‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 24 sur 61 · II.— RICHESSES AGRICOLES ET PRODUITS DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

II.— RICHESSES AGRICOLES ET PRODUITS DE L'AGRICULTURE

1> L'Agricultura proprament dite. — Les deux principales ressources de la Tunisie sont, à l'époque actuelle, le Blé et la Vigne, Ces deux végétaux, qui sont aussi la base primordiale de l'agriculture française, sont trop connus pour que nous les examinions longtemps.

La Vigne. — La Vigne croît à l'état sauvage dans l'Afrique mineure ; elle était déjà largement cultivée pendant l'occupation romaine, aussi, dès le début de notre installation, elle a séduit les premiers colons. Pour beaucoup elle a été une source de déboires qui se sont encore accrus par la reconstitution des vignobles français, après la lutte contre le phylloxéra. Il y a aujourd'hui en Tunisie 7.000 hectares plantés en vignes qui, avec un rendement moyen de 60 à 100 hectolitres de vin par hectare, pourraient produire annuellement plus d'un demi-million d'hectolitres de vin. En réalité, l'exportation de 1901 n'a été que de 27.886 hectolitres.

Comme la Vigne vient partout avec une extrême vigueur dans l'Afrique du Nord, M. Paul Bourde ne regarde pas la situation de la viticulture tunisienne comme désespérée. Il pense, au contraire, qu'elle peut être, pour le Nord, l'industrie la plus propre à fixer les colons. Enfin, la culture de la Vigne en vue de la production des raisins de table en primeurs, peut être également une source de profits.

Le BU. — La culture des Céréales, qui avait pris tant d'extension au début de la colonisation tunisienne, est devenue, elle aussi, peu rémunératrice. On est même arrivé à dire couramment que le blé même, ne pouvait faire vivre que l'indigène.

D'ailleurs, les récoltes varient énormément d'une année à l'autre. L'exportation en blé de la Tunisie, qui était de 41.804

tonnes en 1900, est tombée à 18.642 tonnes en 1901, alors que celle de rAlgérie passait de 82.433 tonnes à 133.190 tonnes.

D'après M. Grandeau, la cause des mécomptes a été la culture trop expansive donnée au Blé dès les premières années de l'occupation. Les premières récoltes furent superbes ; mais on oublia qu'en Algérie, comme partout ailleurs, on épuise rapidement le sol par des récoltes répétées, si on ne lui restitue pas par des enûrrais et des amendements, les éléments que la récolte lui a soustraits

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CLICHE CUANKL

FiG. 43. — Cullures indigènes, principalement de Céréales, aux environs de Sfax.

C'est précisément ce qui est arrivé en Tunisie. On ne pratiquait pas l'élevage, donc l'emploi des engrais était inconnu. L'épuisement de la terre chez les colons européens a été d'autant plus rapide qu'ils remuaient, avec leurs instruments agricoles perfectionnés, beaucoup plus de terre que les indigènes.

Il est donc nécessaire aujourd'hui de réenrichir les terres par des fumures abondantes, el, si on coulinue à faire du Blé. il faudra joindre à sa culture l'élevage du bétail.

L'Elevage. — Malheureusement les prairies naturelles sont à peu près inconnues dans le Nord de l'Afrique. Quant aux prairies arti-

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ficielles, les essais pour les constituer avec les mêmes plantes que chez nous : Trèfle, Luzerne. Sainfoin, ont échoué, les conditions climatériques étant trop différentes dans ces deux contrées.

M. Paul Bourde, qui a tant fait pour l'agriculture en Tunisie, a appelé l'attention sur quelques végétaux du littoral méditerranéen dont la culture ne semi)le pas avoir pris jusqu'à ce jour une grande extension. Il s'agit du Sulla ou Sainfoin d'Espagne, du Fenu grec ou Trigônella dé\k utilisé parles Romains, enfin du Caroubier dont les fruits rendent tant de services en Italie.

On a fait aussi beaucoup de bruit, dans ces derniers temps, autour du Cactus raquette ou Figuier de Barbarie. Il en existe des variétés inermes, très recherchées par le bétail, mais il ne semble pas. jusqu'à présent, que leur culture soit entrée dans la pratique.

Comme on le voit, la question de l'élevage est loin d'être résolue en Tunisie. Elle se pose non seulement là, mais dans la plupart des colonies françaises, où les indigènes se contentent de faire pâturer leurs troupeaux dans les steppes non aménagées. C'est parfait au printemps ou dans la saison des pluies, lorsque la végétation exubérante fournit des pâturages abondants. Il n'en est plus de même à la saison sèche, pendant laquelle tout se dessèche. Il y a donc dans ces pays une période des vaches grasses et une période des vaches maigres, et cet état de choses est incompatible avec l'élevage rationnel .

2'^ Arbres fruitiers de grande culture. — L'Olivier. — C'est M. Paul Bourde qui, l'un des premiers, a attiré l'attention sur l'importance de la culture de l'Olivier en Tunisie.

Nous devons également de très intéressants renseignements sur cette question à M. le comte de l'Espinasse-Langeac, au mémoire duquel nous avons largement puisé.

La culture de l'Olivier, pendant les 600 ans qu a duré Ja domination romaine, a eu une extension considérable, depuis le nord jusqu'à l'extrême sud et les cuves en pierre des huileries romaines se retrouvent presque partout. C'est l'invasion des .A.rabes qui a anéanti ces richesses.

Depuis les statistiques récentes. 12 millions d'Oliviers couvrent aujourd'hui le sol de la Tunisie.

1° La région nord à elle seule en contient o millions, mais ils

soiiL mal plantés, d'une taille rabougrie, leur culture est négligée ; aussi pour un nombre égal d'arbres, on observe un rendement moitié moindre en olives que plus au sud.

2o La région de Sousse comprend 4 millions dOliviers. Ils sont taillés et ordinairement bien entretenus. On est parfois forcé d'irriguer et alors les Oliviers sont dans des fondsoù s'accumulent aussi les eaux de pluies.

3'^ C'est dans la région de Sfax que, depuis loccupation française, s'est concentré tout l'elTort des Européens pour cultiver l'Olivier. Ils ont parfaitement réussi. Il y a aujourd'bui autour de Sfax une véritable forêt dOliviers de près de 40 kilouiètres de rayon. Elle comprend plus de 1.200.000 Oliviers adultes et plus de 600. OuO jeunes arbres.

