‹ La Tunisie au début du 20me siècleChapitre 49 sur 61 · M. CAI DEL · texte numérisé non relu

M. CAI DEL

2° Les prières obligatoires, récitées cinq fois par jour, à l'aurore, à midi, à trois heures, au couciier du soleil et à la nuit close ;

3" Le paiement de la dîme aumônière, dont le produit est affecté au soulagement des indigents, à l'entretien des voyageurs et de ceux qui combattent pour l'Islam ;

4° Le jeûne du Ram.'idhan ;

5" Le pèlerinage à La Mekke.

Outre ces pratiques particulières à chaque individu, la loi isla-

Kl),' ,N|. — l.i" Miiiarci ce la (ir;iiidi- .M<>>(|(it-e de v*aiii>uan

mique imj)0se des devoirs à l'ensemble de la communauté musulmane. Celle-ci doit d'abord obéir à un Khalife, successeur, lieutriinnt, c'est le sens étroit du mot, de Mohammed auprès d'elle.

Le Uhalifat fui l'objet de nombreuses conipélilions entre les diverses familles nobles de l'Arabie, jusqu'au jour où le sultan ottoman s'en empara. Son desceiulanl le i>ossède encore aujourd'hui. En second lieu, la communauté islamique doit, par la guerre sainte, chercher à incorporer au territoire de ilslam les pays occupés par les infidèles, et qu'on désigne sous le nom de territoires (h la ijiicrrc.

Ces deux obligations de la loi musulmane sont pleines de conséquences politiques. Si le fidèle les prenait au pied de la lettre, ce serait la lutte constante a\ec les sociétés voisines, sans autre

issue que rexlerniination de l'un des adversaires. Mais le temps ici encore, a fait son œuvre. Les audaces de l'hétérodoxie, l'esprit d'indépendance de dynasties locales ont réduit à rien le pouvoir temporel et fort diminué l'autorité spirituelle du khalife. Le principe en était trop affaihli, les musulmans l'avaient eux-mêmes trop souvent méconnu, pour qu'ils puissent songer à l'invoquer quand les Francs reprirent possession de certaines terres de l'Islam. Le commandement relatif à la guerre sainte s'impose davantage à l'esprit (lu fidèle. Les gouvernements musulmans n'y songent plus, les musulmans y pensent parfois encore. Ce n'est plus un principe de politique qui puisse unir, dans un effort commun contre la chrétienté, les divers Etats de l'Islam, c'est encore une tradition très vivante, qui soulève souvent des populations entières contre le roumi.

Sous cet aspect, le danger est toujours présent. Il ne disparaîtra que le jour où l'occupant chrétien saura mieux administrer sa conquête et où l'administré indigène sera plus intelligent de sa situation politique et de ses intérêts.

La guerre sainte est le fait de l'ignorance et du fanatisme. La croyance dans le mahdi lui donne un encouragement fâcheux. Une vieille tradition messianique veut qu'à la fin des temps, un homme paraisse, que les Arabes appellent « l'imam el Mahdi », le bien dirigé, ou encore « Maoul es Sa'a », le Maître de l'heure. Il sera reconnaissable à des signes certains et il conduira les fidèles au jugement dernier. On ne compte plus les imposteurs qui se sont proclamés mahdis. Le Soudan en vit s'élever un, il y a vingt ans, qui mit en péril la domination égyptienne. Nos provinces d'Algérie les ont connus aussi et ont toujours vu les foules se lancer derrière eux, dans de folles équipées d'où elles sortaient meurtries, mais jamais découragées. Le mahdisme durera aussi longtemps que le fanatisme et l'ignorance. Le dernier mahdi sera tué non par le fusil, mais par l'instruction. Aujourd'hui, cet homme puise sa principale force dans le profond sentiment authropolàtrique et dans le mysticisme qui, depuis plusieurs siècles, ont pénétré l'Islam.

