La Qasbali de nairouan
autres, jaloux de leur indépendance; les uns constamment inquiets de la turbulence des autres qui sont toujours prêts à fondre sur les villes, pour faire main basse sur les biens qu'elles renferment ; ennemis nés les uns des autres et maintenus dans un équilibre instable que le moindre incident peut rompre.
En Tunisie, les deux mondes sont en présence depuis les temps les plus anciens; ils ont peu agi l'un sur l'autre. Le nomade a réussi parfois à rompre les lignes de défense du sédentaire ; celuici les a toujours relevées, pour reprendre derrière elles sa tâche interrompue. Chaque afflux de population a renforcé l'un ou l'autre, le nouvel envahisseur allant au genre de vie qui flattait son caractère et ses traditions : Berbers latinisés ou hellénisés, Phéni-
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ciens, Latins, Byzantins, Maures, Juifs, Koulouglis s'enfermaient dans la ville ; Berbers purs et Arabes demeurèrent sous la tente. Peu à peu les deux populations se partagèrent assez équitablement le terriloire, si bien qu'à l'heure actuelle, nous trouvons les villes et les tentes réparties, dans la Régence, suivant une division géographiijue très favorable à leurs bons rapports sinon à la meilleure mise en valeur du pays.
Les villes sont situées dans le nord (Tunis, Zagliouan. Bizerte, Béja, Medjez el Bâb, Teboursouk, Testeur), sur la côte orientale ou dans le voisinage (Nabeul, Ilammaraet, Sousse. Qairouan, Monastir, Melidia, Sfax, Gabès), enfin dans les oasis du sud ((iafsa, Tozeur, el Oudiane, el Hamma). Elles renferment une population de petits artisans et de petits commerçants, assez médiocres travailleurs, qui s'acquittent de leur tâche sans grande habileté ni grand soin, mais qui satisfont à la demande du consommateur local. Leurs in dustries, jadis très florissantes, luttent péniblement contre la concurrence étrangère. La routine d'un système corporatif qui rappelle, par plus dun côté, celui que la Révolution supprima chez nous, leur rend la tâche malaisée, mais la fidélité du clifiil indigène leur assure un marché dont leur nonchalance se contente. Du fond de sa boutique obscure, toute pleine des Acres parfums du soûq, le petit marchand arabe regarde le progrès qui passe el n'en prend pas de souri. Il s'élève cependant, parfois, d'un vigoureu.x effort, vers les formes économiques (|u'il nous voit adopter, .lai trouvé à Sousse, dans le (|uarlier européen, un beau magasin tout moderne, tenu par un indigène; plus souvent encore j'ai vu, dans le bazar, les boutiques s'élargir, s'éclairer cl s'animer. C'est un progrès dont il faut prendre note.
En matière industrielle et commerciale, Tunis vient naturellement en tète : elle a des ateliers de cordonnerie, de Injoutorie. des magasins de parfumerie réputés dans tout le Maghreb. Certaines villes de province ont retenu des industries locales jadis très llorissantes. Qairouan a ses tapis, Nabeul ses poteries et ses tuiles peintes et vernissées. Tout cela travaillé d'un art charmant, un peu rustique el gauche, trop enclin à copier le passé, mais, du moins, fidèle dans la reproduction des coloris somptueux et des gracieuses arabesques des vieux modèles. Au-dessus des artisans, on trouve dans la ville, les hautes classes, le personnel des admi-
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nistrations indigènes, les magistrats, les professeurs. La plupart habitent Tunis, où ils constituent une société très policée et d'es-
Fig. 77. — Une Loulique dans k- bazar de Tunis.
prit fort cultivé, malheureusement trop fermée au monde européen pour que celui-ci puisse l'apprécier à son vrai mérite et lui communiquer les meilleures de ses idées.