(( Les plantations qui y existent déjà sont superbes, dit M. Paul Bourde dans son remarquable rapport, et laissent bien loin derrière elles tout ce que l'on |)eut voir en Europe comme développement de l'arbre et quantité de fruits ; la taille et la forme à donner sont très rationnelles ; sans enseignement du dehors, i>ar le seul effet de ses propres observations, rintelligenle et laborieuse population de Sfax est arrivée à porter la culture de l'Olivier à un degré de perfectionnement tel que la science agricole européenne n'a rien à corriger ni rien à ajouter à ses procédés. »

4° Dans le sud et le centre, il ne reste plus que des traces des vastes olivettes qui ont couvert ces contrées à l'époque romaine. ■Quehiues points sculemeni ont conservé ces richesses: l"ile de Djerba a 500.000 Oliviers très l)eau.\-, la région de (iabès 2'JO 000, les •environs de Kai rouan 80.000.

Le cinquième des Oliviers de la Tunisie, sont domaniaux ou habous, c'est à dire existent sur des biens de main morte. Leur entrelien est nul ou rudimentaire. Il serait utile que l'.Administralion de la Régence se préoccupât d utiliser d'une façon plus i>ro- 'ductive ces richesses inemployées faute desoins.

Quant aux quatre autres cinquièmes ils appartiennent à des Sociétés agricoles ou à des particuliers indigènes ou européens.

La plupart des plantations récentes ont été faites en association, en vertu dun contrat de iiiijartia d'ajn-ès lequel le propriétaire achète la terre et la livre à un indigène qui devient son m'garci. -Celui-ci entretient la jeune plantation, mais il a droit de faire à son

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profit, pendant les 4ou 5 premières années, des cultures intercalaires de Céréales. Lorsque les Oliviers peuvent suffire à leur entretien, ils sont partagés en deux parts égales par un expert, et tirés au sort entre le propriétaire et son m'garci.

Voici comment la culture se pratique dans les régions de Sfax. Les plantations sont régulièrement alignées, et chaque pied est espacé de 24 mètres en tous sens des autres, de sorte qu'on ne

CLir.HE CH.V.NKL

FiG. 'li.

Olivie:s.

Exlraclion de l'huile par les indigènes : l'huile sortie des olives éc.asees dans l'eau, surnage à la surface de celle-ci où on la recueille.

compte que 17 Oliviers à l'hectare. Cet écartement excessif, en rendant les arbres mieux aérés serait, paraît-il, favorable à la production, puisque 1 hectare avec 17 arbres à Sfax rapporte plus que 1 hectare avec 100 ou 200 arbres dans le nord.

Les plantations se font uniquement avec des éclats détachés d'arbres vieux et portant une partie d'écorce, d'où partent plus tard les rejets. Elles ont lieu de décembre à mars, pour profiter des pluies d'hiver. L'arrosage est indispensable au désert. Pendant les six premières années, on fait des cultures intercalaires de Blé, Orge et Fèves qui ont pour résultat d'ameublir le sol. Plus tard, on se

contente de labourer le terrain à la charrue ou de le nettoyer à la maacha, sorte de couteau qui extirpe les mauvaises herbes.

Les arbres commencent à rapporter quelques fruits dès la 5® année, mais ce n'est guère quà partir de la 10« année qu'on peut compter sur un réel rapport et à partir de 15 ans l'arbre est en plein rapport.

On compte habituellement une bonne récolle sur deux.

La floraison de l'Olivier en Tunisie a lieu en avril-mai. En juin les fruits sont déjà formés; ils commencent à mûrir en oclobre sur les jeunes arbres, plus tard sur les vieux.

La cueillette dure .'i ou i mois, jus(|u'en janvier.

Dans If; nord elle se fait à la gaule ; prés de Sfax, elle se fait très soigneusement à la main.

On com|)te une vingtaine de variétés dans la Régence.

Les deux f|ui prédominent sont le rA*j7of/idans le nord et le Chctulali dans la région de Sfax.

Les S(>uaha-cl-(ilji(i (à Tunis), \e> IScllialti et les Mah là Siaxi sont très belles et seraient bonnes pour la table, mais la préparaliou pour cet usage est encore ignorée en Tunisie.

Il nous reste à examiner comment l'Kuropéen peut améliorer cette ciiltnro et éteridio la production de la Tunisie.

En dehors de l'irrigation. (|uand elle est nécessaire, eldes labours. r()li\ ici (h'iiiaiide peu de soins. Pendant qu'il est jeune, on le taille un peu cha(|ue année ; plus tard on ne le taille guère que tous les deux ans. (le travail se fait par des indigènes spéciaux, à la scie et à la serpe et avec le plus grand soin.

La fumure est le plus souvent inconnue ; cependant quebjues pro|)riétaires font «léposer de temps en temps, au pied de chaque arbre adulte, une charge de fumier (jui a pour résultat d'accroître le rendement.

La chaleur est très utile à l'Olivier, la teneur du fruit en huile augmente de 26 (I/o h Tunis à 31 p. 0 0 au Djerid. Pourtant il y a une température optima (jui ne doit pas être dépassée. En Afriijue. les montagnes du Hohaggor et du Tillesti et les oasis du Fezzau sont les derniers points vers le sud où Ton trouve l'olivier au Sénégal ; les essais d'acclimatation de cet arbre qui ont été tentés à diverses reprises, ont toujours échoué.

Dans la région méditerranéenne, la cherté de la main d'œuvre

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et souvent les froids des hivers rigoureux qui aljîiuent les arbres, limitent la culture.

C'est donc l'Afrique mineure et spécialement l'Algérie et la Tunisie qui se prêtent le mieux à la culture de l'Olivier. Cette culture est l'une des plus rémunératrices que l'on puisse faire, comme le remarque M. Bourde; malheureusement la récolte est longue à attendre et peu de colons consentiront à laisser dormir leur capitaux 10 ou 15 ans.

La production d'huile d'olive dans la Régence a subi un accroissement considérable depuis quelques années. En 1881 la Tunisie exportait en France 3 millions de kilogs En 1893 — 10 — —

En 1S99 — 15 — —

En l'JOl l'exportation n'aurait été que de 9 millions 12 —

La France en important annuellement plus de 30 millions de kilogs, on voit qu'il reste encore une large marge pour accroître la production

Toutefois, il serait imprudent d'étendre les plantations d'Oliviers d'une manière illimitée. L'huile d'olive a trouvé de sérieuses rivales dans les huiles fabriquées avec la graine de Coton et avec les Arachides.

Bien clarifiées ces huiles ont des qualités comparables à Ihuile d'olive. Aussi leur consommation prend-t-elle une importance considérable dans le monde.

Pour lutter contre cette concurrence, le fabricant d'huile d'olive devra chercher à obtenir des qualités tout à fait supérieures. On n'emploiera que des fruits sains et de belle qualité, cueillis à maturité ; ils seront traités dans des moulins très propres actionnés par la vapeur ; enfin les opérations du montage, soutirage et filtrage de l'huile se feront autant que possible à l'abri de la lumière. C'est grâce à des procédés de préparation semblables que l'huile d'olive de Californie a obtenu la haute réputation dont elle jouit sur les marchés américains.