La religion de Mohammed hésita longtemps entre la doctrine du libre arbitre et le fatalisme mystique qui la caractérise actuellement. La lutte fut longue et sanglante. Finalement, le libre arbi-

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tre fut vaincu dans la personne de ses plus chaleureux défenseurs, les Motazelites, et le fatalisme l'emporta. Il tourna bientôt au mysticisme, à ce qu'on appelle en Orient le soufisme. Celle évolution exerça sur les âmes une influence décisive. Elles ne trouvaient de moteur que dans l'Islam. Celui-ci leur commandant le silence d'esprit et la quiétude morale, elles se retranchèrent derrière l'abri infranchissable de la tradition et s'assoupirent dans le murmure somnolent des prières rituelles. La raison était endormie, mais

FiK- Ni. — liitei ioiir tk- la liraiide .MoMjutf do nairuuan.

l'imaginalion veilhiil et réclamail un aliment. Elle se jeta avec pas sion dans ranlluopolàtrie et voua un culte spécial aux marabouts. L'Islam n'a pas de clergé. L'Imâm n'a d'autre fonction que de prononcer un sermon, la Khotbah, à la mosquée, tous les vendredis. 11 n'a au-dessous do lui (jue des subalternes obscurs, lecteurs du Qoran, et mouderrès, les uns chargés des récitations rituelles, les autres de l'enseignement théologique. L'imàm et ses auxiliaires n'exercent aucune influence sur le lidèle qui. pour son salut, ne peut compter que sur lui-même. C'est, du moins, le principe initial (le l'Islam : « Chacun aura pour soi ses œuvres; nul ne portera le fardeau d'autrui » a dit le Qoran. Les âmes rustiques et obscures des Africains supportaient mal cet isolement effrayant de la cous-

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cience. Il leur fallait un guide, une inspiration, une autorité, quelqu'un à révérer et à qui obéir; elles allèrent au marabout.

On appelait jadis marabouts des fidèles qui s'organisaient en communautés d'apparence à la fois religieuse et militaire, assez semblables à nos ordres des Templiers et des Chevaliers de saint Jean, pour défendre les forteresses élevées sur les frontières contre les infidèles. Plus tard, l'institution changea d'aspect. Le marabout revint dans les pays pacifiés et préféra aux fatigues de

Fig. 80. — Une qouljbali a ^^0U5^ic.

la guerre, la tâche plus aisée d'édifier ses concitoyens par le spectacle de ses vertus. Aujourd'hui, le marabout est un saint personnage, voué à la vie ascétique, vénéré de tous les gens du voisinage, qu'il charme par sa sagesse, étonne par ses miracles, et met à contribution pour vivre. Les dons viennent en plus grande abondance à mesure que son influence s'accroît et que se répand sa réputation. S'il est un peu habile, il parvient à exercer un empire surprenant sur les esprits incultes et altérés de merveilleux qui se tournent vers lui. C'est presque toujours un marabout qui se déclare mahdi. Sa défaite inévitable n'empêche pas ceux qui l'avaient suivi de s'attacher aux pas d'un de ses émules, à la prochaine occasion. Abd el Kader était un de ces hommes.

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Leur pouvoir nous porte ombrage. Nous surveillons de près leur agissements. La plupart ne sont que de misérables thaumaturges, gros décimateurs qui vivent du mieux qu'ils peuvent de la sottise de leurs adeptes.

