OBSERVATION II
TABLEAU DE BRONCHITE AIGUE FÉBRILE. — ExPECTORATION BACIL- LIFÈRE CONTROLÉE PAR CULTURE ET INOCULATION AU COBAYE. — ANTÉCÉDENTS PERSONNELS DE TUBERCULOSE GANGLIONNAIRE. — GUÉRISON EN UN MOIS. —- Évozurrox ULTÉRIEURE FAVORABLE.
Mne GIR. Augustine, âgée de 53 ans, cuisinière, entre le 20 juin 1933, à la Maison Municipale de santé, dans le service du Dr DoxzELOT, adressée par le D' MEurpRraAc.
Les troubles dont elle souffre ont débuté le 27 mai par un malaise général, avec frissonnements, le soir ; elle n’a pas pris sa température. Celle-ci s’élevait le lendemain matin à 3909. La malade, courbatue, atteinte d’une grande lassitude s’alita.
Elle entra le 30 mai 1933 à l'hôpital Boucicaut, dans le service du Dr TRemozières et en sortit le 7 juin, sur sa demande. Elle continua chez elle à tousser et à cracher abondamment, sa température restant aux environs de 380, s1 bien que son médecin l’engagea à venir à la maison Dubois.
A l'entrée dans le service, la malade dit avoir beaucoup maigri ces dernières semaines, tousse et expectore des crachats très abondants, muco-purulents, verdâtres. Elle se plaint de douleurs abdominales diffuses. Sa température est à 389 ; son aspect témoigne d’un bon état général.
L'examen révèle quelques râles de bronchite très discrets au sommet du poumon droit (notons que ces signes, perçus le jour de l'entrée de la malade, ne devaient plus réapparaître lors des examens ultérieurs). Il faut retenir par ailleurs un certain degré d’intoxication éthylique qui n’a touché apparemment ni le foie, ni le système nerveux et surtout l’existence dans la région cervicale gauche, sur le bras et l’avant bras droits de cicatrices d’abcès froids fistulisés apparus vers l’âge de 7 ans et silencieux depuis.
Dans les antécédents, on peut noter en 1918 une affection pulmonaire aiguë étiquetée « Bronchite ». Elle devait en guérir rapidement et n'eut plus jamais ultérieurement aucun signe d’atteinte des voies respiratoires. Signalons, de plus, en 1917, une dysenterie amibienne qui fut suivie de troubles intestinaux répétés. Enfin, peu de temps
Fig. 4. — Obs. II. Gir., 23 juin 1933 (vue postérieure)
Fig. 6. — Obs. IL. Gir., 15 juillet 1933
avant l'incident actuel, cette cuisinière avait eu beaucoup de travail et s'était nettement surmenée.
Son mari, éthylique, est mort d’une affection chronique sur laquelle elle ne peut donner aucune précision. Elle a eu deux enfants : une fille morte à un an, d’une affection étiquetée « méningite » ; un fils mort à 17 ans à la suite, nous dit la malade, d’une méningite vérifiée par la ponction lombaire.
Rien n’est à signaler chez ses parents ou collatéraux.
En somme, tableau banal d’une grippe saisonnière avec petits signes éphémères de bronchite à un sommet. Mais l’expectoration est si abondante et purulente que nous faisons un examen bactériologique après coloration au Ziehl. Les bacilles de Koch n'y sont pas nombreux, mais nous en avons trouvé à chaque examen pendant les dix jours que dura la période fébrile aiguë. La culture des crachats sur milieu de Pétragnani donna des colonies typiques.
Par contre, les radiographies faites de façon répétée, de dos, de face et de profil, pendant la période aiguë, ne nous révélèrent jamais aucune anomalie.
L'examen du nez et du larynx fait à deux reprises : les 24 et 30 juin, ne montra aucune lésion suspecte de bacillose.
Après que la température eut oscillé entre 389 et 399, elle retombait à peu près à la normale le 3 juillet. À partir de cette date, les crachats ne furent plus, à aucun examen, bacillifères. Néanmoins, nous avons conseillé à cette femme, quand elle quitta le service (19 juillet) d'abandonner la place où elle est cuisinière et où elle est en rapport avec de jeunes enfants, et d’aller se reposer quelque temps en montagne.
Elle est revenue nous voir avant de quitter Paris, le 24 juillet. On ne trouvait alors aucun signe à l'examen clinique. L’expectoration était très diminuée et nous n’y avons pas trouvé de bacilles. Cependant notre malade était restée très asthénique et avait, généralement le soir, une élévation thermique à 3705-38.
Le 9 octobre 1933, nous avons revu cette malade qui, après un séjour en Haute-Savoie, se trouve très améliorée. Elle n’a plus de fièvre, a pris du poids, ne se sent plus fatiguée, ne tousse ni ne crache. L’examen ne décèle absolument rien d’anormal.
En résumé, chez une malade entrée à l'hôpital avec un syndrome de bronchite aiguë, on trouve à plusieurs reprises,
des bacilles de Koch dans l’expectoration. Les radiographies pratiquées systématiquement tous les deux jours, pendant un mois, et refaites ultérieurement à plusieurs reprises, de face, de dos, en transverse, n’ont jamais montré l’existence d'aucune anomalie. L'évolution s’est faite vers la guérison, apparemment complète, qui se maintenait six mois après quand nous avons revu, pour la dernière fois, la malade.
Signalons, dans les antécédents, l'existence d’abcès froids de coude qui se seraient fistulisés et aussi le fait qu’un enfant de cette malade serait mort de méningite vraisemblablement tuberculeuse.