‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 19 sur 61 · LA VEGETATION NATURELLE · texte numérisé non relu

LA VEGETATION NATURELLE

par -M. Lefebvre, Inspecteur des Forèls. près de Tabarque au Ijord de la mer. Cette formation rattache encore plus que toute autre la Kroumirie et la côte Nord de la Tunisie au bassin occidental de la Méditerranée.

p]n quittant la Kroumiiie. on abandonne la grande forêt : ou ne rencontrera plus, sur tout le reste-du sol tunisien, que des broussailles plus ou moins élevées, avec çà et là quelques arbres épars.

CLI IIK l'r.llVI.VQLItHE

Fig. 30. — l'ins d'Alep sui- les pentes calcaires de la Tunisie moyenne (Kalaal es Snam).

Dans la vallée même de la Medjerda, près de Souk el Arba. par exemple, nous sommes déjà en présence d'un appauvrissement accentué de la végétation arborescente : les seules essences pouvant donner la sensation de véritables arbres, et encore non plus en massifs, mais à l'état isolé, sont le Caroubier {Ceratonia siliqua) (Qg. 31), le Tamarin (Tamaris gallica), l'Olivier {(flea europœa). Le premier, complètement inconnu en Kroumirie, se retrouve partout ailleurs à l'état sporadique. facile à distinguer par sa silhouette arrondie et son feuillage d'un vert sombre. A côté de ces espèces, des Cistes nombreux, des l*ista<:ia lentiscus, des Lavandes, des

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Romarins, des Jujubiers, etc., forment le fond de la broussaille.

Un peu plus au Sud, l'essence dominante de la forèt clairsemée des pentes calcaires sera le Pin dAlep iPinns hulepemis) {l]<r. .3()i, souvent rabougri, pres(iue en buissons torlus, j^énéralemenl associé aux Genévriers, qui, près du Kef, deviennent franchement arborescents. A côté den.x, encore le Caroubier, et des arbustes variés : Aubépine, Ciste de Monl|)ellier, Pisiacin Icntiscm; el t<'rebinlhus. Jasmin II m fniticnna, etc.

Pour la nomenclature des espèces, qui risquerait de jiaraitre fastidieuse à la longue, je dois renvoyer aux ouvrages généraux de Cosson, de Bonnet et Barratte, de Kefebvre, ceu.x qui vouilronl approfondir la ([uestion. Je veux pourtant mentionner encore, sur les montagnes plus élevées, telles que le Djebel Zaghouan, où l'on ni' voit pas de Pin dWlep, la présence du ('allilria quiulriiahi^i, le Thuya (l'Algérie, réduit, il est vrai, à l'état de buisson, et parmi les plantes basses le Ihiscus aculeolus, caractéristique des régions montueuses, le ]{. InipoplujUinn, i)lus commun, et enfin le Palniier nain, le Chanuvrops Innnilis, bien plus rare en Tunisie qu'en .Vlgérie. La presqu'île du Cap Bon marque la limite occidentale el méridionale de son aire.

Celle môme pres(|u'ile du Cap Bon présente une intéressante particularité : sur ses coteaux se trouvent réunis les diverses espèces de Conifères et de Gnétacées propres à la Tunisie du Nord : le Pin d'Alep. le Callitris, trois espèces de Genévriers : JiDÙpcnis oxiirednis. plurnuiva, juacrorarpa. la dernière rare dans les sables maiitimes, et aussi VEphedra fraiiilia, dont les grêles rameaux sans feuilles s'ai>puient aux buissons et aux arbustes isolés.