Les confréries religieuses ont paru plus dangereuses encore que le raaraboutisme pour notre œuvre colonisatrice. Aussi bien les deux sujets se touchent-ils de près, la confrérie étant le plus souvent fondée par un marabout qui lui donne, avec son nom, l'éclat de sa propre réputation. Celte question des confréries musulmanes a fait l'objet de nombreuses et très savantes études auxquelles je ne puis mieux faire que de renvoyer le lecteur (l). Je ne veux, à leur égard, fixer qu'un point, mais il est d'importance. Longtemps ignorées, ces confréries apparurent, quand nous les dérouvrîmes, comme autant de sociétés plus ou moins clandestines destinées à combattre l'extension de notre inlluence en Afri(|ue. Certains voulaient y voir une immense charhonnerie, qui tramait notre perte dans l'ombre. A les observer de plus près, il ne semble pas qu'il en soit ainsi. Ces sociétés sont nombreuses, d'importance fort inégale, de caractères très divers et, si leur influence est généralement très grande, il ne s'ensuit pas qu'elle s'exerce forcément contre nous. Elles semblent surtout avoir satisfait dans l'Islam, au besoin inné chez l'homme religieux de se joindre à son frère en croyance, pour pratiquer le culte en commun. L'imàm et la mosquée répondaient mal à ce désir; les croyants se groupèrent loin d'eux, auprès des marabouts; ceux-ci transformèrent peu ti peu la petite congrégation que les mêmes cérémonies rassemblaient périodiquement et en firent une confrérie aux règles stables, aux cadres fixes, à la discipline rigoureuse, si bien que, par un retour assez singulier des choses, faute d'avoir constitué un clergé régulier qui donnât aux fidèles les cadres et la direction dont ils avaient besoin, 1 Islam en vint ù une organisation de fait plus rigide et beaucoup plus tyrannique.

(I) Consulter sur l(>s confréries : Hinx. Marabouts et Khouans. Alger, 1 vol. in-8*, 1884. 0. Dei'o.nt et .\. Ccpi'oi.am, Les confréries religieuses wusulinants, Alger, 1 vol. in-S°, 1897.

LA SOCIKTK IXDIGKXE âTt)

Telle est la religion que professent les sujets du Bey de Tuni?, nos protégés. Il serait aussi vain de nier ses défauts que de mettre en doute ses mérites. Si elle plie Tàme du croyant à un fat;ilisme peu favorable au développement des initiatives individuelles, elle exerce, en revanche, sur cette àme, une invincible séduction et reste par là une foi très puissante et une règle morale très vivante. La doctrine du fatalisme est déjà ancienne dans l'Islam ; elle n'est pas, comme on le croit trop souvent, fondamentale et, pour ainsi dire, dogmatique. Le Qoran ne l'a pas imposée ; Mahomet n'y a peut être jamais pensé ; elle n'est pas d'essence religieuse, mais d'origine tout humaine. Ce ne sont ni les livres saints, ni la tradition qui l'ont faite ; elle est sortie naturellement des conditions de vie physique et sociale dans lesquelles les musulmans se trouvèrent placés au cours des siècles. Un climat chaud, trop propice à la somnolence rêveuse et futile, une vie économique bientôt ralentie et tout au plus soucieuse de satisfaire les besoins de chaque jour, un gouvernement jaloux de toute initiative, les portèrent, d'un même mouvement, dans le sens où la pente naturelle de leur caractère les poussait déjà. Ils entrèrent dans le fatalisme comme dans un refuge assuré contre le trop grand effort physique, les initiatives dangereuses, les curiosités malséantes. Hien ne prouve qu'ils y demeureront toujours. Leurs énergies, réveillées par le contact de l'action et de la pensée occidentales, pourraient les pousser dans une voie nouvelle. L'orthodoxie n'y mettra pas d'obstacles.

L'Islam, tout fataliste qu'il est, possède une grande vertu : il est puissamment attractif. Il retient d'une étreinte invincible les fidèles qui l'ont confessé ; il a fait, il y a cinquante ans, en Chine, il fait actuellement, dans l'Afrique centrale, de nombreux adeptes. C'est une foi agissante, qui. non seulement règne sans partage sur son tlomaine, mais l'étend chaque jour davantage. Spectacle peu commun, en notre siècle, que celui d'une religion assez vivante pour faire du prosélytisme tout naturellement, sans plan préconçu, sans projet défini, sans lintervention calculée de ses adeptes, par