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Les villes du bord de la mer, du Sahel, sont entourées de spleHdides plantations d'Oliviers, cultivées par une population sédentaire, agglomérée dans de gros bourgs qui font, autour de chaque chef-lieu, comme une série de satellites. Sousse compte autour d elle cinq ou six de ces petites villes : M'saken. Mokenine. Kalaa-Kebira, Kalaa-Srira, dont les blanches maisons disparaissent dans le feuillage sombre des Oliviers. C'est le pays de l'huile. Touie culture cède le pas à celle-là. Les habitants y consacrent tous leurs efforts, et la colonisation française les encourage et les stimule par son exemple. Vingt siècles ont jiassé ici ; chacun deux apporta sa guerre civile, son invasion, son cataclysme, sans pouvoir arracher de terre les vieux troncs noueux et formidables qui, à chaque printemps, lancent vers le ciel les mille petits points d'un vert tendre, d'où naîtront les belles olives que chantait le poète antique. Elles sont encore la grande richesse du pays tunisien, et nous devons toute notre sollicitude au petit peuple laborieux et probe (jui soigne l'immense verger du Sahel.
A mesure qu'on s'approche du sud, les Palmiers apparaissent plus nombreu.x; ils sont rares à Sousse; on en voit à peine quel- (jues bou(|uets à Monastir et à Mehiiia; Sfax en conjpte encore bien peu, mais voici Ciafsa.où ils s'élèvent par centaines, et voici le Djerid, lepaijs de la palme où. jiar milliers, ils balancent, sous l'ardeur du ciel, la mer ondoyante de leurs têtes. A leur ombre, au bord des ruisseaux d'eau vive qui les baignent, s'élèvent les maisons des habitants. Dans l'oasis, nous trouvons encore des sédentaires, cultivateurs comme ceux du Sahel, et comme eux voués ù la culture il'un arbre qui, chez des païens, serait le dieu de la région dont il est la richesse. Strabon nous dit (|ue jadis, à l'ombre de l'arbre merveilleux, trois autres cultures prospéraient. Le Dattier protégeait l'Olivier contre l'ardeur trop grande du soleil, l'Olivier abritait le lîlé ou l'Orge, et sous le Blé poussait aussi le modeste légume. Aujourd'hui, Ihabitant des oasis plante aussi un jardin entre les troncs espacés des Palmiers, mais c'est la datte qui fait sa récolte principale et l'objet de son commerce aveclesgensdudehors.il tire un beau produit de ses Palmiers qu'il dut longtemps défendre contre les attaques de voisins peu scrupuleux; maintenant il n'a plus à lutter que contre l'invasion des sables qui montent lentement à l'assaut de son domaine. C'est
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un combat de tous les instants, dans lequel l'homme ne reste vainqueur qu'à force d'énergique persistance.
Les gens de l'oasis achèvent au sud le demi-cercle qui enferme les nomades entre la frontière algérienne et une ligne ininterrompue de centres urbains.
Fii
7». — Lia coiii des sijiJi|.^ lie liiuia
Si, en effet, nous quittons le Djérid pour monter vers le nord, nous traversons un immense espace vide: pas une ville, pas un village, pas même une maison. La plaine, à peine ondulée, s'ouvre à perte de vue, sans montrer autre chose que la terre nue ou l'herbe rare. Au printemps, quelques champs d'Orge balancent leurs maigres épis sous le vent, qui bondit à l'aise dans cette immensité. Un œil exercé distingue facilement, au milieu des buissons qui tachent la plaine, des gibbosités brunes d'où sortent quelques fumées. Ce sont des tentes de nomades. Elles sont plantées en rond, autour d'un parc à bestiaux qui s'emplit tous les soirs. Le voyageur est reçu par des hommes basanés, drapés dun blanc
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malpropre, qui n'ont pas plus tôt terminé les inévitables salamalecs de la réception, qu'ils s'accroupissent de nouveau sous leur tente, dans la posture paresseuse de ceux qui n'ont jamais connu le travail. Ces mêmes hommes, un jour de fantasia, feront parler la poudre sans répit et briseront leurs chevaux! Mais la sieste est leur occupation préférée, et leur nonchalance abandonne aux femmes et aux enfants tous les soins du ménage.