Il ne faut pas oublier enfin le débouché que peuvent trouver sur nos marchés, les belles olives comme fruit de table.

L'olive verte confite est celle qu'on consomme le plus en Europe.

Si on lui substitue l'olke parfaitement mûre, on obtient un produit plus agréable au goût, plus parfumé; mais la préparation de ces

110 AUOl'Sïi: CHKVAMEU

fruits est plus délicate. 11 n'est pas douleux fjuu des olives préparées ainsi avec grand soin auraient un écoulement assuré en Europe.

M. Maurice de Vilmorin a consigné, dans un très heau rapport sur l'horticulture à rEx])osition de Chicago, la méthode usitée en Amérique pour préparer les olives de laltle.

Après avoir recueilli avec de grands soins de manipulation, les olives mûres, on les place dans un récipient plat et ou les recouvre d'une solution de carbonate de soude dans la proportion de 150 gr. par décalitre de fruits ; on soutire la liqueur et on la reverse par en haut pour éviter la dillérence de concentration dans ses différentes couches. Après 12 heures, on s'assure, en ouvrant quel(|ues fruits, de la pénétration de cette lessive. Ouand elle a agi jusqu'au noyau, elle est soutirée et remplacée par de I eau pure (jui doit en dissoudre les dernières traces, on décante et on lave plusieurs fois pour enlever toute trace alcaline. On sale alors pour lendre l'olive plus agréable au goût, si l'on doit rem|jloycr de suite ; sinon l'on fait une saumure plus énergi(iue, où l'on conserve le fruit jusqu'au moment de le servir, ce qui a lieu après un dessalage à l'eau fraîche.

Le Fit/uier. — La ligue joue un rôle considérable dans r.iliint'nlation des indigènes de l'Algéi-ie cl de la Tunisie.

C'est grâce à la ressource de cet arbre (jue la population atteint une si grande densité en Kiihylie.

On estime ([u'une personne y consomme plus de 100 kilog. tie ligues par an et. pendant 2 mois 1/2, du 15 août au ."iO octobre, la figue fraîche tient une |)la(e prépondérante dans l'alimentation huniainc. Plus taid. lors(|u'ellt' est desséchée, elle reniplace le pain dans la nourritui-e des indigènes.

Mais (>e n'est pas seulement comme proiluit île consommation locale (|iie la figue est précieuse en Algérie et en Tunisie. Klle peut donner lie;i à un commerce d'exportation important . Ku 1800, la France a importé 16 millions de kilogs de figues dont la moitié venait d'Algérie. Le reste nous a été fourni, par l'Italie, l'Kspagne, le Portugal.

Le Figuier appartient à l'un des genres île plantes les plus curieux (|ue l'on connaisse. i)ar la disposition de ses Heurs.

i.a ligue est constituée par un ensemble de petites fleurs très

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nombreuses, placées côte à côte, sur une paroi commune nommée réceptacle, et dont les bords se sont rapprochés, de manière à former une sorte de bouteille qui n'est autre que la jeune figue.

A l'entrée de la bouteille, qu'on appelle l'œil de la figue, se trouvent quelques tleurs mâles très petites ; au-dessous sont les fleurs femelles pédiculées, très nombreuses.

L'ovaire de chacune de ces fleurs produit une seule graine très petite, ce sont les pépins de la figue.

Pour faire mûrir les figues eu Algérie et en Tunisie, les indigènes pratiquent une opération extrêmement curieuse, la caprlfication dont on a longtemps méconnu la signification. Ils vont cueillir sur certains Figuiers sauvages ou cultivés, les fruits non comestibles de ces arbres. Ils font des chapelets de ces figues nommées dokkars et les susi)endent dans les arbres cultivés, prétendant que cette opération est nécessaire pour (lue l'arbre puisse donner de beaux fruits.

Grâce aux intéressants travaux de .Mayer, de Solms-Laubach, de Swingle et de Trabut, on connaît aujourd'hui la raison de cette opération. La plupart des Figuiers domestiiiués ont perdu leurs fleurs mâles par la culture. Au contraire, les dokkars sont riches en fleurs staminales, et ces figues sont constamment habitées par une petite Mouche, le lUastopharja P><enes, (|ui vit normalement sur le Figuier sauvage.

Lorsque les chapelets de dokkars sont transportés sur un Figuier cultivé, les .Mouches s'éclia[)pent par l'œil du fruit et vont à la recherche de nouvelles figuesoù elles pourront déposer leurs poules. Dans certaines figues sauvages, il y a précisément des fleurs spéciales adaptées à cette fonction, M. Trabut les appelle des fleursgalles. Le Iflastophaga, en s'échappant tlu dokkar,. s'esl chargé de pollen. Apercevant une jeune figue domestique, il pénètre à l'intérieur à la recherche des lleurs-gallcs ; mais il commet une erreur, car cette figue ne renferme que des fleui's normales femelles. Dans cette figue, la mouche qui a perdu ses ailes en pénétrant, cherche vainement à faire sa ponte. En parcourant l'intérieur de la figue, elle féconde les fleurs femelles au moyen du pollen ai)porté de la figue mâle où elle a pris naissance. Finalement elle meurt, ne pouvant parvenir à sortir de la figue, mais les ovules ont été fécondés et la figue peut dorénavant grossir.

M. de Solms-Laubach a moairé qu'il existe aujourd'hui des races de Figuiers domestiques qui possèdent des fleurs mâles et femelles dans la même fijrue. La caprification ne leur est plus nécessaire et elle n'est conservée que par tradition.

Par contre, il y a des races auxquelles la caprification est indispensable. De ce nombre est le Figuier de Smifrne. Cet arbre fut introduit en Californie en 1880. Jusqu'à ces dernières années, il fut largement mulliplié par bouture, mais il n'avait donné aucun fruil, lorsque M. Rœding s'aperçut qu'en le fécondant artificiellement, on obtenait «les figues. Le D"" Eisen étudia de nouveau la question et constata que si les Figuiers et Caprifiguiers étaient depuis longtemps acclimatés en Amérique, les lilas(ophaga y manquaient toujours, ce qui expliquait l'échec de la culture du Figuier de Smyrne dépourvu de fleurs mâles.

En 1899, M. Swingle envoya d'Alger en (Californie les premières figues mâles qui apportèrent en Amérique la mouche des figues. (( Ces figues suspendues sous des Caprifiguiers peuplèrent rapidement les figues dites d'Okkar et, dès 1899, la caprification put être exécutée chez M. Rœding. Kn 1900, la récolte fut de 7 tonnes de figues sèches de Smyrne, elle sera probablement de 70 tonnes en 1901; aussi le département de l'Agriculture des États-Unis considère l'introduction du lUastophagd en Californie comme l'un des événements agricoles les plus importants de l'année 1899. » Ces renseignements, publiés récemment par M. Trabut, montrent tout l'intérêt que peut présenter parfois, même au point de vue pratique, l'étude de la biologie.

