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LES PERSÉCUTIONS ET LES PRINCIPAUX JMARTYRS DE CARTHAQE

■ Ainr XAUPBANIOR BT IBI COHrAOnORB (108) SAIMTB FÉLICITÉ, SAlMTB PBBPÉTUB BT LBOBI CONrAORORt (204)

■ AIRT CTPBIBR (258)

Comme les autres provinces de Tempire romain, l'Afrique chrétienne eut sa part des persécutions impériales. On compte communément dix persécutions générales :

i** penécution : Néron, 66-68 ;

Domitien» 95 ;

Trajan, 107 ;

Mapc-Aupèle, 164-177 ;

Septime-Sévére, 199-204 ;

MaximiD, 235 ;

Dèce, 250 ;

Valérien, 257-2 >8 ;

Aurélien, 273-275;

Dioclétien et Maximien, 303-313

Les édits de Néron, de Domitien, de Trajan et de Marc* Aurèle n'avaient pas été portés en Afrique. Ce fut sous

Septime-Sévère, en 198, que la persécution y éclata pour la première fois. Â cette époque, Âgrippinus était éyêque de Carthage.

Le premier martyr de TEglise de Carthage est Namphanion. Avec lui, Miggines, Lucitas et Sanaen eurent la tête tranchée sur le forum (198). Les Actes de ce martyre ne sont point parvenus jusqu'à nous; on sait seulement que Namphanion et ses compagnons étaient de Madaure (aujourd'hui M'daourouch) en Numidie. Le Martyrologe romain rappelle leur mémoire le 4 juillet.

Je ne donnerai pas ici les noms des nombreux martyrs mis à mort à Carthage, entre l'an 198 et l'an 313 où la paix fut accordée à l'Église par Constantin. Je me contenterai de raconter le martyre de sainte Félicité, de sainte Perpétue et de leurs compagnons et celui de saint Cyprien.

Tuburbo, ville de la Proconsulaire, peu éloignée de Carthage, aujourd'hui appelée Toubourba, et distante àl'O. de trois heures de Tunis, était la patrie de Vivia Perpétua. Timinien, alors proconsul, la ât arrêter, conduire à Carthage et jeter avec ses compagnons dans les prisons de Byrsa,

Dom Ruinart raconte leur martyre en ces termes ^ :

Vivia Perpétua, d*une famille considérable dans la ville, était mariée à un homme de condition. Elle avait son père et sa mère, deux frères, l'un desquels était aussi catéchumène, et un enfant à la mamelle, qu'elle nourrissait de son propre lait. Elle écrivit elle-même Thistoire de son martyre, telle que nous allons la donner.

i Aeta primorum mariyrum Bineera et selecta ; Paris, 1689, in-4. -- La traduction des pages suivantes est de Drouet de Maupertuy.

LA TUNISIR CHRETIENNE 55

« Noas étions encore avec nos persécuteurs, lorsque mon père vint faire de nouveaux efforts pour m'ébranler et pour me faire changer de résolution, a — Mon père, lui dis-je, voyez-vous « ce vaisseau de terre ? — Oui, me dit-il, je le vois. — Peut-on, c( continuai-je, lui donner un autre nom que celui qu'il a ? — « Non, me répondit-il. — De môme, lui répliquai-je, je ne puis a être autre que ce que je suis, c'est-à-dire chrétienne. » A ce mot, mon père se jeta sur moi pour m*arracher les jeux ; mais il se contenta de me maltraiter, et il se retira confus de n'avoir pu vaincre ma résolution avec tous les artifices du démon dont il s'était servi pour me séduire. Je rendis grâces à Dieu do ce que je fus quelques jours sans revoir mon père, et son absence me laissa goûter un peu de repos. Ce fut durant ce petit intervalle que nous fûmes baptisés : le Saint-Esprit, au sortir de Teau, m'inspira de ne demander autre chose que la patience dans les tourments.