Le douar compte un nombre de tentes qui peut varier de six à douze; il est administré par un cheikh. Plusieurs douars, dont les habitants sont issus d'une même origine, constituent une tribu, qui a à sa tête un caïd; parfois, les tribus sont groupées en confédérations. L'importance des confédérations et des tribus est fort variable. La conft'dération des Zlass, dont les terrains de parcours s'étendent entre Qairouan et Sfax, compte, dans ses trois tribus, Ouled Iddir, Ouled Sendasenet Ouled Khalife, environ 36,000âmes; la tribu des Ouled Souassi, qui habite au sud de la Sebkha sidi el Hani, en compte 17,000; les Ouled Saïd, au nord de Sousse, n'en ont que 3,000. Tous ces chiiïres sont naturellement très approximatifs.
Les nomades sont soumis à un régime d'administration patriarcale. Le caïd est le descendant plus ou moins direct de l'ancêtre commun, quand la politique n'a pasinflué sur sa nomination. Les tribus vivent du croit de leurs troupeaux et du produit des champs d'Orge ou de Blé qu'elles cultivent sur leurs terrains de parcours. Ceux-ci ont souvent donné lieu à des luttes longues el sanglantes, ([ui ont ni;iinlenu dans les douars un esprit belliqueux. L'adminislration française a mis lin aux guerres locales, et la poudre ne parle plus que dans les innocentes fantasias qu'elle juge bon d'autoriser. La société nomade vit aujourd'hui repliée sur elle-même, perdue dans le rêve dune vie d'aventures el de combats qu'elle ne connaîtra plus. Pauvre et peu prévoyante, elle éprouve cruellement les conséquences des mauvaises années. Si la pluie ne tombe pas, ou si seulement elle tarde un peu, l'Orge ne lève pas el le bétail meurt de soif. C'est la famine. Poussé par le besoin, le nomade se sépare du douar, vient planter sa tente à la porte d'une ville ou sur la lisière d'une oasis, et cherche à gagner sa vie dans les petits métiers (|ui, jieu à peu. font de lui un sédentaire.
La rigueur des lois économiques achève ce que les interminables
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guerres du régime précédent avaient commencé. En arrivant en Tunisie, nous avions trouvé les tribus soumises à une organisation administrative très compliquée. Beaucoup de groupements étaient réduits à un nombre infime de membres ; de nombreux douars avaient été entraînés par les aventures, très loin de leur tribu d'origine, à laquelle ils restaient cependant rattachés. Notre administration supprima beaucoup de tribus dont le nom seul, pour ainsi dire, subsistait, et soumit toutes les autres à l'autorité du lieu.
Kig. 7U. — La ijuucneiic, dans 1 oasis de GaLcs.
Cette mesure réduisit et resserra les cadres de la société nomade. Mais ils ne réussirent pas mieux pour cela à la contenir, et sous l'attraction du monde sédentaire, la voici qui s'efïrite lentement (1).
(1) Pour être lent, le mouvement des nomades vers la vie sédentaire n'en est pas moins sensible. En Tunisie comme ailleurs, la ville attire les gens des campagnes. Des nomades venus à la ville ou dans loasis pour le travail d'une saison, se fixent parfois à demeure. L'espoir d'un salaire quotidien dans les chantiers attire aussi les gens des douars et contribue à les sédentariser. Quand les mines de phosphate de Metlaoui furent ouvertes, la Direction dût faire venir sa main d'œuvre d'Algérie et du Maroc. Mais les nomades du voisinage, qui n'avaient donné d'abord aucun travail utile, furent entraînés par l'exemple et entrèrent peu à peu dans les chantiers. Ils y tiennent maintenant une large place. Le fait est d'autant plus curieux, que la tribu des Ouled Slama, à laquelle ils appartiennent pour la plupart, a toujours passé pour l'une des plus remuantes et des plus pillardes de la Régence. — Je dois ces détails à l'obligeance amicale et à l'expérience de M. V. Dumas, Contrôleur civil à Tozeur.