Le grand avantage du Figuier, c'est qu'il commence à rapporter 15 mois après avoir été bouturé

11 y aurait avantage à grefler les belles variétés de Provence, d'Asie mineure et de Portugal.

C'est surtout à l'état desséché que la figue peut faire l'objet d'un commerce important. La dessiccation des figues est une opération délicate et demande des soins minutieu.x.

D'après M. Maurice de Vilmorin, voici comment on procède aux Etats-Unis, où cette production tient une grande place, surtout dans la Floride.

Cueillies avec soin et à parfaite maturité, les figues sont placées sur des claies exposées le jour à l'anleur du soleil, souvent après

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avoir passé aux vapeurs d'acide sulfureux, pour rendre le fruit encore plus blanc. Elles sont retournées fréquemment, et celles qui laisseraient couler un jus mielleux, sont placées de façon que l'œil soit à la partie supérieure ; le jus se coagule assez promptement. Pour détruire les germes d'œufs et de larves qui pourraient avoir été déposés sur leur épiderme, les figues sont immergées un moment dans un bain d'eau bouillante et salée.

La dessiccation dure o à 10 jours. Les fruits soigneusement assortis sont mis en boîtes et pressés à la main, et c'est dans cet état qu'ils sont livrés au commerce.

3° Arbres fruitier.s ordinaires. — Les arbres fruitiers que peut produire l'Afrique mineure sont extrêmement nombreux. Je ne parlerai pas des fruits tropicaux : bananes, goyaves, avocats, anones, litchis.

Ce sont des productions qui viendront toujours mal en Tunisie, qui demanderont beaucoup de soins et qui, cependant, n'auront ni la saveur ni la beauté des fruits venus sous les tropiques. La France possède un domaine colonial suffisamment varié et suffisamment étendu pour faire produire chaque denrée sous un climat approprié. Si nous voulons obtenir ces fruits tropicaux, notamment les bananes et les anones qui commencent à prendre place sur nos tables parisiennes, nous avons, à quelques jours de Bordeaux, ces admirables vallées de la Guinée française qui peuvent les fournir dans des conditions très avantageuses.

La Tunisie a d'ailleurs assez de fruits de table en dehors de ceux qu'on trouve sous le climat de Paris (pèches, poires, pommes, abricots, prunes, cerises) pour alimenter un commerce d'exportation important. L'essentiel est qu'elle parvienne à cultiver des races améliorées et à produire des fruits qui, par leur beauté et leur saveur, puissent évincer sur les marchés ceux que fournissent déjà des contrées analogues.

J'ai déjà parlé de l'Olivier et du Figuier comme fruits de table en même temps que comme fruits d'industrie. Dans un moment, je parlerai du Dattier comme fruit saharien.

V Amandier est un des arbres qui résiste le mieux à la sécheresse et, à ce titre, il est précieux pour la Tunisie. Il y est d'ailleurs spontané en beaucoup d'endroits, mais l'amande de l'arbre sau-

vage est petite et anière. Il est donc nécessaire de grelTer ces arbres, et l'on a avantage à propager les belles variétés de la Provence.

Les Kakis et les Néfliers du Japon, originaires l'un et l'autre de l'Asie orientale, réussissent très bien sur la côte méditerranéenne, etcerlaines variétés sont assez agréables.

Mais, de tous les arbres fruitiers de table, dont la culture peut devenir une source de richesse pour la Tunisie, il faut placer au premier rang les Orangers, les Citronniers et les autres espèces du même groupe : mandarines, limons, benjamotes.

M. Maxime Cornu pensait qu'en Tunisie ces arbres ne peuvent être cultivés que sur les montagnes. Je crois qu'ils réussiront partout, pourvu qu'ils soient plantés dans des terrains frais, sou vent remués, bien entretenus et soigneusement irrigués.

On se rendra mieux compte de 1 importance que peut prendre ce commerce, si l'on réfléchit que la France importe chaque année plus de 20 millions de kilogr. de citrons et d'oranges, venant surtout d'Espagne, et que l'Algérie n'en fournit guère que 4 millions (4.138.300 kilogr. en 1901).

Pour con(iuérir les marchés de l'Europe, il y aura des ellorls sérieux à faire, car l'Espagne, l'Italie et la Syrie nous feront une concurrence terrihle. Déjà d'ailleurs l'Angleterre qui consonjme 200 millions d'oranges par an (G jtar habitants! se fournit non seulement dans ces i)ays, mais voilà qu'elle importe des fruits des Canaries, des Açores, de la Jama'ùiue et même, parait il, du Cap. Il faudrait que les^cultivaleurs tunisiens comprennent (]ue s'ils veulent exporter leurs oranges, ils doivent faire autre chose que les variétés cultivées par les indigènes, variétés venues le plus souvent par graines, non greffées et donnant des fruits plus ou moins acides et de taille médiocre.

Il faudrait, par exemple, cultiver ces admirables Washington navels des Etats-Unis déjà introduits au Cap et eu Australie. Ce sont les plus belles oranges du monde, de magnifiques fruits, excellents au goût, d'une belle couleur et ayant une dimension double des oranges ordinaires. On pourrait encore introduire les plus belles variétés de mandarines d'Espagne et des cotes de Provence, la belle orange sanguine si parfumée, l'orange deBlidah,qui est délicieuse de février à mai. Malheureusement on lécoule en France au début

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de la saisou, comme primeur et, lorsque les oranges de Valeace arrivent sur le marché, le marchand délaisse les oranges deBlidah, qui sont moins grosses, ont la peau plus épaisse et lui coûtent plus cher en raison des tarifs de transport plus élevés. Il y aurait enfin grand intérêt à cultiver, dans les pays de montagnes des variétés tardives, comme celles deBeni-Salah en Algérie ou de Toudja qui, pouvant se conserver jusqu'en août, peuvent alors être écoulées à un prix très élevé.

Le cilwn peut, lui aussi, devenir un des fruits d'avenir de la Tunisie, en raison de la consommation de plus en plus importante qui s'en fait, surtout pour la confection des boissons rafraîchissantes. Le Citronnier est d'ailleurs un arbre à croissance rapide et de grand rendement. Cinq ans après l'écussonnage, un Citronnier peut déjà rapporter 100 ou 150 fruits, et, quand il est adulte, il peut fournir jusqu'à 3.000 fruits par an.

Mais, pour ces fruits comme pour les oranges, il est nécessaire, si l'agriculteur tunisien veut les exporter, qu'il arrive non seulement à cultiver des variétés irréprochables, mais encore qu'il fasse la cueillette des fruits avec un soin extrême, qu'il procède méticuleusement au triage et à l'emballage, n'hésite pas à rejeter les fruits avariés et qu'il satisfasse toujours les commandes dans les délais les plus rapides.

