‹ La Tunisie chrétienneChapitre 17 sur 37 · IV. — Tripolitainb · texte numérisé non relu

IV. — Tripolitainb

Ces 31 diocèses, compris aujourd'hui dans le territoire de la Tunisie, ne représentent qu'une petite partie de l'Église d'Afrique, car il y en eut jusqu'à 128 dans la seule Byzacène. On peut donc supposer que la population chrétienne, avant la venue des Vandales, était, dans ces contrées, de quinze millions au moins.

Quant aux évèques, je donnerai seulement la liste de ceux qui ont gouverné l'Eglise de Carthage. *

AoRiPPiNUs , premier évèque conuu de Carthage, vivait à la fin du II* siècle ;

OptatuS; au commeacemeat du m' siècle ;

Cyrus, mort en 224 ;

DoNATus, mort en 218 ;

Saint GrpRiENi martyr ea 258 ;

Carpophorus , mort en 263 ;

LuciANUS, mo:*t en 292 ;

Mensurils, mort en 311 ;

G ATI u ANUS, mort en 327 ;

RuFUs^ mort en 313 ;

Gratus, mort on 353 ;

Rbstitutus, mort en 373 ;

Geneclius, mort en 391 ; AuRELius, mort en 4i?9 ; C.vPBBOLUS, mort en 437 ; QuoDvuLTDEUs, mort en 411 ; Deooratias, mort en 458 ; EuoENius, mort en 505 ; BoNiFACtus^ mort en 533 ; Reparatus, mort en 551 ; pRiMASius, mort en 566 ; PuBMANUS, mort en 58i ; DoMiNiruj, mort vers 60 1 ; FoRTUNios, déposé en 646; Victor, mort en 651 ; Thomas, 1054 ; Gyriacus, 1076.

L'histoire n'a conservé que les noms de vingt -sept évêques (le Carthage. L'obscurité sur les premiers temps du christianisme en Afrique, les persécutions païennes et vandales, la venue des Arabes, etc., sont autant de causes qui expliquent ces interruptions.

A peine remise des persécutions romaines, l'Eglise d'Afrique commençait à jouir de la paix intérieure, lorsque If s Vandales arrivèrent dans la Mauritanie (429) apportant avec eux l'arianisme. Cette erreur fut un nouveau fléau pour des contrées déjà travaillées par la querelle des donatistes. TertuUien et saint Augustin sont les deux grandes figures de cette époque, pendant laquelle on crut un moment que la vérité allait elle-même disparaître sous les débordements de l'hérésie.

II. — TertuUien (Quin tus-Sep timius-Florens) naquit à Carthage, en 160. Il était fils d'un centenier du proconsul romain. Jusqu'à l'âge de trente-huit ans, il vécut dans le paganisme ; mais la persécution de Septime-Sévère ayant éclaté (199), il fut touché de la foi avec laquelle les martyrs mouraient, et il se fit chrétien. Peu après, il fut élevé au sacerdoce. 11 publia successivement V Apologétique y le livre le plus parfait, peut-être, de l'antiquité chrétienne, le traité Des Spectacles, le livre Aux Martyrs, la Prescription, les livres du Témoignage de l'âme, de la Prière, de ïOrnement des femmes, de la Pénitence. En 203, TertuUien fut envoyé à Rome par l'évêque Optatus. De ce voyage, il rapporta des germes d'hérésie, et, en 206, il apostasia publiquement. Il devint, par suite, ennemi acharné de cette Église dont U avait été jusqu'alors « le plus impénétrable bouclier », et U embrassa l'erreur de Monlan (hérésiarque phrygien du

a" siècle) ^ Bientôt après, il se sépara de cette secte. Cyrus, évêque de Carthage, n'avait pas tardé à retrancher de rÉglise Tertullien qui se jeta dans de nouveaux écarts et s'attacha à ridiculiser les martyrs, dont l'héroïsme avait déterminé sa conversion et la production de ses beaux ouvrages.

Ayant abandonné les montanistes, il créa une secte à la* quelle il donna son nom. Le tertuUianisme ne prit fin qu'à l'époque de saint Augustin . Tertullien mourut en 245, âgé de quatre-vingt-cinq ans, sans avoir donné des marques de retour à la vérité catholique.