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le seul ascendant qu'elle prend sur les esprit!* qui la rencontrent. Une religion qui exerce une pareille autorité sur les âmes mérite qu'on la respecte ; elle représente une puissance que le pouvoir temporel n'a jamais heurtée sans s'y froisser cruellement. Sous nos climats, les temps ont usé le pouvoir spirituel jusqu'à le réduire à une place étroite d'où il surveille le monde sans exercer sur lui d'action décisive. Dans l'Islam, il est encore puissant, et

tiK si. — LauciL'ii iiiaiclie des t.-!iclu\i:a, dansiez souq-i de luiiis.

celui (|ui ne le respectera pas verra son œuvre frappée de stérilité.

Celui qui. en Orient, ne respecte pas la religion, ruine du même coup la f;uniile et la société, car l'une et lautre repo.^^ent sur la loi, qui est d'origine divine. Celte loi est fort savante et fort étudiée ; les commentaires des traditionnistes l'ont habilement pliée aux nécessités de la vie locale ; elle est adaptée aux mœurs et aux coutumes des sujets. Les Arabes ont l'esprit juridique très aiguisé ; ils ont tiré de la lettre du Qoran des systèmes de législation civile fort habilement conibinés. Les quatre principaux sont dits les quatre rites orthodoxes; ils dilTérent peu les uns des autres et ■:sur.des points d'un intérêt purement juridique; c'est pour cela

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que l'orthodoxie les accepte égaleuientet laisse aux fidèles le choix eutre eux. Deux seulement sont pratiqués en Tunisie, le rite nialékite qui est, pour ainsi dire, autochtone, son promoteur, 1 imâm .Malek. étant né dans le pays et en ayant été le plus célèbre jurisconsulte, et le rite hanéfite. que les Turcs apportèrent avec eux. La législation musulmane se rapproche de la nôtre beaucoup plus qu'on ne le pourrait croire, par le soin qu'elle apporte à la garantie des droits individuels et à la protection des incapables. Elle en diflère trop cependant, sur certains points, pour que iassimilatioii soit possible. Il faut la maintenir dans son intégrité. La loi morale diffère aussi de la nôtre. Elle n'est pas non plus sans valeur. Je vois en elle une grande faiblesse : elle est trop individualiste et méconnaît trop la solidarité. Mais ici encore, le défaut n'est pas fondamental : l'esprit de charité tempère bien souvent la rigueur de la règle.

L'unité de religion, de loi positive, de loi morale, fait du monde indigène un ensemble cohérent, une société fortement constituée et inaltérable, qui ne reste pas absolument stationnaire. parce quici-bas tout se modifie, même le permanent, mais qui névolue que d'un mouvement imperceptible, que les siècles seuls peuvent mesurer. Cela crée entre la société musulmane et la nôtre une antinomie préalable que rien ne semble pouvoir réduire. L'opposition est si frappante, si fertile en déductions aisées, si favorable aux conclusions tranchantes, que l'Européen la saisit tout d abord et s'y lient. Nous vivons sur cette idée depuis la conquête de l'Algérie ; elle satisfait à toutes nos curiosités et fait le canevas habituel de toutes nos dissertations ; elle est parfaitement logique, elle est propice aux développements de rhétorique, comment y résisteraiton ? Vous la voyez se balancer agréablement entre les deux postulats qui la soutiennent : la société musulmane n'évolue pas : notre société européenne évolue constamment. Qui dit évolution dit progrès. Donc, notre société progresse, tandis que sa voisine reste stationnaire. Si bien que chaque lustre nous pousse eu avant un peu plus loin d'elle, et que bientôt nous l'aurons perdue de vue pour toujours, comme l'épave roulée par le flot, que laisse derrière lui le paquebot rapide. Ce raisonnement n'est décisif que si l'on admet deux propositions préalables : d'abord que le progrès occidental est en tous points absolu et définitif, et eu second lieu

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que l'Islam est compiètemeDl dépourvu de force évolutive. Or, tes deux propositions ne sont exactes ni lune ni 1 autre.