Le développement si prodigieux de la production des oranges aux Etats-Unis doit servir d'exemple au planteur tunisien. Il n'y a pas longtemps encore l'amérique du Nord ne produisait pas d'oranges ; elle s'approvisionnait aux Antilles, en Espagne, à Malte et en Syrie.

Aujourd'hui, les Etats-Unis se fournissent eux-mêmes et les récoltes de ces fruits, comme celles des prunes, donnent lieu chaque année à un commerce de millions de dollars. Pour le seul État de Californie, la récolte d'oranges est passée de 13 millions de francs en 1889 à 19 millions en 1892, et en 1898 l'exportation de cet État a été de plus de 36 millions de francs, d'après le Valijorniaii State Board ofTrade Retunis.

La Floride, la Géorgie, la Louisiane, l'Alabama en exportent aussi des quantités considérables. Pour parvenir à ce résultat, les planteurs californiens ou floridiens ont gagné la confiance de leurs fournisseurs en n'envoyant que des produits parfaitement classés

suivant leurs catégories de qualité et en développant atant tout ht production de choix.

40 Culture des plantes industrielles. — Les Agrnes textiles. — Depuis quelques années, quelques produits coloniaux comme le Ihé, l'indigo, le café ont subi une grande dépréciation. Au contraire certaines libres, utilisables pour la fabrication des cordages, ont vu leur prix s'élever par suite de l'abandon de la culture du Bananier textile ou cbanvre de Manille, survenu pendant la guerre des Philippines.

C'est surtout vers le chanvre de Sisal ou llenequen (Agai* rigida) que s'est portée l'activité des planteurs. Dans les Indes, à Cuba, au Venezuela, dans r.\frique orientale allemande, on a commencé la plantation de ce textile, mais jusqu'à présent aucun résultat appréciable n'a été obtenu. 11 est môme très probable que la plupart des tentatives échoueront, les colons ayant oublié que le Sisal ne convient point aux contrées chaudes et humides.

Il demande de la sécheresse, sui)porte bien les grandes variations de leiiipéialure, enlin au .Mexi(jiie, sa patrie, il recherche les lieux arides et r(ti';iillenx. Ces conditions se Irouvenl parfaitement réalisées dans plusieurs régions de la Tunisie.

Cependant il y aurait peut-être danger, d'aprcs M. le docteur Weber, à chercher à introduire en Algérie et en Tunisie l'.l^'rtre rigida qui piodiiil le chanvre de Sisdl. Cette plante esten elletfranchement tropicale, elle croit sur le littoral du golfe du Mexiipie. et il y a peu de chances (|u'elle puisse s'étendre dans rAfri(|ue mineure. 11 n'eu est pas de même de l'Agave heteracantha qui donne lieu à un commerce très important au .Mexique et fournit ce qu'on appelle le crin de Tampico, rempla(;anl le crin de cheval pour la fabrication de la brosserie commune et île la matelasserie. Le crin de Tampico vient en effet dans les endroits élevés du Mexique.

L'.l//arc SabniaiuL bien connue aujourd'hui dans nos jardins méditerranéens comme idante ornementale, fournit le l'ouhjne, boisson nationale des Mexicains. La culture en grand réussirait fort bien dans une grande partie de la Tunisie où il pourrait ainsi donner des libres.

L'Agave anicricana, vulgairement connu sous le nom dAloès et déjà fort répandu en Tunisie, ne doit pas être délaissé malgré la

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qualité inférieure de sa fibre. Il a l'avantage de croître très rapidement et de convenir admirablement au sol de la Tunisie.

D'après M. Schulte im Hofe, les feuilles donneraient de 5 à 7 0/0 de fibres se vendant en Angleterre de 250 à 300 fr. la tonne.

Un planteur de Tunisie aurait obtenu récemment des fibres d^igavc qui ont été cotées 500 à 600 fr. la tonne par un industriel de Lyon. Ce serait à un procédé de décortication spécial que serait due cette qualité supérieure.

Les Indes produisent chaque année de grandes quantités de fibres, sous le nom d' « Aloès des Indes ».

L'Agave n'est ordinairement i)as cultivé, ce sont les talus de chemin de fer et les haies où la plante s'est naturalisée en grande abondance qui sont exploités par cet usage.

M. Suter, directeur de V Agave fibre C", près Bombay, affirme que les fibres de Y Agave anierieana, à condition qu'elles soient extraites absolument pures et blanches, valent ou à peu près le chanvre Sisal. D'après lui, ce ne sont pas les différences d'espèces botaniques qui créent les qualités commerciales diverses, mais ce sont surtout les difTérences de préparation.

La Ramie et le Jute. — La Hamie [Bœhmeria nivea et B. tenacissima ou utilis) est une plante vivace, originaire de l'Asie orientale et appartenant au même groupe végétal que lOrtie de nos décombres. Cultivée surtout en Chine, elle fournit une fibre connue dans le commerce anglais sous le nom de China-grass et susceptible de fournir l'un des plus beaux et des meilleurs textiles qu'il soit possible de rencontrer. Suivant rajjprécialion de M. Maxime Cornu, « la Ramie, en elïet, est un textile remarquable que Findustrie peut mélanger au lin ou à la laine ; traitée industriellement d'une manière analogue, la fibre solide et résistante possède une ténacité extrême et peut, par un traitement convenable, devenir blanche et soyeuse.

)) Elle ressemble alors d'une façon merveilleuse à la soie ellemême ; d'un autre côté, sous une forme moins épurée, elle peut donner des cordes solides et résistantes. Enfin elle peut fournir une pâte à papier de premier ordre et plusieurs gouvernements nont pas hésité à la choisir pour constituer la matière de leurs billets de banque. »

C'est surtout pour la fabrication du linge de table que les fibres

de celle plante peuvent être utilisées ; on en obtient des serviettes inusables, ayant le brillant des tissus de soie. Aussi leur haute valeur et leur longue durée ont alarmé les tisseurs de fils de lin et c'est là le principal obslacle qui a empêché cette matière de prendre sur nos marchés l'importance qu'elle doit avoir. Un autre obstacle qui a duré longtemps était la difTiculté de la décor ticalion.

Elle semble surmontée aujourd'hui par des machines (jui ont été présentées en 1900 au Congrès international de la Uamie, organisé par MM. Bivière et Milhe-Poutingon, directeur de la Hrviie des rult lires vu lo nid le s.

Ce congrès a en outre apporté un peu de lumière à l'un des chapitres les plus obscurs de l'agriculture coloniale.

Pendant longtemps on avait fondé de grandes espérances sur la culture de la Ramie dans l'Afrique du Nord.