<K Peu de temps après, on nous conduisit en prison: l'horreur et l'obscurité du lieu mè saisirent d*abord, car je ne savais ce que c'était que ces sortes de lieux. Oh ! que ce jour-là me dura ! Quelle horrible chaleur ! On y étouffait, tant on y était pressé, outre qu'il nous fallait à tous moments essuyer l'insolence des soldats qui nous gardaient. Enfin, ce qui me causait une peine extrême, c'est que je n'avais pas mon enfant. Mais Tertius et Pompone, deux charitables diacres, obtinrent, à force d'argent, que l'on nous mit dans un lieu où nous fussions plus au large, et ob en effet nous commençâmes un peu à respirer. Chacun songeait à ce qui le regardait. Pour moi, je me mis à donner à teter à mon enfant qu'on m'avait apporté, et qui était déjà tout languissant pour avoir été longtemps sans prendre la mamelle. Toute mon inquiétude était pour lui. Je ne laissais pas toutefois de consoler ma mère et mon frère, mais surtout je les conjurais d'avoir soin de mon enfant. 11 est vrai que j'étais sensiblement touchée de les voir eux-mêmes si fort affligés pour l'amour de moi. Je ressentis ces peines-là durant plusieurs jours ; mais, ayant obtenu qu'on me laisserait mon enfantée commençai bien-

tôt à ne les pins ressentir; je me trouTai toute consolée, et la prison me devint an séjour agréable; j'aimais autant j demeurer qu'ailleurs.

« Un jour, mon frère me dit : « — Ma sœur, je suis persuadé «.que vous avez beaucoup de pouvoir auprès de Dieu; demandez- « lui donc, je vous en prie, qu'il vous fasse connaître, dans une « vision ou de quelque autre manière, si vous devez souffrir la « mort ou si vous serez renvoyée. »

Perpétue eut, en effet, une vision qui lui révéla qu'elle était destinée au martyre. Elle le dit à son frère; et tous deux, suivant l'expression de la sainte, commencèrent à se détacher entièrement des choses de la terre et à tourner toutes leurs pensées vers l'éternité.

« Au bout de quelques jours, reprend Perpétue, le bruit ayant couru que nous allions être interrogés, je vis arriver mon père : la douleur était peinte sur son visage ; un cbagrin mortel le consumait. Il vint à moi : « — Ma fille, me dit-il, ayez pitié^ de la « vieillesse de votre père, si du moins je mérite d'ôtre appelé « votre père. S*il vous reste encore quelque souvenir des soins « si tendres et si particuliers que j'ai pris de votre éducation ; s'il « est vrai que l'extrême amour que j'ai eu pour vous m'a fait « vous préférer à tous vos frères, ne soyez pas cause que je (( devienne l'opprobre de toute une ville. Que la vue de vos frères « vous touche ; jetez les yeux sur votre mère, sur la mère de (( votre mari, sur votre enfant qui ne pourra vivre si vous mouce rez. Rabattez quelque chose de ce courage fier ; rendez- vous « un peu plus traitable et ne nous exposez pas tous à une honte « inévitable. Qui de nous osera paraître, si vous finissez vos a jours par la main d'un bourreau? Sauvez-vous pour ne pas nous « perdre tous. »

« En disant cela, il me baisait les mains ; puis, se jetant à mes pieds tout en larmes, il m'appelait Madame. J'avoue que j'étais pénétrée d'une vive douleur lorsque je considérais que inon père

serait le seul qui ne tirerait aucun avantage de ma mort. Je tAchai donc de le consoler le mieux que je pus. « — Mon père, « lui dis-je, ne vous affligez point tant ; il n'arrivera de tout ceci a que ce qu'il plaira à Dieu. Nous ne dépendons pas de nous- « mdmeSy mais de sa volonté. » Mon père se retira avec une tristesse et dans un abattement inconcevables.