Avant de (|uitter la région forestière pour entrer dans la régitui déserlique, avant de vous montrer les steppes désolés où les cailloux sont plus communs ([ue les toulïes d'herbe, il faut signaler, à cause de son caractère parliculier, la région dalluvions de la basse Medjerda : ce sont les terres les plus riches de la Tunisie, et là où elles ne sont pas mises en culture, elles sont recouvertes d'une épaisse végétation herbacée ; ce sont les pâturages que tra verse le chemin de fer de Bizerle à Tunis et où le voyageur arrivant de France voit avec étonnement au lieu des vaches familières. ' rétranye sillioueltt' tlu chameau. Parmi les hautes herbes s'étalent

LA VEGETATION XATL'REH-E

les larges rosettes de feuilles élégamment découpées du Cijnara Carduncuhis, gigaulesque chardon d'où les horticulteurs ont tiré d'une part l'Articiiaut eu dévelopi>ant le réceptacle du capitule, d'autre part le Cardon en faisant porter les réserves dans la côte élargie des feuilles. Ces terrains d'alluvious sont particulièrement propices à la culture des Oliviers.

Ce serait le moment de parler de la végétation des Hauts-Pla-

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Fis. 37. — Centre Tunisien.

Végélalion arhoi'escenle clairsemée el toulles de Diss.

leaux, si queUjue chose pouvait leur être rapporté en Tunisie, ainsi que le pensaient les premiers auteurs qui ont écrit sur le sujet. Mais nous savons maintenant que géologiquement et géographiquement, cette région des liants plateaux s'arrête avant la frontière tunisienne.

La région centrale des Hamadals. bien qu'appartenant à un système géologique tout différent, peut pourtant rappeler certains de ses caractères botaniques. Ce sont en effet des plateaux de 8 à 900 m. d'altitude au-dessus du niveau de la mer et où se retrouvent quelques unes dos espèces caractéristiques des Hauts- Plateaux d'Ali-érie. Ainsi au Foum Tamesmida, Doumet-Adanson

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signale les TrigoneUa polyceraia Linué, Arenaria rarnpesiris KenzI., etc., avec des Pins d'Alep, des Chênes-verls et des touffes d'Halfa (Stipa tenacissima).

Cette intéressante jj:raminée. f|iii courre en Algérie d'immenses étendues continues, ne se rencontre que vers 'VM à 5(J0 ni. d aili tude sur les terrains meubles et siliceux. Abondante au Sud de Kairouan, elle n'est guère recueillie (ju à pro.ximité de la Cùle pour être expédiée de Tébessa en Angleterre où on l'utilise pour la fabrication du papier. Sur les lejrains marneux, elle est remplacée piir une autre espèce, formant aussi de grosses touffes, le Diss, qui est une .Vrundiiiée (fig. 37).

Les caractères déserticpies coMimenceut à se moulrer dans l;i région ({u'oii a a|)pelé système Mibsaliarien. Ce système comprend des collines liantes, avec des vallées .sableuses où l'eau, provenaiil de pluies très irrégulières, s'écoule rapidement.

Les steppes y soni garnis d'Iierbes dures poussant en touffes épaisses, appartenant siirloiit aux genres Stipn et Atiati^ht : au printemps, à la suite des pluies (|ui nifraîcliisscnt b'ur aridité, iU sont égayés par les tleurs jaunes ou roses des Uvlmnthemum. par les Silène roses, les Anthémis blancbes. diverses Ijnaria, par VEriothfilum frulicosiDii aux lleurettes bleu pâle. Mais en été, tandis que la Kroumirie esl luxuriante de verdure, presque tout le reste de la Tunisie esl compléieuient dessécbé. El c'est là l'impression cjui demeure d'ordinaire après un voyage dans la Régence.

Parmi les formations les plus intéressantes de celte zone subdesertique, on doit ciler la forêt de Gommiers {Acacia tortilis) (|ui occupe le Bled ïbala. plaine d'alluvliuis, siluée entre Sfax et Gafsa. Pellissier, à (|ui on doil sa découNerle en 1S.'>3, en parle dans les termes suivants : u 11 existe dans la gorge de Bon lleudnia une sorte d'Aspbalte..., à la droite de cette rivière règne une forêt de Gommiers qui s'étend à plus de 30 kilomètres vers l'Ouest. Les arbres, dont plusieurs dune grosseur extraordinaire, sont bien le Mimosa i/ummifcra qui produit la gomme arabique. Celte forêl. dont lexistence était ignorée du gouverne-