Le remarquable rapp(»rl tlo M. Charles Rivière, le savant directeur du Jardin du Hamma (rapport basé sur une élude approfondie des conditions de développement de la Haniie, d'après (le> expériences prati(|ué('s longtemps en Algérie) a établi que la Hamie n'avait aucun avenir en Tunisie : partout où il y a un sol convenable, par exemple snr la côte orientale, les pluies sont trop insuffisantes et les irrigations impossibles.

Ce n'est pas à dire que cette plante ne peut pas pousser en Tunisie, en certains petits espa«'es favorisés. Pendant les années à pluies abondantes, elle prendra un beau développement, mais ce seront des exceptions et le colon français a à sa disposition des territoires plus propices à celle culture, tels que les hautes terres du Tonkin, et là, il pourra se livrer avec beaucoup plus de chances de succès à celle culture (|ui intéresse à un si haut degré notre industrie nationale.

Je crois (|ue c'est également en Indochine et non en .Urique mineure (|ue devra se porter lellort du planteur français pour produire le Jute [Vorchorns rapsuhiris. C. olitorius), autre plante textile, dont les fibres sont universellement employées pour la fabrication des sacs d'emballage el qui donnent lieu, dans ITnde anglaise, à un commerce d'exportation de 13() millions de francs par an.

Le Ficus à caoulchouc. — 11 me resterait encore à vous citer un

PRODUCTIONS AGRICOLES ET FORESTIÈRES ET CULTURES d'aVENIR 119

grand nombre de plantes indusUielles.dont la culture méthodique serait à expérimenter en Tunisie ou bien qui l'a été déjà et n'a donné que des mécomptes aux colons. Je citerai seulement, le Coton, le Tahar, quelques plantes tinctoriales, quelques végétaux à tanin comme la Cana'ujri'.

Je veux seulement vous dire quelques mots d'un arbre à caoutchouc, le Ficus elastica dont on a parlé beaucoup dans ces derniers temps, non parce que je croie à son avenir en Tunisie, mais parce que je pense quil peut y croître et même y donner du caoutchouc. M. Rivière, ayant publié récemment un travail où il constatait que les Ficus elaslica cultivés au Jardin du Ilamma, près d'Alger, ne donnaient pas trace de caoutchouc, M. Vilbouchevilch, directeur du Journal d'Agriculture tropicale, entreprit une enquête sur ce

sujet.

Cette enquête a prouvé que si les Ficus elastica d'Alger ne donnaient pas de caoutchouc, c'est qu'ils appartenaient à une espèce ou à des variétés ditïérentes des plantes qui fournissent la gomme élastique d'Assam ou de Java. 11 existe par contre au Caire des Ficus elastica qui ont donné de très beau caoutchouc, dont j'ai vu des échantillons au Musée botanique de Berlin, récoltés par M. Schweinfurth lui-même. On fait, depuis quelques années, de très importantes plantations de cet arbre à caoutchouc à Java et au Cameroun. Dans cette dernière colonie, M. Warburg n'a pas hésité à faire remplacer plusieurs hectares de boutures de Ficus qui avaient été faites au hasard, par des planlalions de vrais Ficus elastica à caoutchouc, les boutures et les graines ayant été prélevées à Java même, sur des individus dont ou pouvait constater la valeur.

La plupart des Ficus introduits en Afrique mineure proviennent des serres d'Europe. Tout le monde connaît sous le nom de Ficus à caoutchouc ces belles plantes ornementales que l'on cultive dans nos appartements. Us deviennent de véritables arbres de pleine terre à Alger, mais ne sont pas identiques aa Ficus elastica de Java et ne donnent pas de caoutchouc.

Dans les points les plus favorisés de la Tunisie, le vrai Ficus elastica pourra réussir, mais, comme il demande beaucoup d'eau et de chaleur, il se trouvera dans des conditions défavorables, et il sera simplement un arbre d'agrément pouvant se prêter à des plantations d'avenues en raison de son beau feuillage. Si on veut le cul-

l'iO AUGUSTE CHEVALIER

tiver pour son caoulcliouc, r'est dans les régions tro|»icales humides qu'il faudra eu faire des plantations étendues.

5' Plantes à parfums et cultures de jardins. — L'industrie des plantes à parfums. totJJ(^urs prospère en l'iovence, a été introduite depuis quelques années en Algérie et, malgré la baisse de certaines essences naturelles, baisse occasionnée par la préparation des parfums arlificiels. elle donne encore lieu à un commerce important, que M. Lu(| évaluait en 1900 à 1 million et demi.

La culture de quelques plantes odoriférantes pourrait donc être faite avec quelques chances de succès, sur les points les plus favorisés de la côte de Tunisie,

La Violette, qui tient une si grande place dans le commerce du Var et des Alj)es-Maritimes, pourrait aussi (Hre cultivée en Tunisie, non seulement pour son essence, mais aus-i pour la fubrication des bouquets.

Le Géranium ro^'c\l (Pclargonium cnpiuitum] était autrefois assez cultivé en Algérie et il n'est pas douteux qu'il réussisse dans les meilleurs sols de la Tunisie. Mais la valeur île son essence a baissé de plus de moitié depuis (juehjues années et il est à craindre que les nouvelles entreprises qui voudraient se créer ne puissent arriver à lutter avec les essences de Géranium des Indes, de l'Espagne, de Hourlton qui sont connues sur les marchés depuis longtemps.

Ajoutons que le iiMidcinenl ne dépasse pas 20 kilogr. d'essence à l'hectare, valant à peine ;{0 ou .'{.'i francs le kilog.

La Cassie {.{cacia Faniestami), (jue l'on cultive surtout au.\ environs de Nice, réussit très bien sur le littoral tunisien. La maison Chiris recueille tous les ans, aux environs de Boufarik, en Algérie, 40.000 kilogr. de fleurs de (lassie qu'elle utilise sur |»lace pour faire des pommades et des huiles parfumées.

On estime qu'un hectare de Cassilliers produit de 500 à l.(K>0 kilogr. de fleurs. La culture et la récolte demandent beaucoup de soins et une main d'œuvre abondante, mais, au prix de vente de 4 francs le kilogr. de fleurs, on peut encore trouver un taux rému nérateur.

L'essence (VEucaJfipfU!^. produite surtout par VEucaltip{u:< ijlohulu.-<, est couramment employée dans certaines préparations pharmaceu-

PRODUCTIONS AGRICOLES ET FORESTIÈRES ET CULTURES d'aVENIR 121

tiques et donne lieu à un rommerce d'une trentaine de mille francs en Algérie. La facililé avec laquelle réussissent les plantations d'Eucaliiptus dans les terrains humides, doit encourager la multiplication des arbres. Certaines espèces acclimatées en Tunisie comme le Red-Gum (E. rostrata) fournissent en outre un bois très utilisable et si ces arbres ne sont pas, comme on la écrit souvent à tort, un spécifique contre le paludisme, par leurs puissantes racines qui drainent les terrains où elles s'enfoncent, elles font disparaître les marais où se développent les larves cV Anophèles, causes de la malaria. C'est à ce titre que les Eucalyptus ont contribué à l'assainissement de certaines régions réputées inhabitables de l'Italie et de l'Afrique mineure.