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La vie noiiKide, la vie citadine sont les deux aspects les plus tranchés de la société indif^ène tunisienne. De l'un à l'autre de ces deux mondes si opposés, les coutumes et le caractère diflérent profondément. Les multiples origines ethniques, la vie ramassée sur un petit coin de terre sans communication avec l'extérieur, ont encore accentué les particularités locales. Elles sont si diverses qu'on tenterait en vain den esquisser un tableau d'ensemble. Il faudrait, pour en donner une idée suffisante, observer tour à tour chacun des groupes locaux et noter patiemment ses traits de caractères, ses mœurs et ses allures. Personne, à notre connaissance, n'a encore entrepris celte tâche; elle mériterait les soins d'un chercheur consciencieux et récompenserait largement son elTort. Cette société, si permanente dans le temps, varie à l'infini dans l'espace. Chaque groupe tient fermement à ses traditions et s'enorgueillit de leur antique origine; mais le groupe est petit cl, tout à c(jté (le lui. un autre observe, avec autant de zèle, des coutumes sensiblement dilïérenles. Quel(|ues exemples devront nous suffire : le nomade pratique la polygamie, qui lui donne les servantes nécessaires à l'entretien de son foyer et à la culture de ses terres; le citadin, sauf dans les hautes classes, s'en tient à la femme unique. Question d'économie domestique: l'abondance d'épouses, (|ui est une fortune à la campagne, devient ruineuse à la ville. Les tribus entendent de façons fort différentes le gouvernement, suivant qu'elles sont de descendance arabe ou berbère, et, à défaut d'autres indices, l'observation de ce point peut dévoiler leur véritable origine : la tribu arabe, de constitution aristocratique, voit dans le raid, chef patriarcal, le dépositaire de l'autorité suitrénie, et elle lui obéit scrupuleusement. La tribu berbère est d'allure plus démocrali(]ue ; elle traile assez légèrement le cafd que le gouvernement central, sous l'influenec des règles islamiques lui a imposé ; elle préfère placer l'autorité et la décision dans l'assemblée de tous ses. membres, quelle appelle le miad.
Même diversité dans le caractère et même difficulté pour en faire un tableau d'ensemble. Il est, au contraire, fort aisé de distinguer les traits particuliers à l'Arabe et au lîerber, et de les opposer l'un à l'autre : le Berber, calculateur, peu ingénieux, d'intelligence courte et lente, mais laborieux et tenace; l'Arabe, généreux, fas-
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tueux, insouciant et indolent, mobile de corps et de pensée. Chacun deux a communiqué à l'autre quelques-uns de ses défauts ou de ses mérites; les traits des deux caractères se sont mêlés en même temps que les deux races. En dépit des croisements, les deux natures s'opposent encore, et chacune d'elles manifeste à l'occasion sa personnalité; mais le mélange est trop avancé pour que nous puissions baser notre politique indigène sur lun des éléments au détriment de l'autre, en favorisant celui ((ui semblerait
hii^. !S;i. — l'iU' rut' de luiiis.
le plus docile à nos vues, en un mot, en berbérisant ce qu'il reste d'Arabes dans l'Afrique du Nord. Ce projet fut jadis caressé par certains réformateurs. 11 est chimérique. Je ne sais quelle collaboration le Berber eût prêtée à notre colonisation; la résistance acharnée et passablement stupide que ses pères opposèrent aux Romains m'inspire sur sa valeur les doutes les plus graves. Mais il n'y a plus, dans l'Afrique du Nord, sauf en quelques coins perdus, de Berbers au sens précis du mot. L'ethnologie trouve sans peine, sur les épaules de beaucoup d'indigènes, des crânes dont l'indice céphalique dénote clairement l'origine berbère, mais ces crânes sont remplis de pensées arabes, et en cette affaire, le contenu nous importe beaucoup plus que le contenant. Les crâues
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peuvent être longs ou courts, leurs propriétaires peuvent être nomades ou sédentaires, cultivateurs ou marchands, monogames comme à la ville ou polygames comme à la campagne, aristocrates et profondément respectueux de l'autorité du caïd, ou démocrates et partisans de la prédominance du mïad ; ils peuvent être Arabes purs ou Berbers arabisés: c'est une même pensée qui, d'un bout à l'autre de l'Afrique du Nord, babite sous la chéchia rouge ou les cordelettes de poil de chameau, et la pensée islamique donne à cette masse d'hommes, l'unité que nous avions cherchée vainement jusqu'ici. A l'issue de celte étude préliminaire, nous croyions n'avoir devant nous que des groupes mal coordonnés, indifférents ou hostiles : l'Islam va nous faire découvrir une nation.