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nienl liiiiisien avant que je la lui eusse fait connaître, uesl pas exploitée . seulement les Arabes qui passent par iiasard y prennent un peu de gomme qu'ils vendent dans les villes pour la fabrication de lencre. Celte gomme, dont j'ai envoyé des éi-liantiilons à Marseille, a été reconnue, par le commerce de celte ville, d'aussi bonne qualité que celle du Sénégal ». Depuis lors, cette forêt a été revue par Doumet-Adanson. par

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CLICHE PEIlVlNgUIEHE

Fig. 38. — Jujubier de l'oasis de Tozeur.

Edouard Blanc et par nombre d'autres. Cbacun de ces visiteurs a constaté la diminution progressive de son étendue.

M. Blanc donne pour dimension de l'espace sur lequel s'étendent les Gommiers clairsemés, 35 kilomètres de l'Est à l'Ouest 10 kilomètres du Nord au Sud, les arbres étant à oO mètres les uns des autres dans les parties les plus serrées. Il signale en outre dans diverses directions, de petits peuplements isolés, en dehors de l'agglomération principale.

M. Tellier, successeur de M. Blanc dans le service des eaux et forêts, a constaté que l'exploitation inconsidérée de ce bois avait

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amené la disparition îles groupes isolés d'abord, puis léclaircisseineiil exagéré du groupement priiiii|(;il .

Les arbres coupés ne se reiii|ilH(eiil p:js. Les semis naturels sont nuls par suite de ce fuit qwe la plupart des graines sont attaquées par un Insecte du genre linichns. (jui en dévore les cotylédons; quant aux jeunes plants f|ui parviennent à germer, ils disparaissent sous la dent rlu (lliameau et des antres bestiaux indigènes.

'.-Ht.m 11 v.M L

Fis. :w. — riroiipi" do Dalliers isoU-s. pris d<- ^oa^is de Gliainrass«D.

11 serait regrettable de voir dispiiraitre cette forêt de Gommiers. C'est la station la plus se|)tentrionale d une espèce répandue depuis le Sénégal à l'Ouest, jusqu'en Arabie à 1 Est. et qui s'étend sur une zAne de loO kilomètres du Ncud an Sud.

D.ins rextrème Sud, rost le vrai désert. La végétation devient plus rare eneore. De vastes espaces sont couverts de broussailles clairsemées, basses, sans feuilles développées, comme cela se voit chez le Itctama liriam par exemple, ilans les régions salifères. les Itlautes grasses et glaucjues dominent : les Salsolacées, les Slalicées

LV VKGKTATION NATURKLLE

I Lrmoniastrum nionopetalum et autres), etc. . . Le gypse est annoncé par des espèces spéciales, telles que : Gijmnocarpm dccandnts, Ht'niiaria frudrosa, l'olycarpsea fragilis, Hedusanan carïwxum, Fagonia (alifolia, F. frudcans. Sur les dunes sableuses se voient .Micore quelques éléments arborescents: Tamarir, CaUigouuni comosiim; VEphedra alala y remplace VKphedm allixaima de la zone subdésertique. L'.'s Jujubiers, surtout le Zi/ziphus lotus occupent de

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fis. 40. — Inkiieur de l'oasis de Tozeiir.

vastes espaces: le Zuziplixs ciilgaris tl le/, -s/n/u/ IJuisti (fig. 38) sont souvent cultivés.

