‹ La Tuberculose Pulmonaire SénileChapitre 5 sur 55 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le i1 novembre 1918 a marqué le jour de notre victoire sur l’Allemagne, mais c’est à ce jour aussi que la France a arrêté un compte terrible ouvert depuis quatre ans : celui de nos morts. Et lorsque s'est dissipée la première joie de la victoire, nous sommes restés

frappés d’une véritable épouvante devant l’énormité du sacrifice,

devant la réalité de nos 1.500.000 morts !

Pour que notre pays se relève de cette longue épreuve, il faut avant tout sauver notre capital humain et dans la mesure du possible combler les vides. Les grands problèmes de la lutte contre la diminution des naissances, contre les maladies FRAIS se posent avec une urgence réellement tragique.

De grandes voix se sont fait entendre qui montrent l’imminence du danger, qui réclament des pouvoirs publics l’intensification de la lutte.

« Qui donc, s’écrie Calmetle ‘ dans un émouvant appel à l’opinion publique, qui donc paiera les impôts demain, si la population de la France continue à décroître, qui relèvera les ruines de nos dix déparlements dévastés, qui ressuscitera notre industrie et notre commerce d'exportation, qui exnploitera nos mines, qui labourera nos champs, si la main-d'œuvre nous fail defaut ?

Oublie-t-on que seules les vies humaines sont productives de richesses et que le sol merveilleusement fécond de la France, les usines, les chemins de fer, les canaux et les ports, pour la création et Fextension desquels nous n'hésitons pas à dépenser des milliards

n’ont de valeur qu'autant qu'il y aura des Français pour les exploi-

ter ? Îl est inconcevable que des vérités s1 simples aient besoin d’être dites ei qu’elles ne s’imgosnt pas comme un impératif catégorique à toutes les infelligences ».

Or parmi les grands fléaux qui sévissent en France, la Tuberculose est au premier plan : « Une moyenne annuelle d'environ 83.000 décès, accusaient les statistiques officielles du Ministère de l'Intérieur, 120.000, 150.000 morts. par an affirmaient certaines voix auto-

r D' A. CALMEITE, Zcho de Paris, décembre 1920.

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risées. La vérité était probablement entre ces chiffres extrêmes... Le chiffre des réformés par tuberculose atteint plus de 110.000. Le danger a fini par devenir si éclatant qu'il a secoué l'indifférence et l’inertie et qu’il semble bien qu'aujourd'hui nous sommes entrés dans une phase de réalisations ». (Léon BERNARD, 13 *).

Comme le font remarquer tous les auteurs qui étudient cette question, il est certain que les chiffres officiels sont un minimum ; il est certain qu'un grand nombre de décès dont la véritable nature tuberculeuse est méconnue et qui figurent sous d’autres rubriques devrait y être rattaché : bronchite, entérite, congestion pulmonaire, pneu- . monie, péricardite, asvstolie, maladies des reins, des capsules surrénales, du foie, cachexie sénile.

Parmi ces décès, il est incontestable qu'un tres grand nombre pourrait être évité. Et pour nous, médecins, qui venons pendant quatre ans de voir couler tant de sang et pour qui les images de guerre sont presqu'uniquement des images de blessés, de mourants et de morts, pour nous qui savons avec quelle relative facilité on pourrait diminuer cette mortalité et récupérer des vies humaines, ces idées s'imposent jusqu'à l’obsession. Si la tuberculose est bien, comme On l’a dit, la « Maladie sociale » par excellence, il n’en est pas moins vrai qu’elle est avant tout une maladie tout court, relevant de la médecine au même titre que la syphilis, les maladies professionnelles, le paludisme, maladies qui, elles aussi, présentent un aspect social. C’est à nous, médecins, qu’il appartient de fixer la technique de la lutte anti-tuberculeuse et de conseiller les différents organismes sociaux sans lesquels nous ne pouvons rien ; mais, dépourvus d’une direction médicale suffisante, ceux-ci risquent de frapper dans le vide, car actuellement la clef de toute prophylaxie antitubereuleuse réside dans un problème beaucoup plus compliqué qu’on ne le croit généralement : /e diagnostic.

Heureusement, ces idées commencent à pénétrer dans tous les milieux. Des lois spéciales ont été votées ou sont en projet : loi du 15 avril 1916 sur les dispensaires, loi du 7 septembre 1919 sur les sanatoriums, proposition de loi du 16 janvier 1919 sur la Déclaration obligatoire de la Tuberculose. Sous l'active impulsion du Comité Naïional de défense contre la Tuberculose et de la Commission Rockfeller, travaillant en complet accord, l'opinion publique, les milieux politiques et médicaux sont tenus én constante alerte et partout on s'organise.

Pour lutter efficacement contre le fléau, quelles armes possédons-nous ? Avons-nous à notre disposition un médicament spécifique

Les chiffres entre parenthèses dans le cours du texte renvoient aux chiffres corresyondants de l’Index bibiographique.

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