« Un jour, comme nous dînions, on vint tout d'un coup nous enlever pour subir Tinterrogatoire. Le bruit s'en étant répandu aussitôt par toute la ville, la salle de l'audience fut en un instant remplie de peuple. On nous ât monter sur une espèce de théâtre où le juge avait son tribunal. Tous ceux qui répondirent avant moi confessèrent hautement Jésus-Ghrist. Lorsque ce fut à mon tour et comme je me préparais à répondre, voilà mon père qui parait, faisant porter mon enfant par un domestique. Il m'éloigna un peu du pied du tribunal, et mettant en usage les conjurations les plus pressantes : a — Serez-vous^ me disait-il, insensible aux « malheurs qui menacent cette innocente créature à qui vous a avez donné la vie ? » Alors le président, nommé Hilarien, qui avait succédé au proconsul Minuce Timinien, mort depuis peu de temps, se joignante mon père : ce — Quoi! me dit-il, les cheveux «c blancs d'un père que vous allez rendre malheureux, et Tinno- « cence de cet enfant qui va devenir orphelin par votre mort, « ne sont pas capables de vous toucher ? Sacrifiez seulement pour « la santé des empereurs. » Je répondis : <r — Je ne sacrifierai « point. » Hilarien reprit : « — Vous êtes donc chrétienne? » c — Oui, je le suis, répondis-je. » Cependant mon père, qui, espérant toujours me gagner, était resté là, reçut un coup de baguette d'un huissier, à qui Hilarien avait ordonné de le faire retirer. Le coup me fut sensible. Je soupirai de voir mon père traité si indignement à mon occasion, et je plaignis sa malheureuse vieillesse. En même temps, le juge prononça la sentence, par laquelle nous étions tous condamnés aux bétes. Après en avoir ouf la lecture, nous descendîmes du tribunal, et nous reprîmes gaiement le chemin de la prison. Dès que j'y fus rentrée, j'envoyai le diacre Pompone demander mon enfant à mon père, qui

ne voulat point me le rendre, et Dien permit que Tenfant ne demandât plus à teter et que je ne fusse point incommodée de mon lait. Ainsi je me trouvai Tesprit entièrement libre et sans aucune inquiétude. »

La sainte, après avoir raconte une seconde vision, ajoute :

c Quelques jours s*étant écoulés, celui qui commandait les gardes de la prison S 8*apercevant que Dieu nous favorisait de plusieurs dons, conçut une si grande estime pour nous, qu*il laissait entrer librement les frères qui venaient nous voir, Foit pour nous consoler, soit pour recevoir eux-mêmes de la consolation. Mais, peu de jours avant les spectacles, je vis entrer mon père dans le lieu où nous étions, avec un accablement qu'on ne peut exprimer. Il s'arracbait la barbe, il se jetait contre terre^ et j demeurait couché sur le visage, poussant de là des cris et donnant mille malédictions au jour qui l'avait vu naître. Il regrettait d'avoir trop vécu, il appelait sa vieillesse infortunée, en un mot, il disait des choses si tristes et se servait de termes si touchants, qu'il tirait des larmes et faisait fendre le cœur de compassion à ceux qui Técoutaient. Je mourais de douleur en le voyant dans ce pitojable état.

a Enfin, la veille des spectacles, j'eus une dernière vision. Il me sembla que le diacre Pompone était venu à la porte de notre prison, qu'il j frappait à grands coups et que j'y étais accourue pour la lui ouvrir. Il était vêtu d'une robe blanche, d'une étoffe fort riche, et qui était bordée d'une infinité de petites grenades d'or. Il me dit : a — Perpétue, nous vous attendons. Ne voulezoc vous pas venir ? » En même temps, il me présenta la main, et nous nous mîmes à marcher par un chemin raboteux et étroit ; enfin, après avoir fait plusieurs tours et détours, nous arrivâmes à l'amphithéâtre, presque hors d'haleine. Pompone me conduisit jusqu'au milieu de la place, et il me dit : « — Ne craignez rien,

