouvoir être acceptés sans discussion. Dans notre propre statistique, nous ne trouvons, sur 707 cultures réparties en 4. 242 tubes, qu’une seule fois, dans une seul tube, une colonie de bacilles paratuberculeux. Il faut noter que dans tous les cas où le paratuberculeux a été indiscutablement isolé (sauf dans l’observation de Mme Raginowrrsca) 1l coexistait avec de véritables
bacilles de Koch.
Il semble que nous soyons autorisé à conclure que la présence de bacilles paratuberculeux dans les crachats est absolument exceptionnelle et que, par conséquent, la constatation d’acidorésistants dans l’expectoration garde une valeur certaine pour le diagnostic de tuberculose pulmonaire.
Il est curieux de remarquer que ces bacilles paratuberculeux répandus dans la nature, souvent rencontrés même dans les urines, voire dans le sang, restent exceptionnels dans les crachats. Nous signalerons à ce sujet que, lors d’examens systématiques du pharynx que nous aurons à rappeler quelques lignes plus loin, le seul tube qui donna une belle culture chromogène avait été accidentellement brisé et était resté ainsi quelques jours à l’étuve. Le bacille paratuberculeux y avait été amené par l’air. N’y aurait-il pas eu une telle contamination des cultures de crachats dans les cas rarissimes où on y a signalé la présence d’un bacille acido-résistant non tuberculeux ?
Enfin même si dans nos observations il eût manqué le contrôle bactériologique, les antécédents graves de beaucoup de nos malades, l’évolution dans certains cas vers une tuberculose pulmonaire classique, auraient suffi à faire admettre qu’il ne s’agissait pas d’un simple paratuberculeux. Cette remarque est valable pour de nombreuses publications où les auteurs, manquant du test de l’inoculation par exemple, se demandent s’il s’agit vraiment d’un bacille virulent alors que les antécédents ou l’avenir de leurs malades sont cependant suffisamment éloquents.