INTRODUCTION
La méthode anatomo-clinique que le génie de LAENNEC introduisit en pathologie, et plus spécialement en pathologie pulmonaire, devait s'enrichir encore lorsque se généralisa l’usage de la radiologie.
Le diagnostic de la tuberculose pulmonaire, qui bénéficiait déjà depuis 1882 de la découverte du bacille de Koch, se fonda dès lors sur une triade clinique ou, plus exactement, stéthacoustique, bactériologique et radiologique.
En fait, par un effort bien humain de simplification et par un désir bien moderne de facilité pratique, certains crurent trop vite que le cliché radiographique à lui seul et sûrement révèlerait la maladie et permettrait d’en suivre l’évolution. C’est que, tour à tour, chacun des deux autres éléments de la triade avait été jugé défaillant.
L'examen acoustique le plus minutieux du thorax en effet a pu, dans certains cas, ne rien montrer d’anormal alors que la radiologie faisait la preuve de l’existence d’altérations pulmonaires très importantes. La notion de « cavernes muettes » est aujourd’hui admise par tous et, d’ailleurs, vérifiée chaque jour. Sans aller si loin, il est bien certain que beaucoup de lésions discrètes, visibles radiologiquement, ne se traduisent par aucun signe physique.
D'autre part, si pour tous les auteurs la présence de bacilles dans l’expectoration est le seul argument irréfutable qui permette de rattacher à leur étiologie vraie les modifications radiologiques, en pratique, cet élément, dont certains avaient voulu faire la clef de voûte du diagnostic de la tuberculose pulmonaire, peut manquer. Cette question des tuber-
culoses «ouvertes » et « fermées » eut pendant longtemps une place importante dans les travaux des phtisiologues et devait faire l’objet d’un rapport (1) et de nombreuses discussions au Congrès National de la Tuberculose de l’année 1925.
Actuellement, en particulier à la suite du rapport de Corprer (1927), l’accord semble fait sur la nécessité de répéter souvent les examens, de pratiquer des homogénisations, d’inoculer les crachats au cobaye, avant de conclure à l’absence de bacilles. Mais il reste cependant des cas de tuberculose certaine qui, pour des raisons que nous n’avons pas à envisager ici, ne s’accompagnent pas d’expectoration bacillifère.
Cette carence des renseignements fournis par l'examen physique et parfois même par les examens de laboratoire, arrivait à répandre l’opinion que des trois éléments cruciaux sur lesquels se fonde le diagnostic de la tuberculose, le radiologique seul fût d’une fidélité constante. A partir de ces prémisses, 1l fallut peu de choses pour que certains fussent conduits à admettre que sans altération radiologique il n’y avait pratiquement pas de tuberculose pulmonaire.
En réalité, comme on se plaisait à l’enseigner en France, comme y insistaient si souvent en particulier MM. les professeurs BEzANÇON et SERGENT, c’est l’ensemble conjugué de tous les éléments et non l’existence ou l’absence de l’un ou de lPautre qui doit permettre de fonder un diagnostic. Bien mieux, en phtisiologie, comme ailleurs en pathologie, devait se vérifier la loi de la prévalence de la clinique. C’est ainsi que dans le sillon tracé par Baye et par GRANCHER, notre maître M. le Professeur BEzancon devait avec M. P. Braux développer l'hypothèse d’un stade préalable, précédant l'existence de la bacillose classique. Par leur notion de Ctramite initiale » ils admettaient la possibilité d’une période caractérisée par des troubles de l’état général ou par des épisodes pulmonaires, d’allure banale, sans traduction
(1) Risr et Ameuirze. — Tuberculoses fermées et tuberculoses ouvertes. Ve Congrès National de la Tuberculose, Strasbourg, juin 1928.