Le terme paraîtra un peu fort à quelques-uns; il est tout juste suffisant pour l'objet qu'il désigne, s'il est vrai qu'on entende par nation un ensemble d'individus unis par le sentiment d'intérêts moraux et matériels communs. La nation musulmane de nos jours, que je voudrais (ju'on ne confonde pas avec la nation arabe, rappelle, par plus d'un point, la nation chrétienne qui peuplait l'Europe avant la Itéforme et qui, malgré les multiples frontières féodales, en faisait une grande République. Elle est, comme l'était la nation chrétienne, fort unie religieusement, respectueuse d'une même loi morale, soumise à un code unicjue du droit des gens, soucieuse des mômes intérêts, passionnée pour le même idéal. La nation musulmane occupe des territoires fort divers de l'Atlantique au lac d'Aral et de la mer Noire au Congo. Ces territoires sont séparés les uns des autres par les mers ou les déserts. Ce fut pour elle une cause perpétuelle de faiblesse politique et l'un des principaux obstacles (jue le destin opposa à sa constitution en un empire uni(|ue.
L'Afrique du Nord n'est qu un lambeau de la trame immense que l'Islam jeta sur le monde. La fortune des armes l'a mis en nos mains, mais 1 Islam n'a pns reculé devant nous. Il règne en maître sur les consciences dont nous tenons l'enveloppe charnelle; il est le pouvoir spirituel, insaisissable et impérieux, dressé en face du pouvoir temporel, dont l'exercice nous est échu. Pouvoir spirituel, intransigeant et tyrannique, qui n'a point de détenteur que nous iniissions saisir, qui n'a point de forme ni d'image, (jui ne réside nulle part et siège partout, qui commande à voix
basse et ne connaît pas la désobéissance, l'Islam a noyé dans uti ciment indestructible la mosaïque des races africaines. Nous oublions trop souvent que lui seul a su constituer un ensemble presque harmonique dans le chaos ethnique et social de l'Ifriqïah. Il a réussi là où le Romain et le Byzantin avaient échoué. En imposant à ces peuplades l'unité de foi et l'unité de loi. en les pliant à des mœurs à peu près identiques, en leur donnant un état d'esprit uniforme, il en a fait un conglomérat très résistant. Où il n'y avait que des groupements fugitifs, il a fondé une société. Pour apprécier la valeur, le i essort et l'avenir de celle-ci, il faut connaître l'Islam.
Au Vir siècle de notre ère, un commerçant arabe de La Mekke, Mohammed ibn Abd Allah ibn Abd el Moltaleb, eut des visions de l'Au delà. Dieu l'entretint par l'un de ses archanges, et il se mit à prophétiser. Comme tous ses pareils, il rencontra d'abord l'incrédulité et connut la persécution, mais l'Esprit le possédait et le fit parler si haut que les adeptes lui vinrent bientôt en grand nombre. Ces fidèles recueillirent les propos assez décousus qu'il tenait dans ses extases, et les transcrivirent, après sa mort, dans un livre qui devint la loi sacrée, car c'était la parole même de Dieu. Ils appelèrent ce livre el Qoràn, la Lecture, ou la Récitation; ce texte fit loi en toutes choses. Les Arabes du temps de Mohammed étaient des hommes fort belliqueux qu'une terre avare nourrissait mal. Le Prophète leur avait ordonné de répandre sa parole ; ils envahirent les pays voisins et les soumirent à la loi nouvelle. C'est ainsi que, dès le VIIl= siècle, l'Afrique du Nord fut islamisée.
La nouvelle religion se propagea facilement, car elle était très simple dans ses dogmes et d'une pratique fort aisée. Les dogmes sont au nombre de cinq : l'unité de Dieu, l'existence des anges, la mission des prophètes, la foi dans les écritures saintes, la croyance au jugement dernier. II y a également cinq pratiques. Ce sont:
l*' La profession de foi musulmane, c'est à-dire le fait de prononcer avec pleine conviction la formule : Il n'y a pas de Dieu sauf le Dieu unique et Mohammed est l'envoyé de Dieu ;