‹ La Tunisie chrétienneChapitre 14 sur 37 · QUELQUES MARTYR8 DE LA BYZACÊNE ET DB LA ZEUOITANE · texte numérisé non relu

QUELQUES MARTYR8 DE LA BYZACÊNE ET DB LA ZEUOITANE

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Le nombre des martyrs qui ont répandu leur sang pour la glorification de Jésus-Christ dans la Byzacène et dans la Zeugitane, de l'an 198 à l'an 313, est considérable ; mais c*est à peine si les Actes nous ont conservé la vingtième partie de leurs noms glorieux. Je citerai seulement quatre des principaux martyres de la Zeugitane et de la Byzacène.

1. Sainte Reslitute. — Sainte Restitute était originaire de Hippo-Zaritos (Byzerte). Morcelli dit qu'elle y souffrit le martyre pour sa foi et pour sa chasteté, sous le règne de Dioclétien, Proculus étant alors à Byzerte le légat du proconsul.

N'ayant pu, ni par ses promesses, ni par ses menaces,

ébranler la constance de Restitute, Proculus ordonna qu'elle serait mise dans une barque avec des bourreaux qui, après l'avoir outragée, devaient la brûler et jeter ses cendres dans les flots. Mais, par la volonté de Dieu, une tempête s'éleva tout à coup qui précipita les bourreaux hors de la barque. Restitute, restée seule, s'endormit dans le Seigneur, tandis qu'un vent favorable poussa la barque et le corps de la douce martyre contre les rivages de la Camp^nie, où Restitute est encore invoquée. Je connais peu de figures aussi gracieuses et aussi touchantes que celle de cette jeune vierge livrée aux hasards des flots et à la brutalité de ses bourreaux, dont Dieu la délivre si miraculeusement.

Byzerte est située à huit heures N.-O. de Tunis ; sainte Restitute n'a pas encore dans cette ville d'église qui porte son nom.

2. Saint Mavile; saint Boni face ^sainte Thècle et leurs douze enfants. — Hadrumète, aujourd'hui Sousse, était autrefois métropole de la Byzacène, c'est-à-dire de la région des Emporia; elle a été illustrée par divers martyres. En 206, Mavile, natif de cette ville, fut jeté, par ordre du proconsul Scapula, aux bêtes de Tamphithéàtre ; c'est lui qui semble avoir ouvert, à Hadrumète, la longue et glorieuse liste des martyrs.

Parmi les confesseurs de Jésus-Christ qui honorèrent Hadrumète, lors de la persécution de Dioclétien, je dois citer saint Boniface, sainte Thècle, son épouse, et leurs douze enfants qui, après la mort de leurs parents, firent abandon de leurs biens pour se consacrer entièrement à la propagation du nom de Jésus-Christ. Un jour que la population d'Hadrumète célébrait les mystères d'Hercule, les douze frères s'élan-

cèrent au milieu du cortège et firent de vives remontrances au prêtre Florentins sur la vanité de ce culte. La foule, ébranlée par cette foi ardente, se déclara chrétienne.

3. Saintes Maxima, Donatilla et Secunda. — Maxima et Donatilla, deux sœurs, étaient nées à Tuburbo-Lucernaria, ville aujourd'hui entièrement disparue. Après avoir confessé la foi, elles étaient conduites à travers les rues de la ville, avec toutes sortes de traitements ignominieux, lorsqu'une autre noble fille du nom de Secunda les vit de sa terrasse. Elle descend aussitôt, se joint à Maxima et à Donatilla, et se déclare chrétienne. Ces trois jeunes vierges ne trouvèrent aucune pitié devant le gouverneur Anulinus. Il les fit torturer, brûler à petit feu sur des grils, déchirer par des ongles de fer, etc., sans obtenir d'elles aucune rétractation. Furieux^ il les condamna à l'amphithéâtre; mais, les bêtes féroces les ayant épargnées, Anulinus fit trancher la tête à Maxima, à Donatilla et à Secunda.

L'Église d'Afrique les honore aujourd'hui de ses prières.

4. La Masse Blanche. — En 258, il y avait, dans les prisons d'Utique, plus de trois cents chrétiens attendant le martyre. Des autels profanes et des victimes égorgées avaient été préparés en dehors des murs de la ville, tandis que les bourreaux avaient creusé une immense fosse remplie de chaux vive où devaient être précipités ceux qui ne voudraient pas sacrifier aux dieux de l'empire. Les chrétiens furent conduits devant ces autels, auprès desquels siégeait le proconsul. Une foule immense entourait l'espace vide et attendait avec curiosité, lorsqu'il se fit un mouvement dans la foule des confesseurs. Tous à la fois, poussant des cris d'allégresse, s'élancent vers le gouffre béant et s'y jettent avec transport.

La chaux vive les dévora eu un instant et forma au-dessus d'eux comme un linceul recouvrant cette masse blanche : c'est le nom que l'Eglise a conservé à ces nombreux martyrs dont elle n'a pu retenir les noms.

Utique est située à quatre heures environ au N.-O. de Tunis ; ses ruines occupent, sur une large colline, un espace considérable que l'on appelle Sidi Bouchateur. Le port militaire, le port marchand et l'amphithéâtre sont encore apparents. Mais l'histoire ne nous a conservé aucun renseignement sur le lieu où fut creusée la fosse de la Masse Blanche. Jusqu'à présent, il n'a été retrouvé à Utique aucun emblème chrétien, ni sur les lampes ni sur les inscriptions. Dans les fouilles que j'ai entreprises, j'ai mis à jour de nombreuses poteries romaines ; toutes appartiennent à l'époque païenne.

J'aurais encore bien des noms à rappeler. Citons les principaux, par ordre chronologique.

En 198, Jocundus, Saturninus et leurs vingt compagnons sont brûlés sur le forum de Carthage. Les douze martyrs scillitains, originaires de Scilla, dans la Byzacène, ont la tête tranchée sur le même forum, Tan 200. Trois ans plus tard, la bienheureuse Guddenes a aussi la tête tranchée à Carthage. En 204, le soldat Pudens, et, en 205, Castus et Émilien endurent les tourments les plus atroces et versent leur sang pour Jésus-Christ. En 207, Rutilus, né à Carthage, est brûlé vif au milieu de la ville avec ses quatorze compagnons.

Rappelons le martyre de Célérinus, diacre de saint Cyprien, en 250, et celui de sa grand'mère Célérina, à laquelle une basilique fut élevée à Carthage. Mentionnons aussi Félicis-

simus et Rogatus, Mappolicius et ses quatorze compagnons ; Numidicus, Terentius, Lucius, etc., tous mis à mort en haine du nom chrétien, dans la même ville de Carthage ; Félix de Tibursicumburœ (Téboursouk), envoyé à Rome et martyrisé en 303; enfin, les nombreux chrétiens de la Byzacène et de la Zeugitane, condamnés aux mines de Sigus, en Numidie.

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