CHAPITRE II
Fréquence de la Tuberculose sénile
On à cru très longtemps que la bareioe sénile était rare. Laennec, un des premiers, s’est élevé contre Lee croyance :
2e + Les anciens pensaient que ‘la phtisie attaque surtout les hommes … êgés de 18 à 35 ans : i! est vrai que c'est à cette époque que la maladie.
ect le plus souvent manifeste et facile à reconnaître. Mais Bayle a trouvé
que dans les hôpitaux de Paris, l’âge de 40-45 ans était la période de la vie où la phtisie était plus commune. Aucun âge d’ailleurs n’en est ”
Elle est très fréquente dans la. vieillesse même avancée : j'ai fait lou.
mois qui avait succombé à cette maladie. »- © (LAENNEC, 08).
Cependant, malgré l'opinion de Laennee, cette oe a été perdit
culose. Presque tous signalent d’ailleurs des divergences de vue sur: cette question de fréquence, mais l'impression qui se dégage de là lecture des traités modernes et même de certains auteurs contem-"
partir de 55-60 ans. Or nous verrons que cette opinion ie d’ une. interprétation défectueuse des statistiques. : d'DAnoenE il y a une A d'années, Sommet,
entre 60 et 70 ans contre 41,12 entre 40 et 50 ans)'. Mais, à la fin du siècle dernier, à mesure que se perfectionnaient l’étude clini*
* HUTINEL et GRANCHER, article phtisie pulmonaire, in diction. de De chambre. : E
PE Le PUS
que et surtout les moyens diagnostiques de la tuberculose, sa fré-
quence chez le vieillard a été mise en évidence à plusieurs reprises. :
Nous ne referons pas l'historique de la question déjà exposé dans des travaux antérieurs (9, 10, 18, 55, 73). Si cette importance de la, tuberculose sénile est reconnue au point que Calmette lui consacre un chapitre spécial dans son livre sur L « Infection tuberculeuse », il ne semble pas que sa fréquence véritable Soit établie à l’heuré
actuelle. Nous essaierons donc au cours de ce chapitre de. montrer, * par la critique et la comparaison de Statistiques récentes, que cette. fréquence est beaucoup plus grande qu'on ne le croit généralement.
Il est impossible de fixer à la sénilité une limite d’âge précise, Tout
le monde sait, en effet. que les caractères de l’involution sénile appa-
raissent plus ou moins tard selon les individus. On admet généralement au'elle débute en moyenne à 60 ans et c’est sur ce chiffre
minimum qu'il faut se fixer dans l'étude des statistiques. Nous verront même que les statistiques américaines étendent la période de l’âge mûr jusqu'à 65 ans — ét sont de ce fait encore plus démonstratives. Mais lorsqu'on étudie la maladie sur l'individu, il est
permis de la rattacher à la tuberculose sénile si le malade, bien
qu'âgé de moins de 60 ans, présente les Caractères de la sénilité. Notre observation I se présente dans ces conditions.
Nous nous appuierons pour étudier la fréquence, sur les statisti- -
ques de mortalité qui ont l'avantage de donner des chiffres minimun (voir page 3). Quant à la morb:dité, nous nous réservons de montrer par l'étude critique du diagnostic que son importance est beaucoup plus considérable qu'on ne le croit. La tuberculose du vieillard est en effet très souvent méconnue. — Que de fois ne voit-on pas porter le diagnostic de bronchite chronique alors qu'un examen bactériologique ultérieur, met en évidence une tuberculose pulmo- | naire indiscutable ! Que dé fois ne voit-on pas de tuberculoses actives constatées à l'autopsie et qui du vivant du sujet étaient absolument ignorées ! La tuberculose du vieillard est en effet souvent latente, reste cachée, évoluant au second plan et peut demeurer tout à fait étrangère à la mort.
Comment apprécier la fréquence de La tuberculose sénite ?
Jusqu'à présent ies auteurs se sont basés soit sur le nombre absolu
des décès par tuberculose, soit sur le pourcentage des décès par
‘tuberculose comparé aux autres causes de décès. Nous relevons les chiffres suivants :
Nombre des décès par tuberculose sur 100 décès de toutes causes après 60 ans
2,29 pour 100
IÉNDOUZS + PSN ERUe | 4,6 pour 100
3 à 5 pour 100
En 10 ans, dans le département de la Seine, la mortalité des vieillards par tuberculose est de 5,53 % à Paris et 5,24 % dans le département de la Seine (BAUDOT).
Or cette méthode de statistique est critiquable. Elle ne prouve. pas la véritable fréquence de la tuberculose sénile. En effet en comparant les pourcentages ci-dessus à ceux qui Correspondent aux groupes d'âge avant 60 ans, on pourrait, comme l'ont fait et le font encore
: : beaucoup d'auteurs, tirer des arguments en faveur de la rareté de la: tuberculose sénile.
Nombre de décès par tuberculose sur 100 décès de toutes causes
20:90 aANS TA TRES 50 à 60 pour 100 | 40-59 ans "re Sete | 33 pour 100 60 ans et plus meme | 3 à 5 pour 100
Après la lecture de ces chiffres ! on comprend qu’on soit tenté de : dire : la mortalité tuberculeuse chute après. 60 ans. Mais il me faut « pas oublier que l’âge où la mortalité de l'adulte devient la plus : élevée est précisément après 60 ans et si nous ne tenons pas compte. ; de cette donnée nous comparons des éléments en réalité incomparables. Voici (tabl. I) pour fixer les idées, une statistique concernant | la mortalité Poocale pour la Fr rance entière pendant l’année 1912. à
1 Chiffres tirés de l'article de BARBIER sur la tuberculose pulmonaires : un Traité Brouardel el Gilbert, 1910. à
HP Que
è TABLEAU I
Les chiffres concernant les années avoisinantes sont identiques
Mortalité générale pour la France. — Année 1912
Age Nombres absolus Proportion pour 1.000 vivants RU MS re 79.860 106,38 pour 1.000 FACE 65.457 FU ARTE ENR ee 85.363 7,02 ee PERTE 127,795 14,11 PE .293 66,53
Après lecture de ce tableau, nous voyons que la mortalité fait un
brusque saut à partir de 60 ans. Pour 14,11 individus qui meurent | sur 1.000 entre 40 et 59 ans, il en meurt 66,53 après 60 ans, c’est-àdire près de cinq fois plus !
Ce qu'il importe de considérer, c est la proportion de décès par groupe d'individus vivants, d’un âge donné. Nous verrons alors que la proportion des décès par tuberculose est à peu près aussi impor-. tante après 60 ans qu'avant cet âge.
Nous donnons dans le tableau II les proportions de mortalité . établies sur cette base pour celte même année 1912.