1 n te nommait Prudent et était inspecteur.

c je suis à vous dans un moment et je reviens combattre avec « TOUS. » Il part en disant cela, et me laisse. Gomme je savais que je devais être exposée aux bâtes, je ne comprenais pas pourquoi on différait tant à les lâcher contre moi. Alors il parut un Égyptien extrêmement laid, qui s'avança vers moi avec plusieurs autres aussi difformes que lui, et il me présenta le combat; mais en même temps des jeunes hommes parfaitement bien faits se déclarèrent pour moi. On m'ôta mes habits, et je sentis que j'avais changé de sexe, et que j'étais devenu un athlète fort et vigoureux. Ces jeunes gens, qui s'étaient rangés de mon cdté, me frottèrent d'huile, comme on a accoutumé d'en frotter ceux qui entrent au combat de la lutte. Mais, comme nous étions sur le point d'en venir aux mains, un homme d'une mine haute et d'un port majestueux s'approcha de nous. Il avait une robe de pourpre traînante et formant plu* sieurs plis ; elle était rattachée avec une agrafe de diamants. Il tenait une baguette semblable & celle que tiennent les intendants des jeux, et il portait un rameau vert d'où pendaient des pommes d'or. Ayant fait faire silence, il dit : « — Si l'Égyptien remporte <( la victoire sur la femme, il lui sera permis de la tuer; mais, si la « femme demeure victorieuse de l'Égyptien, elle aura ce rameau a et ces pommes d'or. » Ayant ainsi parlé, il alla prendre sa place. Nous nous joignîmes, l'Égyptien et moi, et nous commençâmes un rude combat. II faisait tous ses efforts pour me saisir le pied, afin de me renverser ; ce que j'évitais soigneusement en lui portant plusieurs coups dans le visage. Je me sentis même comme élevée en l'air, d'où je frappais mon ennemi avec avantage. Enfin, voyant que le combat tirait trop en longueur^ je joignis mes deux mains ensemble, en sorte que les doigts étaient entrelacés les uns dans les autres, et, les laissant tomber à plomb sur la tête de l'Egyptien, je le renversai, lui mettant en même temps le pied sur la tête, comme pour la lui écraser. Le peuple se mit à battre des mains, et mes généreux défenseurs joignirent la douceur de leurs chants aux applaudissements du peuple. Pour moi, je m'avançai vers Tintendant des jeux, vers cet homme admirable qui avait été le témoin de ma victoire^ pour lui en demander le prix, et je reçus

le rameaa aux pommes d'or. En me le donnaut, il me baisa et me dit : ce — Ma fille, la paix soit toujours avec vous ! » Je sortis de Tamphithéâtre par la porte qui regarde celle qu'on nomme iSattavivaria. Là, mon songe finit, et je me réyeillai, pensant en moi > même que j'aurais & combattre, non les bétes de rampbithéâtre, mais les démons. Ce qui me consola, c'est que la vision qui me prédisait le combat m'assurait en même temps de la victoire*

a J'ai écrit ce qui m'était arrivé jusqu'au jour des spectacles ; si quelqu'un veut continuer le récit de ce qui s'est passé depuis, il peut le faire, b

Sainte Perpétue eut pour compagnons de martyre sainte Félicité, Révocat, Saturnin, Secundule et Sature.

Sainte Félicité était une esclave qui, avec Révocat, appartenait à un maître païen. Elle était enceinte de huit mois, et craignait que sa grossesse ne l'empêchât d'être jetée aux bêtes avec ses compagnons. Par une grâce du ciel, elle fut délivrée quelques jours avant le combat. Mais, au milieu de ses douleurs, elle poussa des gémissements. Ils furent entendus du gardien de la prison, qui lui dit : a — Si maintenant tu pleures pour si peu, que sera-ce donc le jour où tu seras exposée aux bêtes? » Félicité fit alors cette réponse sublime : « Modo, ego patior quodpatior; illic aiUem^ alius erit in me qui patietur pro me, quia et ego pro illopassura sum. Aujourd'hui, c'est moi qui souffre ce que je souffre ; mais, demain, un autre sera en moi qui souffrira pour moi, car moi aussi je souffrirai pour lui. »