Le progrès occidental est un fait indéniable, maU qui n'a rien d'absolu et qui est parfaitement compatible avec llslamisme le plus ortliodo.xe. Dans l'ordie moral, ce progrès est très faible ei laissera une belle tâche à nos petils-neveux ; dans l'ordre politique, il est médiocre, inégal, et laisse le champ libre à des Ihéorieh fort opposées ; c'est dans l'ordre scienlilique qu'il fait éclater s;i splendeur ; mais que voyez vous là que l'Islam réprouve? Les chemins de fer ? ou la télégraphie sans fil? ou les canons à longue portée? Les musulmans nous ont emprunté tout cela sans scrupule. Ils reconnaissent avec nous que la science moderne ;i trouvé de merveilleux procédés pour mettre en valeur les richesse> naturelles de chaque contrée. Leur ignorance, une méfiance assez naturelle, et surtout la stupidité des gouvernements baroques qui les régissent trop souvent, les ont empêchés de marcher du menupas que nous, mais laissez-les s instruire, mieux encore, instruisez-les, et vous les verrez rivaliser avec nos fils, et plier peu à peu leurs nKrurs et leurs institutions aux nécessités dune vie nouvelle. car sons ces inlluences, l'Islam se transformera.

En ellet, la seconde proposition n'est pas plus vraie que la pre mière. L'islani n'est pas inerte; llslani |»eut évoluer. Sur ce point, entendons nous bien. La foi musulmane, de mén)e <|ue toute religion révélée, est inaltérable dans son doguie. On ne saurait modifier celui-ci sans sortir de l'orthodoxie, sans cesser d'être musulman. Mais ce dogme est aussi sim|)le qu'élevé. Il saisit dan> Ihomine les facultés les plus hautes, les aspirations les plus dégainées du souci leriestre ; il donne un vigoureux alimenta la passion (le croire (jui est au fond de tout être; il fournil une répon>e catégorique à 1 éternelle question de lAu delà : et c'est tout. Le reste, pratiques religieuses, coutumes, législation, rites, opinions, tout l'amas informe et immense des disciplines, des fictions, des sentences, des préjugés, que Ihomme accumule lentement autour (le chaque religion, tout cela, dans llslam. est né de l'inlerprétii tion du Livre sacnv Or. l'interprétation peut changer (i). Elle est

(1) Je n en veux pour priMive tjiio le remanni.ible mouvement d'idées et 1;» transformation con^titiilionnelie très profonde (jui ont fait de la Turquie do Hélnn la Turquie d'.Abdnl .Medjid.

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resiée immuable depuis plusieurs siècles, et son immobilité a pu facilement tromper les observateurs superficiels. De ce quelle ne change pas, ils en concluent qu'elle ne variera jamais. Jugement trop rapide, qui méconnaît l'élément essentiel du problème. Toute évolution, en ce monde, suppose un moteur qui la détermine. Une société ne se transforme que sous une influence qui tend à la modifier. La société musulmane névolua plus, à partir du Moyen Age, parce qu'elle n'avait pas de raisons pour cela. Elle était

e\ii. 8^'». — L'ne rue de <juaïioiian.

à l'état de stabilité politique, économique et sociale. Elle avait cru trouver dans le gouvernement despotique, le dernier mot de la science politique; le labeur traditionnel et machinal de la corporation et du petit métier sulTisait à ses besoins matéiiels, l'administration patriarcale, sous la haute surveillance du prince, donnait au peuple la cohésion et la discipline nécessaires. Dès lors, tout progrès parut inutile, sinon nuisible, et la société se fi.xa dans une posture définitive, comme le balancier qui, après des oscillations peu à peu ralenties, trouve enfin son équilibre. Dans un monde qui se fige de la sorte, tout s'arrête du même coup. L'interprétation des écritures et des traditions du prophète, qui n'avait été jadis si active et si curieuse de fixer lorthodoxie

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