III. — A côté des montanistes et des tertullianistes, il convient de placer les donatistes.

Le donatisme prit naissance en Afrique, Mensurius étant évêque de Carthage. En 305, Donat, évêque des Cases Noires (Numidie), accusa Mensurius de montrer trop d'indulgence aux chrétiens qui avaient livré les Saintes Écritures pendant la persécution de Dioclètien. L'évêque de Carthage pensait avec beaucoup de raison que, les hommes étant faibles, il ne fallait pas se montrer trop rigoureux et qu'il valait mieux, pour les sauver, mitiger la rigueur des canons de l'Eglise. Aussitôt Donat s'éleva contre Mensurius dont il blâma la doctrine, et il trouva des partisans, bien que le concile de

i Montan prétendait être le prophète annonoé par Jésus Christ ; il refasait à l'Ëglise le pouvoir d'absoudre; il prescrivait des jeûnes très- rigoureux, défendait de fuir la perséculion, interdi«att les secondes noces, etc. Cette erreur se répandit jusqu'à Carthage; c'est ce qui donna à Tertullien l'occasion de la connaître et de l'embrasser.

> 11 y eut deux Donat qu'il ne faut pas confondre r Donat, évêque des Cases Noires, ; uteur du schisme, et Donat, évêque hérétique, lequel succéda A Majorin, évèquo donatiste de Carthage.

Cirta (Constantine) eût approuvé la conduite de Tévêque de Carthage (305). Le schisme était désormais créé.

Mensurius étant mort (311), Cécilien lui succéda. Les partisans de Donat ne voulurent pas le reconnaître; ils le déposèrent et le remplacèrent par Majorin. Soixante-dix évèques d'Afrique se déclarèrent pour le schisme, et Carthage eut à la fois deuxévêques, l'un légitimement élu, l'autre hérétique et opposé au véritable successeur de saint Cyprien. Le plus grand trouble régna dans la communauté chrétienne d'Afrique. Constantin intervint en désignant le pape Miltiade pour juge de la querelle religieuse née aux Cases Noires. Le concile présidé à Rome par ce pape (313)^ le concile d'Arles (314) et un édit impérial (316) condamnèrent les donatistes qui se séparèrent de l'Église en proclamant que, puisqu'elle soutenait Cécilien, elle n'était plus dans la vérité. Cette secte étrange se livra à des débordements sans nombre; elle rebaptisa les chrétiens, alléguant que le premier baptême donné par Cécilien et par ses prêtres était nul. Saint Optât et saint Augustin s'élevèrent avec force contre eux et les réduisirent au silence.

Saint Augustin appartient à l'Eglise de Carthage, où il professa d'abord l'éloquence païenne et où, plus tard, il fit retentir les basiliques des accents de l'éloquence chrétienne.

Il était né en 354, à Tagaste (Souk-Arrhas). Son père, Patrice, était païen ; sa mère, sainte Monique, s'efforça, mais longtemps en vaip, de le faire entrer dans la voie du salut. Augustin professa l'éloquence à Madaure, à Tagaste, à Carthage, etc., menant une vie dissolue et soutenant avec ardeur rhérésie manichéenne. La Providence le conduisit à Milan, où il connut saint Ambroise; celui-ci le convertit et le bap^*

tisa à rage de trente-deux ans. Le néophyte retourna aussitôt en Afrique, auprès de sa mère, et, peu de temps après^ il fut ordonné prêtre par Valère, évêque d'Hippone, auquel il succéda.

Désormais Augustin ne fut plus occupé que de la prédication et de la défense de l'Eglise. En 411 , il assista, à Carthage, à une conférence composée d'évéques catholiques et d'évêques donatistes. Il confondit ces derniers en démontrant victorieusement la vérité des points de la doctrine catholique attaqués par eux. La parole persuasive de saint Augustin et les ordres sévères de Tempereur Honorius contribuèrent simultanément à mettre an au donatisme, dont les restes se perdirent dans l'arianisme, apporté en Afrique par les Van dales.

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