Il y aurait encore à citer les essences de jasmin, de rose, de menthe, d'oranger, utilisables dans la parfumerie et que peut produire la Tunisie.

On pourrait enfin utiliser l'Absinthe (Artemisia Absinthium] dont l'essence sert à fabriquer la liqueur si chère à certains alcooliques et si précieuse aussi pour parfumer les eaux avariées que l'on est souvent forcé d'utiliser dans les pays tropicaux.

Parmi les plantes spéciales qui pourraient encore donner lieu à certaines petites cultures locales, nous citerons la réglisse (Glycyrrhiza glahra) dont la partie souterraine donne le bois de réglisse. Dans le sud de l'Italie, cette plante vient dans les terres profondes et fertiles.

Le Câprier (Capparis spinosa) très répandu en Tunisie, pourrait aussi être multiplié. Aux environs de Bougie, on l'exploite en achetant les boutons des plants sauvages au-\ indigènes, mais personne jusqu'à présent n'a songé à cultiver ce condiment.

Ce serait là aussi qu'il faudrait parler de la culture des légumes et des fruits de France, pour l'obtention des primeurs. La réussite de ces cultures sera d'autant plus certaine qu'elle sera faite par des personnes très au courant des procédés de la banlieue parisienne, où l'art maraicher est parvenu à un si haut degré de perfection. La question de l'expédition et de l'emballage de ces produits sera une des principales difïïcultés à résoudre.

Nous sommes obligés de passer aussi sous silence l'arboriculture ornementale et la floriculture qui permettent de créer de si admirables jardins en Tunisie. Je renvoie les personnes que cette

question intéresse, aux beaux travaux de MM. Xaudin, Trabut, Charles Rivière, Maxime Cornu.

Je dirai seulement un mot du (iiinerium argenteum qui produit ces merveilleuses houppes des Pampasque l'on commence à vendre à Paris sous leur aspect naturel ou bien colorées en bleu, vert, rouge, etc., pour la décoration des appartements. Il y a 10 ans. le Sud de la Californie produisait déjà annuellement 2 millions de ces houppes. Cela donnait lieu à un commerce de 1/2 million de francs et il s'est considérablement accru depuis.

Les Giincrinm réussiraient très bien dans les terrains fertiles et suiïisamment irrigués de la Tunisie. Des horticulteurs habiles pourraient ainsi faire produire au rivage méditerranéen un certain nombre de Heurs et de plantes ornementales dont l'ensemble pourrait alimenter un commerce important.

5" Les cultures dans les Oasis. — Là où commence le désert s'arrête toute culture. L'ellort de l'Homme est impuissant à vivi Tierces terres condamnéfis à l'éternelle stérilité, à moins que l'eau nécessaire à la vie des piaules ne soit amenée au voisinage de la surface du sol et |ieiinetle ainsi la constitution d'un oasis.

La principale ressource des oasis est le DdUiev [l^luenix daclylifera). Ce magnihque Palmier est cultivé dans les régions désertiques de l'Ancien Monde depuis le.s civilisations les plus reculées et, du temps de Pline, il consliiuail déjà la richesse du désert.

Tout en étant localisé dans les contrées les |)lus arides du monde, le Dattier est fort exigeant vis-à vis de l'humidité. Il doit avoir, tlit un proverbe arabe, les pieds dans l'eau et la tête au soleil.

Peu importe que le sol où il croît soit pauvre ou riche, salé ou non, pourvu qu'il i)U!sse plonger ses racines dans une terre copieusement arrosée et (juo l'air où s'étalent ses palmes soit chaud et sec. Vis à-vis des températures qu'il peut supporter, il est peu exigeant, puisqu'on l'a vu résister à des froids de — 7^\ Cepen dant, quoique vivant sur les eûtes de Provence et d'Algérie, il n'y mûrît pas ses fruits et ceux-ci n'acquièrent véritablement toutes leurs qualités qu'en plein désert, par exemple, pour la Tunisie, dans le Sont ou le Djérid. Il donne à certaines terres une valeur très élevée, car le rendement d un Palmier est eu moyenne de3fr. par arbre. On cite des domaines dans l'oasis de Gabès qui

PRODCCTIONS AGRICOLKS ET FORESTIÈRES ET CULTURES DAVESIR 123

se veudent lo.UOO francs l'hectare. On évalue le nombre des Dattiers de la Tunisie à 1 million et demi et le nombre des réiiimes^ que chaque arbre peut porter à io ou 20. Un régime peut donner 100 dattes et davantage, aus.si il est facile de se rendre compte de l'imporlance de ce Palmier pour la Tunisie.

Les statistiques tunisiennes de 1898 accusent une exportation de 4 millions de kilogr. de dattes et la production entière peut être évaluée à 23 millions de kilogr.

Le nombre de variétés de Dattiers est incalculable et on n'a eu, Europe aucune idée des innombrables qualités des fruits de ces diverses variétés à l'état frais. La plus recherchée est le Deglet-en- Nour (datte lumière) à chair transparente.

Ce n'est pas seulement du fruit du Palmier dont on fait usage.

Les noi.x concassées et jetées dans l'eau se donnent à manger aux Chameaux et aux Moutons.

Les jeunes pédoncules des fleurs mâles sont mangés par les enfants. Le chou-palmiste, assaisonné en salade, constitue un mets rafraîchissant très agréable. Du reste, on peut le manger également cuit. Au Soudan, où croissent en abondance d'autres palmiers, les Borassus et les Palmiers à huile, nous avons parfois fait cuire lesjjourgeons de ces arbres avec les Francolius de la brousse et nous avions des perdreaux aux choux qui valaient certainement ceux que nous mangeons à Paris. Mais cette cuisine est un sybaritisme que les Arabes, habitués à vivre de la viande de Chameaux étiques, doivent très certainement ignorer.

La spalhe et les fils, qui entourent la base des pétioles, servent à faire des cordes. Les folioles macérées dans l'eau servent à tresser des corbeilles et des tapis. Avec le rachis des feuilles, on fait des palissades pour enclore les plantations.

Le tronc des vieux pieds, dur et presque inattaquable aux Insectes et aux agents atmosphériques, est le seul bois de construction que l'on possède dans les oasis.

Enfin, en pratiquant des incisions au sommet végétatif du Palmier-Dattier, on recueille une sève sucrée qui. par fermentation,, donne le lagmi ou vin de palme. Cette liqueur est lobjet duu commerce important à Sfax, Djerba, et dans le Xefzaoua où on estime le rendement annuel d'un arbre à 9 litres de lagmi.