Au milieu de ce pays désolé, c'est un repos, à tout point de vue, (lii percevoir les taclies sombres des oasis de Palmiers (fig. 8), seules localités du désert où poussent des arbres donnant une ombre capable d'arrêter les i-ayoïis d'un soleil brûlant. Je n'insisterai pas sur les conditions bien connues nécessaires pour assurer la vie de ces beaux végétaux auxquels leur port majestueux et noble avait valu de la part de Linné, la qualification de Principes: elles sont lésumées dans le dicton arabe suivant lequel ils vivent les pieds

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thins l'eau et la lèle dans les feux <lu soleil. Li Palmier (laitier est la plante maîtresse du Sahara ; c'est là seulement qu'il mûrit ses fruits, et qu'il se rencontre en aj^iiloméralions massives: plus au nord on peut en voir (|uelqiies petits yroupL*s ou des pieds isolés; jaiiKiis il ne forme les puissants et admirables massifs de verdure. splendeur des paysages déserli(|ues, et à l'ombre desquels l'Aniljt* abrite sa demeure et ses cultures (lig. 40).

.l'ai làclié de vous présenter, bien imparfaitement esquissés dans un temps trop court, les principaux aspects de la véjçéliilion liiiiisicniic.

rOMMl MolK PAI. M. E- l'I HVND

Fis. U. — Vieux Cactus (Opniitta) chez le Calife de /.embra.

Peut-être vous étonnez-vous que j'aie passé sous silence deux plantes qui. pour le voyageur traversant la Tunisie, en semblent caractéristiques: lOlivier dont j'ai mentionné seulement la présence à l'état sauvage sur les pentes de la Tunisie septentrionale et centrale, sans même citer les belles olivettes qui fout la richesse de leurs propriétaires dans les mômes régions et qui leur donnent un aspect tout spécial : le Cactus {Opuntia Firu^i-iudica) (lig. 41) qui a poussé au bord de tous les chemius, qui s'accroche à toutes les ruines, et sépare sous forme de haies les champs des indigènes.

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Si j'en ai fait oubli, la chose est voloiilaire.

Les Oliviers, en dehors de leur rôle dans les broussailles, signalé chemin faisant, sont plantés par l'Honnne. Celui qui, dans la séance prochaine, traitera devant vous des cultures vous fera faire avec eux plus ample connaissance.

Les Cactus, bien qu'aucun peintre moderne représentant une scène biblique n'omette d'en poser un au premier plan, n'ont été introduits dans le bassin méditerranéen qu'après la découverte de l'Amérique. Les anciens l'ignoraient : sur les peintures pompéiennes, où les végétaux à caractère décoratif ont été fort employés, on ne voit pas trace de celte plante à silhouette si spéciale. Mais depuis, elle se plait si bien sur les bords de la Méditerranée, qu'elle est devenue un élément essentiel du paysage.

KnfiD, avant de terminer je dois dire quelques mots de certaines plantes qui ont attiré l'attention, mais dont l indigénat a pu être contesté.

Je ne reviens pas sur le Lis et la Rose de Provins, importés, pense-t en, au temps des Croisades et maintenus dans des localités restreintes. Une autre fleur charmante, dont la vogue est grande chez nos horticulteurs de France depuis quelques années, le Cnclameu pcrsirum a été trouvé à Ulique et à Hamman Life, non de Tunis. Sa station normale est plus orientale que la Tunisie, niais pas autant que le ferait supposer son nom spécifique. C'est une plante,^ non de Perse, mais des régions sud orientales du bassin méditerranéen. Dans la Régence, il est localisé avec une autre plante d'Orient, le Coronilla Eineroides, à la base de la presqu'île du cap Bon.

11 paraîtrait aussi que le Laurier rose [Nervim Olenudcr), ornement du bord des eaux, aussi bien dans le Nord que dans le Sud (fig. 42) ne serait pas indigène et aurait une origine orientale. D'autre part, la présence dans les terrains tertiaires de l'Europeoccidentale de Neriiim très voisins de cette espèce militerait, semble-t-il, en faveur de Tindigénat de cette espèce. Quoi qu'il en soit, sa large difïusion en fait actuellement un élément caractéristique de la végétation en Tunisie.

Je ne puis citer ici toutes les autres espèces orientales, assez. nombreuses, dont on a constaté la station la plus occidentale en Tunisie, quelles y soient réellement indigènes, ou qu'elles y aient

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