Les nobles confesseurs du Christ furent conduits k Tam-» phithéâtre. Arrivés à la porte, ils refusèrent de vêtir les costumes des prêtres de Saturne et des prêtresses de Gérés ; mais, avant d'être livréi aux bêtes, ils furent passés par les

yerges. Saturnin et Révocat furent d'abord attaqués par un léopard et ensuite tués par un ours ; tandis que Félicité et Perpétue furent en yain exposées, dans des filets, à la fureur d'une vache sauvage. Il fallut que le fer achevât ces saintes femmes qui, avec Sature, avaient été épargnées par les bêtes.

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Gaitbaoi. — Plan de rampbithéfttre.

L'amphithéâtre de Garthage est actuellement situé en face de la Malka et contre le chemin de fer de La Goulette à la Marsa. Les ruines en sont encore assez apparentes. Les gradins de marbre ont disparu ; on ne reconnaît plus aucune ouverture, ni la porte Sanavivaria, ni les autres; mais çà et là existent d'énormes blocs de maçonnerie écroulés sur le pourtour de l'édifice. U mesure 90 m. de longueur et 36 m. de laideur, sur une profondeur de 12 m. J'en ai retiré un beau chapiteau de Tordre corinlLien, aujourd'hui déposé au musée

d'Alger. Le lecteur jugera de l'état présent des lieux par la gravure ci-jointe.

Cet amphithéâtre est d'origine romaine. Au xiii* siècle, l'historien arabe Edrisi l'a vu et nous en a laissé une description. « Cet édifice, dit-il, est de forme circulaire et se compose d'une cinquantaine d'arcades subsistantes. Chacune d'elles embrasse un espace de 23 pieds, ce qui fait 1,150 pieds pour la circonférence totale. Au-dessus de ces arcades s'élèvent cinq autres rangs d'arcades de même forme et de même dimension. Au sommet de chaque arcade est un cintre où se voient diverses figures et représentations curieuses d'hommes» d'animaux et de navires sculptés avec un art infini. »

Depuis le xiii* siècle, Tamphithéâtre a été détruit pierre par pierre, et, au commencement du xix" siècle, il n'en restait plus rien : le fanatisme arabe s'est attaché à détruire, h mutiler toutes les sculptures, et des spéculateurs ont emporté les belles pierres à bâtir fournies par ce monument. Des fouilles cependant pourraient être tentées ; l'archéologie en ferait certainement son profit. Il serait possible de découvrir les portes et le canal qui conduisait les eaux des citernes de la Malka dans Tamphithéâtre changé en naumachie.

Après le martyre de sainte Perpétue et de sainte Félicité, l'Église de Carthage semble avoir eu un repos de cinquante et quelques années. Les persécutions de Maximin (235) et de Dèce (250) n'éclatèrent pas en Afrique.

Sous l'épiscopat de saint Gyprien, l'empereur Valérien, auteur de la huitième persécution (257-258), ordonna de forcer tous les chrétiens de sacrifier aux dieux de l'empire.

Cyprien (Thascius-Cœcilius) naquit à Carthage, d'une famille illustre. Il professait avec éclat la rhétorique, lorsqu'un

saint prêtre, nommé Cœcilius, que l'Église honore le 3 juin, le convertit en lui montrant l'excellence de la foi du Chriït et l'absurdité du paganisme. Ni la colère ni la raillerie des païens n'ébranlèrent la résolution deCyprien; il distribua ses biens aux pauvres, et s*adonna à la lecture des livres saints, bientôt il mérita d*ètre élevé au sacerdoce^ puis à Tépiscopat (247). Gyprien est un des plus grands docteurs de l'antiquité chrétienne,' et il semble que Dieu l'ait choisi, dans ces moments de troubles et de persécutions, pour diriger avec fermeté ce troupeau que le fer du bourreau ne put ni disperser ni détacher de son pasteur. Lorsque la persécution de Yalérien fut promulguée, Gyprien, instruit par une vision que l'heure de son martyre n'était pas encore arrivée, se réfugia dans un lieu inconnu des persécuteurs, d'où il continua de diriger son Eglise.