C'est à la base des feuilles inférieures que naissent les régimes^

124 ALGUSTK CHEVALIEK

c'est-à-dire les inllorescences, enveloppées dans de grandes bractées engainantes nommées spatlies. LesjDaltiers sont toujours unisexiiés, c'est-à-dire que les pieds femelles ont besoin, pour développer des fruits, d'avoir été fécondés par le pollen provenant de pieds différents. Cette fécondation peut se faire à de grandes distances ; les Arabes prétendent même qu'elle peut se faire à travers le désert, jusqu à des distances de 50 milles si le vent est favorable. Au contraire, quand le temps est calme et que les pieds mâles sont clairsemés, il faut l'intervention de l'Homme pour accomplir la fécondation du Dattier (lig. 45).

En Tunisie, on coupe les régimes aux pieds mâles un peu avant leur iiialiirilé. on vient les vendre au marché et les indigènes s'en vont avec les épis de Heuis slaminales qu'ils attachent sur les pieds femelles. On compte habituellement un pied mâle pour 25 pieds femelles. L'opération de la |)ollinisation artificielle est très délicate. On découpe chaque inflorescence mâle en morceaux et l'on place un (le ces morceaux dans le milieu de linflorescence femelle. Le rameau mâle est laissé penilanl 1 mois 1,2 et jusqu'à 2 mois 1/2, On délie ensuite l'inflorescence femelle et l'on |»eut admettre que toutes les (leurs ont été pollinisées. La valeur du pollen se recon naît par sa belle couleur crème et par son odeur rappelant celle du miel fraîchement récolté

On multiplie les Dattiers soit de semences, soit au moyen des rejetons qui se développent au jtied du tronc. Cesl ce procédé qui est généralement employé ; un drageon repi(|ué, commence à produire 4 ou 5 ans après la transplantation et il fournit des fruits identiques à ceux de l'arbre au pied duquel il a été enlevé.

Si l'on sème des graines, elles germent au bout de 3 ou 4 mois ; c'est seulement à partir de la 3' année que la plante donne des feuilles pennées semblables aux adultes et la plante ainsi produite n'arrive à donner des fruits que 12 ou 15 ans après. Ce moyen de nuilliplicalion est rarement employé, car le nombre des pieds femelles est inférieur à celui des mâles improductifs; en outre, les iruits venus sur ces pieds n'ont jamais toutes les qualités des dattes d'où ils soiit issus. Enfin leur croissance est beaucoup trop lente.

Avec le Dattier dans l'oasis, croissent une foule d'arbres fruitiers de pays tempérés et même des Bananiers.

PRODUCTIONS AGRICOLES ET FORESTIÈRES ET CLLTLRES d'aVEMR 125

Dans l'ombre épaisse de cette double voûte de verdure, qui laisse filtrer çà et là un rayon de lumière, écrit Schirmer, entre les sentiers étroits et les canaux où coule une eau limoneuse, la Vigne, les champs d Orge, de Mil ou de légumes, forment des coins de

CLIIJUE PEHVINQUIÈRE

Fig. io. — Indigène montant au tronc d'un Palmier pour pratiquer la fécondation artiflcielle.

verdure fraîche qui contrastent avec le sol brun et poudreux des clairières brûlées par le soleil (fig. 46). Tout cela ne vit que par le Dattier.

Ces espaces sont malheureusement toujours fort limités. Dès que

l'eau manque, le sable nu reparaît et les oasis sont en réalité très •clairsemées dans le Sahara. Partout où l'on pourra, au milieu du désert, faire jaillir des sources en foraut des puits artésiens, on <;rééra de nouveaux groupements humains, car partout où il y aura de l'eau dans le Sahara, le Dattier pourra réussir et IHomme pourra vivre.

Des puits semblables ont déjà été forés dans l'Oued Rir et dans ■divers autres points du sud algérien et tunisien. On ne pourra mal-

Fig. 46. — Culluies sous Palmiers dans une oasis.

heureusement en forer qu'un nombre limité et le Sahara est probablement condamné à l'aridité perpétuelle, ce qui explique la facilité avec laquelle les autres nations de l'Europe nous l'ont abandonné dans le i>artage de l'.Vfrique. L'avenir de ce pays est peut-être dans ses richesses minières ; il n'est pas, à coup sûr, dans la production agricole.

Parvenu à la lin de cette causerie, je crois vous avoir montré, avec suflisamment de développement, l'ensemble des ressources végétales de la Tunisie et des cultures d'avenir pour la colonisaition. C'est de ces cultures que dépend la prospérité de la Régence,

PRODUCTIONS AGRICOLES ET FORKSTIÈRES ET CULTURES d'aVENIR 127

si elles sont sagement conduites par des hommes actifs disposant de sérieux capitaux.

Nulle part au monde il nexisle aujourd'hui de richesses toutes faites que l'homme puisse s'attribuer sans efforts. A notre époque plus que jamais, il faut beaucoup d'intelligeuce, beaucoup d'activité et souvent beaucoup de connaissances spéciales pour faire produire à la terre, d'une faron rémunératrice, les denrées dites coloniales, parce que d'autres peuples ont acquis dans ce genre de cultures une expérience qui nous manque encore aujourd hui. Il ne suffit plus de livrer à la terre improductive, des graines au hasard, en procédant par tâtonnement, en s'en tenant à l'empirisme de jadis.

Aujourd'hui, il faut connaître parmi les innombrables races cultivées de chaque espèce végétale, celles qui conviennent à tel ou tel sol. 11 faut, par des travaux d'irrigation convenablement aménagés et par remploi rationnel des engrais, fournir au substraturacequi lui manque. 11 faut allerchercher dans toutes les parties du monde, les espèces végétales qui font la richesse des contrées analogues et en tenter l'introduction. Le colon doit enfin s'elïorcer d'obtenir pour chaque denrée des qualités tout à fait supérieures, permettant d'évincer sur les marchés, les produits des autres pays.

Il faut surtout éviter les errements du passé: en Algérie et en Tunisie, des capitaux considérables ont déjà été dépensés pour développer la culture du Mûrier, du Coton, de la Ramie, du Jute. Ces plantations ne pouvaient pas réussir et n'ont pas réussi. La France possède un empire colonial sulTisamment vaste pour avoir des pays appropriés à chaque genre de culture. Les colons qui voudront faire du coton, pourront aller dans cette admirable vallée du Niger, qui n'attend que l'ouverture prochaine du chemin de fer pour s'ouvrir à la colonisation. Ceux qui préféreront cultiver la ramie, trouveront dans les grandes plaines du Tonkin des terrains très convenables.

Avec les cultures propres à l'Afrique mineure, les colons trouveront encore en Tunisie suffisamment de ressources, et, par leurs efforts, le territoire de la Régence pourra retrouver la prospérité qu'il connut sous la domination des Romains qui furent les premiers grands colonisateurs du monde.

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