Aux fêtes de Pàque de l'an 251, il sortit de sa retraite et rentra à Garthage pour y poursuivre de plus près ses travaux apostoliques. G'est à ce moment qu'il écrivait son Commentaire sur V Oraison dominicale, son Traité de Viinitc de V Iiglise et son Traité des Laps, En 252, il présida, à Cartilage même, un concile de soixante- dix évêques. En 257, le feu de la persécution s'étant rallumé, Gyprien fut relégué dans l'intérieur, à Gurubis (aujourd'hui Kourba), à deux milles environ de la mer, entre Kalibia (Glypea) et Nebeul (Neapolis). Dès la première nuit qu'il y passa, il eut une vision qui lui fit comprendro que, au bout d'un an, il aurait la tête tranchée. Onze mois après, on lui permit de quitter Carubis et de venir habiter dans les jardins qui entouraient Garthage. Gyprien, voyant que son heure était proche, attendit avec fermeté le moment de sa passion.

Arrêté sur l'ordre du proconsul Galère-Maxime, il fut conduit au prétoire et Galère lui dit : « — Es-tu Thascius Cypriec ? — Oui, je le suis. — N'est-ce pas toi qui es l'évêque de ces hommes impies et sacrilèges qu'on nomme chrétiens? — Oui, c'est moi. — Les très-religieux empereurs ordonnent que tu sacrifies aux dieux. — Je ne le puis. — Prends du temps pour y réfléchir. — Dans une chose dont la justice est évidente, on a bientôt pris une décision. » Le proconsul, ayant demandé l'avis de son conseil, continua ainsi : « — Il y a longtemps que tu vis sans religion et sans piété, et que tu i engages une foule de malheureux à conspirer, avec toi, contre les dieux de l'empire et contre leur culte. Les très-saints empereurs ont fait faire des démarches auprès de toi pour que tu ne reconnaisses point d'autres dieux que ceux qu'ils adorent eux-mêmes ; mais ils n'ont pu l'obtenir. Tu es donc convaincu des crimes les plus abominables, que tu ne t'es pas contenté de commettre seul, mais que tu as encore fait commettre à une infinité d'autres. Ta mort doit servir à rappeler à leur devoir ou du moins à les efi'rayer, ceux que tu as entraînés, et l'obéissance aux lois doit être rétablie par ton sang. » Galère écrivit ensuite sur des tablettes la sentence ainsi conçue : « Nous condamnons Thascius Cyprien à avoir la tête tranchée. » Le saint répondit : « Dieu en soit loué I » Les chrétiens s'écrièrent qu'ils voulaient mourir avec lui, et beaucoup le suivirent jusqu'au jardin de Sextius, dans le quartier de Mégara, qui était le lieu du supplice.

Arrivé en cet endroit, Cyprien ôta son manteau, se mit à genoux et fit sa prière. 11 se dépouilla ensuite de sa dalmatique, la donna aux diacres qui l'accompagnaient, et ne garda que sa tunique de lin. 11 se banda lui-même les yeux, et un

diacre lui lia les mains. Les chrétiens placèrent autour de lui des linges pour qu'ils fussent trempés de son sang. Il fit donner vingt- cinq pièces d'or à l'exécuteur et reçut la couronne du martyre, le 14 septembre 258. Son corps, que les chrétiens accompagnèrent, en portant des flambeaux et en chantant des hymnes, fut enterré, comme nous l'avons dit, sur le chemin de Mappale.

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